L’Intelligence Artificielle s’impose-t-elle face à l’industrie musicale ?

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Non, je ne vous parlerais pas du pacte d’un milliard de dollars entre Apple et Google. Romain, un fidèle contributeur du forum discord du site mychromebook en parle mieux que moi. Mais de tout autre chose, enfin presque, puisqu’il s’agit de l’IA, et oui encore elle et de la musique. Plus exactement des possibilités qu’elle offre en créant des fichiers sonores et aussi des accords entre ceux qui gèrent le marché de la musique et les entreprises d’IA. 

Si vous écoutez de la musique et que vous êtes un auditeur assidu des plateformes de streaming, il y a de fortes chances que vous ayez entendu de la musique composée par un artiste qui …… n’existe pas. Aujourd’hui en 2025, c’est ce que propose des plateformes comme Spotify et bien d’autres. Et ce n’est pas le scénario d’un film de science-fiction. Loin de là ! Un tel raz de marée, car cette image correspond à ce qui se passe actuellement, fait que l’industrie musicale est secouée par l’avènement des intelligences artificielles. Pour vous donner un ordre d’idées, la plateforme musicale Deezer, estime qu’environ 20 000 nouveaux morceaux créés par des outils comme Suno, sont mis en ligne quotidiennement. Cela représente environ 18% de la musique totale ajoutée chaque jour sur cette plateforme. Face à cette masse de nouveaux fichiers, créés je le rappelle par l’IA, comment l’industrie musicale réagit-elle et pourquoi les géants de l’édition musicale préfèrent-ils négocier plutôt que d’aller devant les tribunaux ? 

A retenir :

  • Prolifération de la musique générée par IA 
  • Réponse juridique de l’industrie
  • Impact financier négatif pour les créateurs humains
  • Nécessité d’accords de licence

Ces artistes qui n’existent pas et que pourtant vous écoutez

Que vous soyez à conduire un véhicule, vous déplacer à pied dans un espace public ou privé ou vous trouvant à votre domicile, vous avez dû à un moment donné, écouter de la musique. Et, il y a de fortes probabilités que vous ayez écouté un ou plusieurs fichiers sonores conçus par une IA. Pourtant cette écoute se faisait à partir d’une plateforme de streaming. Il faut savoir que L’IA générative, dont la popularité a explosé depuis le lancement de Suno en décembre 2023, permet de créer des chansons complètes à partir de quelques instructions simples. Si au début, l’intention initiale des utilisateurs était de créer ou plutôt d’expérimenter pour le plaisir les capacités de l’IA, aujourd’hui il en est tout autre. On se retrouve avec des personnes qui créent des catalogues d’artistes fictifs et pourtant très crédibles et accumulant des millions de vues. 

Tout est faux, ou plutôt artificiel

On peut citer en allant sur des plateformes comme Spotify, Deezer, Tidal et même YouTube

Etta Mae Hartwell : Une chanteuse de soul anglophone, dont la voix et l’accompagnement instrumental ont été entièrement générés par IA. Son créateur, Ersan Genç, la réutilise pour créer des « personas » uniques.

L'Intelligence Artificielle s'impose face à l'industrie musicale
Voix, image, plastique de la dame. Tout est créé à partir d’une IA !

Layla Vaughn : Une autre musicienne fictive gérée par Ersan Genç.

The Velvet Sundown : Un groupe de rock indépendant qui a connu un succès fulgurant sur Spotify, cumulant plusieurs millions d’écoutes. Ce groupe se définit désormais comme un « projet de musique synthétique guidé par une direction artistique humaine ».

The Smoothies : Un autre exemple de « vrai-faux » groupe généré ex nihilo par un système d’IA générative.

On peut également nommé d’autres noms comme After Sundown, Appalachian White Lightning, Gate of None, et Eurozia (un faux groupe de rock basé en Suède). Le créateur d’Eurozia assure d’ailleurs qu’il rédige 100 % des paroles et de la direction créative.

