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Imagine : des heures de jeu sous Heroic Launcher sur ton Chromebook. Puis un souci d’écran, un Powerwash, une réinstallation propre. Tout revient : LibreOffice, Heroic, tes jeux. Sauf qu’au lancement, le jeu démarre… et meurt. En silence. Pas de message, pas d’écran noir, rien. Le néant poli.
C’est l’histoire vraie d’un lecteur de notre Discord. Sa phrase résume tout : « ça fonctionnait avant février 2026« . Il a raison. Et ce qui a changé en chemin, ce n’est pas son Chromebook. Ce n’est pas son jeu, c’est Google. Bonne nouvelle quand même : on a trouvé la panne, on a trouvé la réparation, et elle a été testée avec lui de bout en bout. Suis le guide.
Ce qu’il faut retenir
- Après un powerwash, ton environnement Linux est réinstallé sous Baguette, la nouvelle architecture qui remplace Crostini depuis ChromeOS 147.
- Sous Baguette, l’accélération graphique n’est officiellement plus maintenue par Google : les jeux se lancent puis se coupent sans message.
- La cause identifiée : ton compte utilisateur n’a plus la permission d’accéder au GPU de la machine virtuelle.
- La réparation testée : une commande dans le Terminal pour rejoindre les groupes render et video, puis un redémarrage de la VM.
- Le conseil en or : si ton environnement Linux actuel fonctionne, sauvegarde-le et évite le powerwash tant que possible.
Le crime : un jeu qui meurt en silence
Reprenons le dossier depuis le début. Notre lecteur a subi un Powerwash. Cette remise à zéro que ChromeOS présente comme un grand bain purificateur. Ce que Google ne précise pas sur l’étiquette : depuis ChromeOS 147, toute nouvelle installation de Linux se fait sous Baguette, la nouvelle architecture qui remplace l’historique Crostini. On t’a déjà raconté comment ce déménagement a fait disparaître l’option Installer avec Linux. Aujourd’hui, on s’attaque à sa deuxième victime : le jeu vidéo.
Car sur la liste officielle des fonctions que Google ne maintient plus sous Baguette figure, en toutes lettres, l’accélération graphique. Traduction pour les non-initiés : la capacité de ton environnement Linux à utiliser la vraie puce graphique de ta machine au lieu de tout calculer laborieusement avec le processeur. Pour un tableur, on s’en moque. Pour un jeu, c’est la différence entre jouer et contempler un écran vide.
« Plus maintenu« , en langage Google, ça veut dire : ça peut marcher, ça peut casser. Si ça casse, personne ne viendra réparer. Nous, on appelle ça vendre un appartement avec le chauffage « non maintenu » en plein hiver. Bienvenue dans le service après-vente de la transition. Plus qu’à acheter une couette. Pas pour maintenant. Plus tard.
L’enquête : le processeur qui se prend pour une carte graphique
Comment savoir si tu es victime du même mal ? Deux indices, et un coupable. Premier indice : installe l’outil de diagnostic et interroge ton système. Dans le Terminal Linux :
sudo apt install mesa-utils
glxinfo -B
Regarde la ligne « renderer ». Chez notre lecteur, elle affichait llvmpipe. Retiens ce nom : llvmpipe, c’est ton processeur qui se déguise en carte graphique. Il fait tout à la main, pixel par pixel. Avec la puissance d’un moine copiste. T’imagine. Pas trop longtemps. Les vieux jeux légers passent parfois. Les jeux récents, jamais.
Deuxième indice, le plus parlant : lance Heroic depuis le Terminal (commande heroic) et lis ce qui défile. Dans le log de notre lecteur, une ligne criait la vérité :
libEGL warning: failed to open /dev/dri/renderD128: Permission denied
Et voilà le coupable, l’ami. Traduisons ce charabia, parce que c’est là que tout se joue. Sous Linux, ta carte graphique est représentée par un fichier spécial, /dev/dri/renderD128. C’est la porte d’entrée vers le GPU. « Permission denied » signifie que la porte existe, que le GPU est bien là derrière (le log le confirmait plus loin : un « Virtio 1.0 GPU » flambant neuf), mais que ton compte utilisateur n’a pas la clé. Le videur te refuse l’entrée de ta propre boîte de nuit. Sympatoche.
Conséquence en cascade : sans accès au GPU, pas de Vulkan, l’API graphique moderne. Et sans Vulkan, les outils DXVK et VKD3D, qui font tourner les jeux Windows sous Linux, déclarent forfait. Le log ne s’en cachait pas : « No GPU with Vulkan 1.1 support found, DXVK will not work« . Ton jeu démarre, cherche la carte graphique. Ne la trouve pas. Se retire sur la pointe des pieds. Sans un mot. La politesse des condamnés. On ferait pas mieux.
