Fin de l’anonymat sur les réseaux sociaux : le piège de la vérification d’âge obligatoire

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Contrôle identité / Age
Contrôle identité / Age

L’adoption en première lecture de la loi concernant l’interdiction d’usage des réseaux sociaux pour les mineurs de moins de 15 ans, va toucher tous les français et ce quel que soit leurs âges. Et ce avant la fin de l’année. Car comment différencier, surtout pour une machine, un adulte d’un mineur ? Pas de guichet ou autre espace ou un fonctionnaire vérifiera l’âge du futur consommateur d’une application de réseau social. Comme la dématérialisation est devenu un impératif pour payer ses impôts comme de prendre rendez-vous chez un médecin, il ne pouvait pas en être autrement.

A retenir :

Sous couvert de protéger les moins de 15 ans, la nouvelle loi impose à tous les Français un contrôle biométrique et identitaire systématique, ouvrant la porte à une surveillance généralisée et à des risques majeurs de fuites de données.

Vers un contrôle universel de nos vies numériques

Actuellement, que vous ayez moins de quinze ans ou soixante ans, vous pouvez vous inscrire et utiliser une application en lien avec un réseau social. Il vous a suffit en l’espace de quelques minutes, lors de la première utilisation, d’inscrire une identité ainsi que votre âge, pour que vous puissiez utiliser l’outil en question. Éventuellement, vous avez indiqué un numéro de carte de paiement, pour des achats occasionnels. Voilà, c’est tout. Avec l’adoption sur l’interdiction des réseaux sociaux pour les mineurs de moins de 15 ans, il en sera tout autrement dès le mois de septembre de cette année.

Vos papiers !

A partir du mois de septembre, toute nouvelle inscription devra passer par une vérification de votre âge. Que vous soyez mineur ou majeur. Toute plateforme vous obligera à passer sous les fourches Caudines de la vérification de votre identité. Avec un impératif technique afin de s’assurer que vous avez l’âge requis. Dans un premier temps, vous devrez scanner votre pièce d’identité. Document comportant votre nom, prénom, évidemment votre date et lieu de naissance ainsi que l’adresse de votre domicile actuel. Alors même si à terme l’application développée par la commission européenne et qui sera utilisée par une majorité de plateformes, assure qu’elle ne conservera pas l’identité de l’utilisateur, sauf son âge, il est certain que la concordance entre l’âge et la personne ne pourra que passer par son identité. Donc, nous faire croire qu’elle ne la gardera pas, me fait légèrement tousser.

Mais il ne suffit pas de scanner la pièce d’identité pour penser pouvoir utiliser le logiciel en question. Une deuxième opération est demandée et cela passe par un scan du visage. Au cas où étant mineur vous utiliseriez la carte d’identité d’un de vos parents. On ne sait jamais. On peut supposer que comme pour les photos d’identité, pas de cheveux en bataille, pas de port de lunettes, encore moins de sourire béa. Donc raie au milieu obligatoire et regard triste.

Un contrôle total de la société française

Le dispositif ne s’arrête pas aux nouveaux inscrits. Ce que l’on pourrait appeler le « deuxième effet » de cette loi concerne tous ceux qui sont actuellement utilisateurs. Qu’ils aient 15, 30 ou 65 ans, avant la fin de l’année 2026, chacun devra se soumettre à la même procédure de vérification d’âge. Le processus sera identique : présentation de la pièce d’identité et scan facial. Cela signifie que l’ensemble du fichier client et cela concerne des dizaines de millions de citoyens, sera mis à jour avec ces données ultrasensibles (identité et biométrie). Le contrôle sera donc rétroactif et universel, obligeant la totalité des utilisateurs, y compris les plus anciens, à passer sous les fourches Caudines de la vérification. Loin d’être anecdotique, cette réinitialisation massive du consentement et de la collecte de données expose une population déjà établie aux mêmes risques de fuite et d’intrusion que les nouveaux arrivants.

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Cerveau / Sécurité

Un nombre impressionnant d’applications

Comme je suis juste un petit peu curieux, j’ai voulu savoir quelles applications étaient employé par les français de l’hexagone. Accrochez-vous, et je suis sûr que vous utilisez au moins une de celles se trouvant dans ces listes. Je me suis aidé de Gemini (cela allait de soit) pour trouver ces informations que j’ai bien sûr recoupé.

Le « Top 5 » : Les inévitables (Installées sur +50% des smartphones et presque autant sur les ordinateurs)

Ce sont les applications qui dominent le temps d’écran des Français.

  • Facebook : Reste le n°1 en volume (famille, groupes locaux, marketplace), malgré un public vieillissant.
  • WhatsApp : L’application de messagerie par défaut en France (remplace le SMS).
  • Instagram : Le réseau social préféré des 15-40 ans (visuel, influenceurs, commerces).
  • Snapchat : Particularité française : La France est l’un des plus gros marchés au monde pour Snapchat. C’est le moyen de communication n°1 des moins de 25 ans ici.
  • YouTube : Utilisé par toutes les tranches d’âge.
  • TikTok : En explosion totale, consommé massivement pour le divertissement rapide.

