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Quand Google a débranché toute l’Espagne : la leçon que personne n’a retenue

Lecture : 8 minutes
Google News fermé en Espagne : le précédent qui éclaire la crise des Aperçus IA
Google News fermé en Espagne : le précédent qui éclaire la crise des Aperçus IA
Sommaire

On a parlé de l’arrivée des Aperçus IA en France avec le dernier village gaulois qui tombe. Puis des chiffres qui font froid dans le dos avec la baisse de trafic, étude par étude. Je te propose un petit voyage dans le passé. Parce que tout ça, on l’a déjà vécu. Et le cobaye s’appelait l’Espagne. Tu l’avais peut-être oublié. C’est pratique, l’oubli. C’est même là-dessus que comptent ceux qui te vendent l’IA dans Google comme un progrès sans la moindre victime. Sauf que le passé fabrique notre futur. Alors avant d’avaler leur salade, regardons ce qui est arrivé hier à des sites d’information comme mychromebook.fr. Au moins, c’est du réel. Du vécu. Du concret. Pas des « on dit ». Pas des suppositions brandies par ceux qui ont tout intérêt à ce que tu regardes ailleurs.

A retenir :

En 2014, l’Espagne a voté le Canon AEDE, une redevance obligatoire et incessible imposant aux agrégateurs de payer les éditeurs de presse pour l’affichage d’extraits. En réaction, Google a fermé Google News en Espagne le 16 décembre 2014, et le service n’est revenu que le 27 juin 2022, après la transposition de la directive européenne de 2019.

Le jour où l’Espagne a voulu faire payer Google

Retour en 2014. L’Espagne vote une loi sur le droit d’auteur surnommée le Canon AEDE, du nom de l’association des éditeurs de presse. Le principe : tout agrégateur d’actualités doit payer une redevance aux éditeurs dès qu’il affiche un lien et un extrait. Type Google News, Yahoo Actualités, MSN. La particularité espagnole, c’est qu’elle était brutale. La redevance était obligatoire et incessible. Traduction : même un éditeur qui voulait être référencé gratuitement n’avait pas le droit de renoncer au paiement. Pas de négociation. Tu prends, ou tu prends. Google n’a pas pris. Il aimait pas. Tout simplement. Le 16 décembre 2014, juste avant l’entrée en vigueur de la loi au 1er janvier 2015, le moteur a fait sauter le bouton rouge : fermeture pure et simple de Google News en Espagne. Pas une menace. Un débranchement.

Les éditeurs n’avaient pas vu venir le bazooka

Le plus savoureux, c’est la réaction des éditeurs. Eux qui avaient réclamé cette loi se sont retrouvés tout penauds. Ils s’attendaient à ce que Google paie. Pas à ce qu’il parte. Quelques jours après l’annonce, l’AEDE a carrément supplié le gouvernement espagnol et les autorités de la concurrence de l’UE d’intervenir pour empêcher la fermeture. L’association qui voulait taxer Google demandait maintenant à l’État de forcer Google à rester. On a connu posture plus solide.

Et le service est resté fermé. Pas quelques mois. Près de huit ans. Oui, tu as bien lu. Huit ans. Alors ne me dit pas que Google a peur d’une petite menace. Il s’assoit dessus. Sa force ? Sa position dominante. Et son pognon. Il fait donc ce qu’il veut. Comme il veut. Quand il veut. Finalement Google Actualités n’est revenu en Espagne que le 27 juin 2022, une fois la directive européenne de 2019 transposée localement, qui a remplacé la redevance obligatoire par une négociation individuelle entre Google et chaque média.

Qui a vraiment morflé ?

Là, je vais rester honnête avec toi, parce que c’est important et que les deux camps ont raconté n’importe quoi. L’étude NERA, commandée par l’association des petits éditeurs espagnols, a annoncé des pertes massives. Forcément, c’était le camp qui voulait taxer. Mais les études académiques indépendantes racontent une histoire plus nuancée, et plus instructive. Les travaux de Calzada et Gil ont mesuré une baisse d’environ 14 pour cent des visites quotidiennes après la fermeture. Ceux d’Athey, Mobius et Pal ont trouvé que la consommation globale d’actualités avait chuté de 20 pour cent chez les anciens utilisateurs de Google News, et que les pages vues sur les autres sites avaient reculé d’environ 10 pour cent.