Pourquoi cette clé manque-t-elle ? Parce que dans l’image Debian livrée avec Baguette, l’utilisateur créé à l’installation n’est pas ajouté aux groupes Unix qui donnent accès aux périphériques graphiques. Un réglage d’usine bâclé, sur une fonction que Google a officiellement cessé de bichonner. Étonnant, non ?
La réparation : une commande, testée et approuvée
Accroche-toi, la solution tient sur une ligne. Dans le Terminal Linux, tape exactement ceci :
sudo apt install mesa-utils
sudo usermod -aG render,video $USER
Décortiquons pour les curieux, parce qu’on est pédagogue ou on ne l’est pas. usermod modifie ton compte utilisateur. -aG render,video l’ajoute (a comme append) aux groupes render et video, les fameux trousseaux de clés du GPU. Et $USER, attention au piège : c’est à taper tel quel, littéralement. C’est une variable magique que le terminal remplace tout seul par ton nom d’utilisateur. Notre lecteur est tombé dans le panneau en le remplaçant par son pseudo précédé du dollar. Le résultat ? La commande lui a récité son mode d’emploi en guise de refus. Tu es prévenu. Je ne le dirais pas deux fois. Fait trop chaud.
Ensuite, redémarre complètement la machine virtuelle. Ferme le Terminal, ouvre crosh avec Ctrl+Alt+T, puis :
vmc stop termina
Relance le Terminal, et vérifie ta victoire :
glxinfo -B
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commande pour ressusciter tes jeux dans ChromeOS
Chez notre lecteur, le renderer est passé de llvmpipe à virgl, adossé à son vrai GPU Intel. L’accélération graphique de retour d’exil. Et le contrôle final, vulkaninfo --summary (après un sudo apt install vulkan-tools), a affiché le pilote Venus avec Vulkan 1.3 pleinement fonctionnel. Venus, c’est le canal qui transporte Vulkan entre la machine virtuelle et le vrai GPU. OpenGL réparé. Vulkan réparé. Donc réparation complète. En plus, validée sur le terrain par l’installation d’un Baldur’s Gate premier du nom qui tourne comme au bon vieux temps.
Petite précision d’honnêteté maison : si tu vois encore un « llvmpipe » dans la liste de vulkaninfo, pas de panique. C’est la roue de secours logicielle, toujours listée, jamais utilisée tant que la vraie carte répond présente.
Les limites : tout ne reviendra pas par magie
Deux avertissements avant que tu ne cries victoire trop fort.
D’abord, cette réparation rend au GPU son accès, mais elle ne transforme pas ton Chromebook en PC de gamer. Les machines virtuelles ont leurs frais de douane graphiques. La mémoire vue par la VM reste limitée (6,89 Go chez notre lecteur, dont une bonne part déjà consommée par le système). Les jeux légers et les classiques tourneront bien. Les gros titres récents resteront des gros titres récents.
Ensuite, certains vieux jeux ont leurs caprices propres, indépendants de Baguette. Notre lecteur en a fait l’expérience : Baldur’s Gate fonctionne. Pas Neverwinter Nights qui refuse encore de coopérer, alors que l’environnement graphique est sain. Un binaire Linux d’un autre âge qui réclame ses bibliothèques d’époque. C’est un autre chantier. Si ton système affiche virgl et Venus mais qu’un jeu précis boude toujours, le suspect est le jeu, plus Google. Ça arrive même aux meilleurs.
Le conseil qui vaut de l’or : ne déménage pas si tu n’y es pas forcé
Maintenant, le plus important, pour tous ceux qui n’ont pas encore fait de Powerwash : si ton environnement Linux actuel fonctionne, avec tes jeux, ton accélération graphique et ton double-clic sur les .deb, il tourne encore sous l’ancien Crostini. Et il continuera tant que tu ne le supprimes pas. Google ne propose pour l’instant que de nouvelles installations sous Baguette : toute réinstallation est un aller simple.
Donc, deux réflexes. Un : évite le Powerwash tant qu’une vraie panne ne l’impose pas. Ce n’est plus le remède miracle et sans conséquence que ChromeOS veut te vendre. Deux : sauvegarde ton environnement Linux dès maintenant, dans Paramètres, Environnement de développement Linux, « Sauvegarde et restauration ». Le fichier généré contient tout : tes applications, tes jeux, tes réglages. Le jour où l’aller simple s’impose, tu partiras au moins avec tes meubles.