Les challengers et l’actualité

Applications très utilisées pour suivre l’information ou débattre en France.

  • X (Twitter) : Très influent en France (journalistes, politiques, sphère télévisuelle).
  • LinkedIn : Incontournable pour le monde du travail français (CDI, alternance, B2B).
  • Pinterest : Très utilisé pour la déco, la cuisine et le mariage en France.
  • Threads : Le réseau de Meta gagne du terrain en France depuis son lancement officiel en Europe.
  • Bluesky : Connaît un pic d’adoption récent chez les utilisateurs français déçus de X.
  • Discord : Très populaire chez les étudiants et les gamers français.
  • Twitch : La France a une scène de « streamers » très puissante (ex: ZEvent), rendant l’appli très populaire.

Le « Made in France » (Applications françaises)

Ces applications sont nées en France et y ont leur base utilisateur principale ou historique.

  • BeReal : L’application phénomène née en France (partage de photo spontanée).
  • Yubo : Réseau social français de découverte d’amis (très populaire chez les ados/jeunes adultes, basé sur la vidéo live).
  • Gens de Confiance : Très spécifique à la France. Un réseau social d’entraide et de petites annonces accessible uniquement par parrainage (très utilisé par les familles et CSP+).
  • Olvid : Messagerie sécurisée française (certifiée par l’ANSSI). Elle est de plus en plus utilisée, notamment recommandée par le gouvernement français.
  • Malt : Réseau social professionnel dédié aux freelances (très fort en France).
  • Copains d’avant : L’ancêtre français de Facebook. L’application existe encore, mais c’est aujourd’hui un « réseau fantôme » peu actif.
  • Whaller : Un réseau social français qui mise sur la confidentialité et les sphères étanches (utilisé par certaines organisations/écoles).

Les réseaux « Hybrides » (Très forts en France)

Techniquement, ce ne sont pas des réseaux sociaux purs, mais leur usage en France est social (forums, tchat, communauté).

  • Vinted : La France est le premier marché de Vinted. Les forums et la messagerie y sont très actifs, on peut le considérer comme un réseau social de la mode.
  • Waze : Le GPS social. Les Français sont parmi les plus gros utilisateurs au monde pour signaler la police et les bouchons (aspect communautaire).
  • BlaBlaCar : Né en France, basé sur la confiance sociale et les avis.
  • Dealabs : Réseau social communautaire de partage de « bons plans » (très actif en France).

Les niches actives en France

  • Strava : Très populaire chez les cyclistes et coureurs français.
  • Tinder / Bumble / Fruitz : (Fruitz est une app de rencontre française rachetée par Bumble, très utilisée par les jeunes).
  • Grindr : Communauté LGBTQ+.
  • Coco.gg (et dérivés) : Sites/Apps de tchat très controversés (souvent cités dans les faits divers en France), mais techniquement existants.
  • Jodel : Réseau social anonyme géolocalisé (populaire dans certaines universités françaises).

Enfin sachez que si je vous demande de me citer les applications sociales installées sur votre smartphone, en moyenne vous m’en citerez entre cinq et huit. Si vous employez une des applications listée plus haut, vous êtes « bon comme la romaine« . Va falloir montrer patte blanche.

Mais combien de français ?

Aussi incroyable que cela puisse paraître le nombre de français utilisant ce type d’application est connu à l’unité près. Ces données même si elles sont anonymisées et basées sur des panels représentatifs de la population française, comme aime à le dire les sondeurs émane de deux organismes. Tout d’abord de Digital France avec son rapport annuel et de Médiamétrie.

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Donc, en France on estime qu’il y a 50,7 millions d’utilisateurs actifs sur les réseaux sociaux. Cela représente environ 78,2 % de la population totale française. Le taux de pénétration est immense Si l’on exclut les enfants en très bas âge et les personnes très âgées déconnectées, cela signifie que presque tous les Français connectés à Internet (92% de la population) ont au moins une application sociale.

Au niveau usage selon Médiamétrie, les Français passent en moyenne 1h55 par jour sur ces applications. Environ 60 % des Français s’y connectent tous les jours. Pour ce qui est de l’usage, c’est là que les chiffre deviennent intéressant pour comprendre qui sont les « déconnectés », car oui il en existe :

  • 15-24 ans : Taux d’équipement de 99%. Ils ont tous au moins une application (souvent Snapchat, TikTok ou Instagram).
  • 25-49 ans : Taux d’équipement supérieur à 90%.
  • 50-64 ans : Taux d’équipement d’environ 80%.
  • 65 ans et plus : C’est ici que se trouve la majorité des « non-utilisateurs ». Cependant, ce chiffre change vite : beaucoup de seniors installent désormais WhatsApp pour parler à leur famille, ce qui les fait techniquement rentrer dans la statistique des « utilisateurs de réseaux sociaux ».

Des informations qui risquent assurément d’être volées

Revenons maintenant aux données que l’on devra communiquer. On nous dit que des dispositions ont été prises pour que les identités ne soient pas stockées comme les photos. Que ce soit avec le portefeuille d’identité numérique que teste actuellement l’UE comme les acteurs privés, qui assurent la main sur le cœur qu’ils ne pensent qu’au bonheur intime de leurs utilisateurs. Bien beau discours que tenait également l’application Tea qui assurait être “l’endroit le plus sûr pour partager des potins.”