Le point clé, le voici : cette casse était concentrée sur les petits éditeurs. Les gros, eux, n’ont quasiment rien senti. El País, un des plus gros titres du pays, n’a pas bougé, voire a continué de grimper sur la période. Retiens bien ça. Quand Google coupe le robinet, ce ne sont pas les mastodontes qui tombent. Ce sont les petits. Les indépendants. Les sites de niche. Ceux qui n’ont pas de marque assez forte pour que les gens tapent leur nom directement dans le navigateur. Devine dans quelle catégorie se range un site comme mychromebook.fr ? Cherche pas. Tu as déjà la réponse.

La leçon que personne n’a retenue

L’Espagne 2014, c’était un agrégateur qu’on débranche. Aujourd’hui, c’est plus vicieux : on ne ferme rien, on intercale juste une IA qui répond à ta place avant que tu cliques. Mais le mécanisme de fond est identique. Plus tu dépends de Google pour ramener tes lecteurs, plus tu es à sa merci le jour où il change les règles. Les Espagnols l’ont appris à la dure il y a dix ans. La presse européenne a obtenu un droit voisin en réaction. Et dix ans plus tard, rebelote, sous une autre forme, avec les Aperçus IA. L’Histoire se répète, surtout se taire. Sinon, on te coupe le robinet. Tout simplement. Et tu trouves cela normal ? Faut croire que oui. À part la presse tech, qui a fait son boulot dans son coin, le grand public n’a rien vu passer. Pas de débat, pas de levée de boucliers. Comme quoi, pas besoin d’un missile nucléaire pour faire plier tout un continent.

Bon tu auras compris que la seule chose qui protège vraiment un éditeur, ce n’est pas une loi. C’est un lien direct avec ses lecteurs. Une audience qui vient parce qu’elle a choisi de venir, pas parce qu’un algorithme l’a redirigée. C’est exactement pour ça qu’on insiste sur l’abonnement. Pas pour t’embêter. Parce que c’est la seule potion magique qui ne dépend pas du bon vouloir de Mountain View. Si tu veux que ce village d’irréductibles soit encore debout dans cinq ans, c’est le moment de choisir ton camp. La potion magique ou les chaînes qui te mènent au Colisée ?

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Mes sources car tu aimes savoir sur quoi je m’appuie

Google Actualités (communiqué officiel) : https://support.google.com/news/publisher-center/answer/12309589?hl=fr-CA

Oxford Academic / Journal of Computer-Mediated Communication (étude) : https://academic.oup.com/jcmc/article/22/5/284/4666430

Nieman Lab : https://www.niemanlab.org/2019/01/google-is-threatening-to-kill-google-news-in-europe-if-the-eu-goes-ahead-with-its-snippet-tax/

Stratégies : https://www.strategies.fr/actualites/medias/4069203W/google-news-va-rouvrir-en-espagne.html

FAQ

Pourquoi Google a-t-il fermé Google News en Espagne en 2014 ?

Pour protester contre le Canon AEDE, une loi rendant obligatoire et incessible le paiement d’une redevance aux éditeurs de presse par les agrégateurs. Google a fermé son service le 16 décembre 2014, juste avant l’entrée en vigueur de la loi au 1er janvier 2015.

Combien de temps Google News est-il resté fermé en Espagne ?

Près de huit ans. Le service n’est revenu que le 27 juin 2022, après que l’Espagne a transposé la directive européenne de 2019, remplaçant la redevance obligatoire par une négociation individuelle.

Quel a été l’impact réel sur les éditeurs espagnols ?

Les études académiques indépendantes estiment la baisse de trafic autour de 14 %, avec une consommation d’actualités en recul d’environ 20 % chez les anciens utilisateurs de Google News. Cette casse était concentrée sur les petits éditeurs, les grands titres comme El País n’étant quasiment pas affectés.

Quel rapport avec les Aperçus IA d’aujourd’hui ?

Le mécanisme de fond est identique : plus un éditeur dépend de Google pour son trafic, plus il est vulnérable quand Google change les règles. En 2014 c’était la fermeture d’un agrégateur, aujourd’hui c’est une IA qui répond avant le clic.

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À propos de Mister Robot

Entre un point X et un point Y, je me balade pas mal par l'entremise des bits composant ma mémoire. Un seul regret : ne pas avoir rencontré Mr Alan Mathison Turing et ainsi pouvoir collaborer pour l'article intitulé « Computing Machinery and Intelligence ».

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