Que retenir de tout cela ?
Résumons l’affaire. Google bascule Linux sur une nouvelle architecture. il classe l’accélération graphique en « plus maintenu ». Livre une image où l’utilisateur n’a pas les clés de son propre GPU. Et laisse les joueurs face à des jeux qui meurent sans un mot. La réparation tenait en une commande que n’importe quel ingénieur de Mountain View aurait pu glisser dans l’image d’origine. Il faudra donc retenir qu’en 2026, chez Google, c’est un lecteur de Discord francophone qui fait le contrôle qualité. On aura tout vu.
Sois rassuré quand même : ta machine n’est pas cassée. Tes jeux non plus. Et la manipulation ci-dessus a fait ses preuves. Quant à savoir pourquoi Google délaisse ainsi le Linux de ChromeOS, on a notre idée sur la question, et elle sent le déménagement à plein nez. On t’explique tout dans notre analyse sur Baguette et Aluminium OS. Bon jeu, et laisse ce bouton Powerwash tranquille. Oublie-le.
Épilogue : l’enquête continue avec notre lecteur
Parce qu’un bon dossier ne se referme jamais tout à fait, l’enquête s’est poursuivie sur notre Discord jusqu’au bouclage de cet article, et deux enseignements méritent d’être partagés. D’abord une donnée chiffrée, pour les collectionneurs : après réparation, virgl sous Baguette expose un OpenGL 4.3 Compatibility Profile (Mesa 25.0.7). Largement de quoi faire tourner la plupart des jeux natifs Linux, et de quoi ranger définitivement la machine virtuelle au rayon des innocents.
Ensuite, le fin mot du cas Neverwinter Nights Enhanced Edition, notre second récalcitrant : son log a fini par avouer. « Could not divine nwn base data directory. Have to give up. » En clair, le jeu démarre parfaitement mais n’est pas lancé depuis le bon répertoire, alors il renonce. Un simple problème de répertoire de travail au lancement, sans aucun rapport avec Baguette, le GPU ou Google. La preuve par l’exemple : une fois le système réparé, les pannes redeviennent des pannes ordinaires de joueur Linux. Et ça, c’est presque rassurant.
[MàJ] affaire définitivement classée. Notre lecteur a lancé sa première partie de Neverwinter Nights Enhanced Edition. Le coupable final : le script de lancement à la racine du jeu, qui ne descendait pas jusqu’au sous-dossier game/bin/linux-x86 d’où le jeu exige d’être démarré. Lancé depuis ce dossier, tout fonctionne. Système réparé, jeux réparés, joueur reparti à l’aventure : le dossier Baguette et le jeu vidéo est refermé.
Deux sources pour avancer encore plus loin
FAQ
Pourquoi mes jeux Linux ne se lancent plus sur mon Chromebook après un Powerwash ?
Depuis ChromeOS 147, toute réinstallation de Linux se fait sous Baguette, la nouvelle architecture qui remplace Crostini. Or l’image livrée par Google comporte un défaut : votre compte utilisateur n’a pas la permission d’accéder au GPU de la machine virtuelle. Sans accélération graphique ni Vulkan, les jeux démarrent puis se coupent sans afficher de message.
Comment savoir si mon environnement Linux utilise le GPU ou le processeur ?
Installez l’outil de diagnostic avec sudo apt install mesa-utils puis tapez glxinfo -B dans le Terminal. Si la ligne renderer affiche llvmpipe, votre système calcule les graphismes avec le processeur : le GPU est inaccessible. Si elle affiche virgl, l’accélération graphique fonctionne.
Quelle commande répare l’accès au GPU sous Baguette ?
Tapez sudo usermod -aG render,video $USER dans le Terminal, en écrivant $USER tel quel, sans le remplacer par votre pseudo. Fermez ensuite le Terminal, ouvrez crosh avec Ctrl+Alt+T, tapez vmc stop termina, puis relancez le Terminal. Un glxinfo -B doit alors afficher virgl et un vulkaninfo –summary doit lister votre GPU avec le pilote Venus.
Faut-il éviter le Powerwash quand on joue sous Linux sur Chromebook ?
Oui, tant qu’une vraie panne ne l’impose pas. Un environnement Linux installé avant ChromeOS 147 tourne encore sous Crostini, avec l’accélération graphique maintenue et l’installation graphique des .deb. Toute réinstallation bascule définitivement sur Baguette. Pensez aussi à sauvegarder votre environnement via Paramètres, Environnement de développement Linux, Sauvegarde et restauration.