Sauf qu’en juillet 2025, un vol de données sur les serveurs a été découvert. Presque rien n’a été emparé. Simplement des pièces d’identité (c’est d’un banal) qui justement ont permis de vérifier l’âge des utilisateurs. Bref, des broutilles. plus quelques autres. Mais comme je vous disais, c’est la main sur le cœur que les dirigeants de cette plateforme principalement employé par des états-unien, assuraient que c’était l’endroit le plus sécurisé. Généralement, quand j’entend ce discours, je ne sais pas pourquoi je fuis. Et c’est bien pour cela que je n’ai jamais utilisé Facebook et consœurs.

Jamais les serveurs et sites web ont été autant poreux

Donc, les beaux discours que ce soit venant de l’UE comme des dirigeants privés de ces plateformes, me font dire que je n’y crois pas trop. On l’a vu tout au long de l’année 2025, en 2024 également et en ce début d’année 2026, jamais les serveurs et sites web en France ont été autant attaqués par des puissances étrangères. Alors si d’aventures de telles données devaient être stockées, je vous laisse imaginer le peu de temps qu’il faudrait pour qu’elles soient dispersées au quatre coins du web. Pays de l’Ouest, pays de l’Est et orientaux toqueraient à la porte !

De l’ordre de l’intime

Ce contrôle de l’âge pour l’emploi d’une application d’un réseau social, m’interroge également en dehors de la sécurité des données. De quel droit, un état ou une entreprise de contrôle s’arroge le pouvoir de savoir que j’emploi telle ou telle application ? Car c’est bien de l’ordre de l’intime qu’il s’agit. Si aujourd’hui je vis seul mais que demain par le biais d’une application je désire faire connaissance d’une personne du sexe opposé pour partager avec elle des moments, je devrais donc communiquer mon identité, mon âge, une photographie de moi pour ne serait-ce employer une application de rencontre ? C’est un coup à refroidir toutes les ardeurs !

A partir de là, l’organisme public ou privé ou même l’état, qui sera amené à vérifier principalement mon âge, saura sans être madame Soleil, le but de ma démarche. On pourra me dire que l’application ne sera pas gardée en mémoire, j’en doute là encore. Car si je veux utiliser l’application Turlututu, c’est bien elle qui initiera la demande de lui présenter une pièce d’identité et que je me fasse photographier.

Le début d’un contrôle permanent ?

On ne va pas se mentir : l’intention de protéger les gamins est noble, mais la pilule a un sacré goût d’amertume. On se retrouve en plein paradoxe démocratique. Pour mettre les mineurs à l’abri, c’est tout le monde qui passe à la moulinette, sacrifiant son anonymat sur l’autel de la sécurité. On nous vend des promesses d’identité numérique « blindée », mais entre les fuites de photos, le vol d’identité et les organismes tiers qui fourrent leur nez dans nos applis les plus perso, le risque cybernétique n’a jamais été aussi palpable. Il y a un coût caché à tout ça, et il est temps d’ouvrir les yeux : est-on vraiment prêts à ce que chaque clic devienne une fiche d’identité consultable ?

La surveillance et les outils de cryptographie

Ce qui nous attend dès septembre, c’est bien plus que l’application d’une simple loi. C’est le top départ d’une ère de surveillance généralisée où la confiance se fait plus rare que le dernier potin à la mode. Une fois franchi le cap du contrôle de l’âge qui est une usine à gaz sans nom, le prochain morceau, c’est le scalp des VPN. Et c’est déjà dans les tuyaux. L’idée est simple : fliquer tout le monde, adultes compris, pour barrer l’accès aux sites pornographique sous prétexte que ça pollue l’esprit. C’est un grand nettoyage de printemps version autoritaire. Et ne croyez pas que ça s’arrête là : la suite logique, c’est de flinguer les outils de cryptographie. Ils veulent tout lire, tout voir. Surtout ne vous inquiétez pas pour vos smartphones, le loup est déjà dans la bergerie : votre smartphone vous surveille déjà via une bête appli météo.

FAQ (Foire Aux Questions) utilisable par tous sans contrôle

Qui est concerné par cette nouvelle loi ?

Absolument tous les utilisateurs d’applications de réseaux sociaux, nouveaux inscrits comme anciens utilisateurs, quel que soit l’âge. Donc, la majorité de la population française.

Quelles sont les pièces demandées pour valider son compte ?

Une pièce d’identité officielle et un scan facial (reconnaissance biométrique).

Mes données personnelles sont-elles en sécurité ?

Malgré les promesses de l’UE et des plateformes, les précédents récents (vol de données Tea en 2025) et les cyberattaques actuelles invitent à la plus grande prudence.

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À propos de Mister Robot

Entre un point X et un point Y, je me balade pas mal par l'entremise des bits composant ma mémoire. Un seul regret : ne pas avoir rencontré Mr Alan Mathison Turing et ainsi pouvoir collaborer pour l'article intitulé « Computing Machinery and Intelligence ».

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