Sommaire
La France s’équipe de Chromebook. Pas tout à fait juste. En tous cas deux régions, pour ce qui concerne les lycées : l’Île-de-France et les Pays de la Loire. Le dossier qui traite de tout cela est à retrouver ici. Alors si l’Île-de-France a acheté le Chromebook et rien d’autre chez Google, les Pays de la Loire ont acheté un packaging qui me plaît. On y trouve l’ordinateur plus un produit Google. Son nom ? Google Workspace for Education Plus. Oui, je sais, ça pète bien un truc pareil quand tu le dis. Mais que vaut-il ? Alors si habituellement la tendance est de vous informer sur les comptes Gmail et Google Workspace, là c’est une autre dimension. Scolaire, j’entends. Comme à mon habitude, j’ai sorti mes classeurs, fouillé un peu, même beaucoup, dans les FAQ de Google. Et première surprise : Google nous a fait des petites cachotteries. Enfin, sans trop en parler. Car c’est surtout le prix d’emploi de ses produits qu’il a revu à la hausse.
Ce qu’il faut retenir
- Education Plus est l’édition payante la plus complète de Google Workspace for Education, au-dessus de la version gratuite Fundamentals et de l’édition intermédiaire Standard.
- Google a discrètement durci ses licences entre fin 2025 et début 2026 : fin des licences gratuites pour le personnel, chaque utilisateur actif doit être couvert, et les prix ont grimpé.
- L’atout décisif pour une collectivité : les régions de données, qui permettent d’exiger le stockage dans l’Union européenne, une promesse impossible à tenir avec la version gratuite.
- Plus ne règle pas tout : la gestion des Chromebooks passe par d’autres licences, et le coût réel du contrat ligérien reste inconnu.
Les cachotteries d’abord : Google a rebattu ses cartes
Commençons par la surprise du classeur, puisque je te l’ai promise. Entre octobre 2025 et février 2026, Google a refondu en profondeur son modèle de licences éducation, et ça n’a pas fait la une des journaux. Fini le vieux système d’une licence personnel gratuite pour quatre licences élèves payantes. Depuis le passage au modèle de licence unique, chaque utilisateur actif du domaine doit être couvert. L’élève. L’enseignant. Tout le monde. Avec, en prime, un minimum d’achat de 50 licences pour les éditions payantes.
Et les prix ? La documentation officielle parle pudiquement de prix catalogue « ajustés » pour les « aligner sur les investissements » de Google dans ses fonctionnalités premium. Des termes pareils, ça fait rêver. Petit aparté : pour les latinistes, le verbe augmenter vient du bas latin augmentare, dérivé de augmentum. Mais revenons à nos moutons. Traduction du Google en français courant : ça a augmenté. Mais bon, Google a aussi consolidé son offre d’intelligence artificielle : les anciens modules Gemini Education ont disparu au profit d’un module unique, Google AI Pro for Education, facturé en sus de l’édition. Pas de petits profits.
Pourquoi je te raconte ça avant même de t’expliquer ce qu’est Education Plus ? Parce que le calendrier pique. Les Pays de la Loire signent chez Google pile au moment où Google resserre la vis sur les écoles du monde entier. Quand une Région couvre des dizaines de milliers d’élèves, et désormais obligatoirement ses enseignants, ces petites lignes-là pèsent des millions. Garde ça en tête pour la suite.
Education Plus, c’est quoi au juste ?
Maintenant, le produit. Education Plus est le haut d’une échelle à trois barreaux. En bas, Education Fundamentals, gratuit pour les établissements éligibles : Classroom, Docs, Sheets, Slides, Gmail, Drive, Meet, Chat, la console d’administration de base, et même l’accès aux outils d’IA Gemini for Education et NotebookLM. Oui, gratuit, et déjà très fourni. C’est toute la ruse commerciale de Google dans l’éducation depuis quinze ans : le premier barreau ne coûte rien.
Au milieu, Education Standard, payant, qui ajoute la sécurité avancée et les outils d’analyse des menaces. En haut, Education Plus, qui inclut tout ce qui précède et empile le reste du catalogue. Précision qui a son importance : on ne saute pas les barreaux. Il faut disposer de Fundamentals pour acheter une édition payante, et Standard comme Plus ne se vendent que par l’intermédiaire de revendeurs agréés, en abonnement annuel, avec attestation du statut d’établissement d’enseignement à la clé. Pas de bouton « acheter » sur une page publique. On est dans le monde feutré des marchés et des devis. Pas dans celui du panier en ligne. On ne parle pas de clic de souris pour acheter. Mais de déjeuner d’affaires. Tu vois la différence ? D’ailleurs, tu chercheras en vain un tarif public d’Education Plus en France. J’ai fouillé, crois-moi.
Ce que Plus ajoute concrètement à la version gratuite
Mes classeurs résument le catalogue Plus en quatre familles. Un, la sécurité musclée : centre de sécurité, outil d’investigation pour remonter les incidents, analyse des menaces, contrôles administrateur affinés. Pour une collectivité qui gère les données de mineurs, c’est l’argument massue. Deux, la souveraineté du stockage : les régions de données, qui permettent à l’administrateur d’exiger que les données au repos soient hébergées dans l’Union européenne. Retiens bien celle-là, on y revient, c’est le cœur du dossier ligérien.