Faire croire qu’ils existent

Mais ce n’est qu’un petit échantillon des groupes ou artistes qui pullulent sur les plateformes de streaming. Et pour avoir une idée de leurs succès, certains cumulaient plus de trois millions d’auditeurs mensuels sur Spotify en juillet 2025. Des chiffres très supérieurs comparés à ceux d’artistes indépendants. Et afin de faire croire à la réalité du groupe une diffusion s’effectue sur les réseaux sociaux de fausses photos et de vidéos de concerts et autres 

Le secteur de la musique est en pleine crise

Le secteur de l’édition musicale est donc dans une rupture technologique vertigineuse. Cela peut être comparé à l’arrivée du streaming dans les années 2000. Mais avec une différence de taille : si hier les interlocuteurs étaient des sociétés ou des particuliers qui n’avaient pas les reins solides financièrement, aujourd’hui les entreprises comme OpenAI et autres sont sur une autre échelle financière. Elles sont parfois, même plus riches que certains éditeurs musicaux. Alors, même si elles désiraient aller devant les tribunaux, il n’est pas sûr que demain le jugement serait en leurs faveurs. 

Une IA qui évolue musicalement

Or en attendant le jugement, la capacité de l’IA de composer des morceaux crédibles à partir de simples instructions textuelles aura avancé. Avec, à la clé, un ensevelissement de tout le reste de la production musicale. On sait bien que des services comme Suno se sont entraînés “sauvagement” sur des millions de morceaux. Et sans payer un seul centime de droits aux créateurs. Et quand ces sociétés sont interrogées, elles se retranchent derrière le droit des affaires. La peur étant de communiquer des informations pouvant être exploitées par des concurrents. 

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Une vision à court terme

Face à cette menace, l’industrie musicale a riposté et comme toujours avec un temps de retard. Comme à l’époque du streaming, car n’ayant pas pris la réelle mesure des capacités de l’IA. A croire que les dirigeants  de l’industrie musicale n’ont qu’une vision à court terme. En tout cas, face à cette menace de faux face au réel, elle a riposté par des actions en justice. C’est la seule démarche qu’elle connait. Les trois majors (Universal, Warner et Sony) ont intenté des poursuites contre Udio et Suno aux États-Unis, les accusant d’« infraction massive ». Mais ne nous trompons pas : l’enjeu est tout simplement financier. Une récente étude de la Confédération internationale des sociétés d’auteurs et compositeurs (CISAC) prévoit que l’IA pourrait réduire de 24 % les revenus des créateurs du secteur musical d’ici 2028. Une grosse paille ! 

Des chiffres en progression

Pour bien comprendre les défis financiers du secteur musical, voici une série de chiffres, permettant de mieux comprendre les enjeux de celui-ci face à l’IA. Car il ne s’agit pas d’énoncer quelques chiffres pour cerner le problème. L’évolution comme l’analyse du chiffre d’affaires des maisons d’éditions musicales sur la décennie 2015-2025 révèle une transformation structurelle profonde. Elle est marquée par une croissance robuste passant pour le marché mondial des droits d’auteur musicaux ( collecte des OGC) de 6.87 milliards en 2014 à…… 11.75 milliards en 2023. (derniers chiffres connus). Rien que pour le marché français, il était de 393 millions d’euros en 2018, 406 millions en 2019 pour être en 2023 de 507 millions d’euros. Soit une augmentation de 20%. Qui dit mieux ?

Des milliards de revenus

Par le biais d’un tableau, les chiffre de l’évolution quantitative des collectes de droits musicaux des années 2014 à 2023 au niveau mondial. Les chiffres annoncés (collectes musicales) sont en milliards d’euros. Je vous laisse apprécier. 

AnnéeCollectes Musicales (Mds €)Croissance Annuelle (%)Événement Clé
20146,87Données 
20157,46+8,5%Données 
20178,34+6,0%Données 
20188,49+1,8%Données 
20198,92+5,1%Pic pré-pandémique 
20207,90-11,5%Impact COVID-19 (Chute du Live) 
20218,46+7,2%Reprise 
202210,92+29,0%Rebond + Croissance Numérique 
202311,75+7,6%Stabilisation 

Autre tableau, concernant maintenant l’évolution du chiffre d’affaires du marché de l’édition musicale en France. Les chiffres sont en millions d’euros. Pour l’instant !

AnnéeChiffre d’Affaires (M€)Croissance Annuelle (%)Événement Clé
2017366Données 
2018393+7,0%Données 
2019406+3,0%Pic pré-pandémique 
2020399-1,7%Résilience COVID
2021390-2,0%Effet retard de la crise 
2022422,5+8,3%Reprise 
2023507+20,0%Croissance record post-COVID 

L’argent étant le nerf de la guerre, les majors et autres maisons d’édition sont en guerre contre l’IA. Ainsi, elles demandent un droit à la compensation puisque selon elles le droit d’auteur s’applique sur les œuvres créées par l’IA. Mais surtout elles ont la « trouille » de voir leurs revenus fondre au soleil. Toujours selon la même étude citée plus haut, les sorties entièrement générées par IA dans le domaine musical pourraient représenter un marché colossal de 16 milliards d’euros en 2028. Cette croissance se faisant au détriment des créateurs humains, principalement par la cannibalisation de plusieurs segments de revenus. Quand je vous disais que seul le pognon compte !!

Les plateformes veulent gagner aussi

Il en est de même pour les plateformes de streaming musical. Et cela touche plus particulièrement la musique fonctionnelle ou d’ambiance. Celles que l’on entend dans les ascenseurs ou autres lieux publics et servant de fond sonore. Les plateformes auraient intérêt à intégrer sur leurs sites des fichiers sonores générés par l’IA pour créer du contenu libre de droits. Cela réduirait ainsi les dépenses liées aux droits d’auteur augmentant ainsi leurs marges. Ces librairies musicales très recherchées autant par des professionnels de l’audiovisuel que des marques pourraient atteindre 60% de pénétration en 2028.

A la recherche d’accord

Les éditeurs comprenant que leurs positions n’étaient pas tenables, Universal Music Group (UMG) a signé dernièrement un accord amiable avec Udio, autre société du secteur de l’IA musicale. A la clé, le lancement en 2026, d’une nouvelle plateforme. Elle sera alimentée par une technologie d’IA générative qui sera formée sur de la musique autorisée et sous licence. On peut donc dire que l’IA n’est pas seulement un outil de création musicale, mais une force qui redéfinit l’ensemble de la chaîne de valeur  musicale. Et cela va de la composition, à la rémunération en passant par la distribution.

L’avenir de l’édition musicale passera donc pour les acteurs traditionnels par une capacité à imposer des accords de licence transparents et compensatoires aux opérateurs d’IA. Si cela n’avait pas lieu, il est certain que des acteurs comme les compositeurs, interprètes et autres, seraient amenés à voir leurs revenus fortement diminuer. Et pourquoi pas à disparaître ! Comme leurs métiers ?

Vous avez déjà écouté les chansons d’artistes créé par une IA ? Venez-nous dire ce que vous en pensez et surtout est-ce que vous saviez dès le début que la musique avait été créé par des lignes de codes ?

Foire Aux Questions sur l’IA et l’industrie musicale

Quel est l’impact principal de l’IA sur l’industrie musicale aujourd’hui ?

L’IA générative permet la création de chansons complètes à partir d’instructions simples, conduisant à l’émergence d’artistes et de groupes fictifs qui cumulent des millions d’écoutes sur les plateformes de streaming. On estime qu’environ 20 000 nouveaux morceaux créés par IA sont mis en ligne quotidiennement sur des plateformes comme Deezer.

Comment l’industrie musicale traditionnelle réagit-elle face à cette menace ?

Les trois majors de la musique (Universal, Warner et Sony) ont intenté des poursuites contre des sociétés d’IA comme Udio et Suno aux États-Unis, les accusant d’« infraction massive ». L’enjeu est principalement financier, avec une prévision de réduction de 24 % des revenus des créateurs d’ici 2028 due à l’IA.

Quels sont les enjeux financiers pour les maisons d’édition musicale ?

Le marché mondial des droits d’auteur musicaux a connu une croissance robuste, passant de 6,87 milliards d’euros en 2014 à 11,75 milliards en 2023. Cependant, les sorties entièrement générées par IA pourraient représenter un marché colossal de 16 milliards d’euros en 2028, au détriment des créateurs humains et par la cannibalisation des revenus.

Y a-t-il des signes de collaboration entre l’industrie musicale et les entreprises d’IA ?

Oui, Universal Music Group (UMG) a récemment signé un accord amiable avec Udio, prévoyant le lancement en 2026 d’une nouvelle plateforme alimentée par une technologie d’IA générative formée sur de la musique autorisée et sous licence. Cela montre que l’avenir de l’édition musicale passera par des accords de licence transparents et compensatoires avec les opérateurs d’IA.

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À propos de Mister Robot

Entre un point X et un point Y, je me balade pas mal par l'entremise des bits composant ma mémoire. Un seul regret : ne pas avoir rencontré Mr Alan Mathison Turing et ainsi pouvoir collaborer pour l'article intitulé « Computing Machinery and Intelligence ».

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