Trois, le confort à l’échelle : un espace de stockage commun massif pour l’organisation, gonflé par chaque licence Plus achetée, la recherche Cloud Search personnalisée, des fonctions avancées dans Meet et Classroom, et un support prioritaire. Quatre, l’IA avec des limites relevées : les quotas de NotebookLM et des outils Gemini grimpent avec l’édition. Mais attention au piège de vocabulaire, je l’ai dit plus haut : l’accès complet à Gemini dans Gmail, Docs et compagnie relève du module séparé Google AI Pro for Education, facturé en plus. Plus n’est donc pas un forfait tout-IA-compris, contrairement à ce que son nom laisse croire. Les cachotteries, encore.
100 To
Stockage commun inclus
Une absence remarquable dans ce catalogue, et elle est de taille pour notre dossier : la gestion des Chromebook eux-mêmes. Administrer une flotte de machines ChromeOS, pousser les règles, bloquer les applications, tout cela relève de licences de gestion Chrome distinctes, attachées aux appareils et non aux utilisateurs. Workspace gère les comptes et les services, pas la quincaillerie. Deux contrats, deux lignes budgétaires. Range cette fiche dans un coin, on la ressort plus bas. Oui, je sais, cet article est à tiroirs. Mais c’est mieux ainsi.
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Soutenir MyChromebook.frPourquoi les Pays de la Loire ont signé ?
La réponse est dans le courrier envoyé aux parents fin mai, et elle est plus technique qu’il n’y paraît (voir le lien en bas de l’article). La Région y promet un hébergement de toutes les données sur des serveurs situés dans l’Union européenne, la conformité RGPD, l’absence de publicité ciblée et de collecte à des fins commerciales, et le chiffrement des données locales. Relis la liste. La première promesse, l’hébergement européen, est précisément la fonctionnalité que la version gratuite ne permet pas de garantir. Les régions de données sont réservées aux éditions payantes. Autrement dit : les Pays de la Loire n’ont pas acheté Plus pour offrir des gadgets aux élèves. Ils ont acheté Plus parce que c’était la condition technique de leur promesse RGPD. Voilà ce que mes classeurs m’ont appris de plus utile.
Les garanties écrites aux familles
Le reste de l’argumentaire régional suit la même logique de réassurance. L’interdiction de la publicité et de l’exploitation commerciale des données scolaires vaut pour tout l’écosystème éducation de Google, gratuit compris, mais l’écrire noir sur blanc dans un courrier aux familles, avec le tampon d’un contrat payant derrière, change la nature de l’engagement. Le blocage des applications et extensions non approuvées rassure sur la surface d’attaque. Et la FAQ régionale assume le choix jusque dans ses détails pratiques : outils d’inclusion numérique issus du catalogue Google Play, applications Android validées par la Région, travail hors ligne sur les documents Drive avec synchronisation au retour du réseau.
Google ne met pas son nez dans les données, vraiment ?
Et la grande promesse, alors ? Celle qu’on résume par « Google ne met pas son nez dans les données ». Précisons-la, parce que c’est là que tout se joue. Dans le cadre Education, les données des élèves appartiennent à l’établissement. Google les traite en sous-traitant, pour le compte de la collectivité, et s’engage à ne pas les exploiter à des fins publicitaires ou commerciales dans les services principaux. Ça, c’est le contrat, et il est réel. Mais l’affaire danoise a mis le doigt sur la frontière que la plaquette ne montre jamais : les données techniques et de télémétrie, les fameuses Service Data, ainsi que les données liées à ChromeOS et au navigateur Chrome, étaient historiquement traitées par Google pour son propre compte. Sous ses conditions générales, hors du contrat signé par les écoles. C’est précisément sur ce périmètre-là que l’autorité danoise a bataillé quatre ans, et c’est lui que le cadre renégocié est venu resserrer. (voir plus bas pour de amples informations) Moralité : la promesse est vraie à l’intérieur du contrat. Toute la question est de savoir ce qui vit à l’extérieur. Et ça, seule l’analyse d’impact de la Région peut le dire.
Ce que ce choix raconte face à l’Île-de-France
Il faut aussi dire ce que ce choix raconte en creux. En face, l’Île-de-France a préféré payer une société française pour contourner les services de Google sur les mêmes machines. Nantes a jugé que le contrat Education Plus, avec ses garanties écrites, valait mieux qu’un contournement. C’est un pari de confiance contractuelle contre un pari de méfiance architecturale. Les deux se défendent, et je note surtout que les deux coûtent de l’argent public : la souveraineté numérique, version évitement ou version contrat, n’est jamais gratuite.
Ce que Plus ne règle pas
Soyons honnêtes jusqu’au bout, c’est la maison qui l’exige. D’abord, la question qui a hanté toute l’Europe scolaire : le précédent danois. Et il faut le raconter en entier, parce que tout le monde en cite le début et personne la fin. En 2022, l’autorité danoise de protection des données interdit Chromebook et Workspace dans les écoles d’une commune. En janvier 2024, elle enjoint 53 communes de mettre leur usage en conformité, jugeant qu’aucune base légale ne permettait de transmettre les données des élèves à Google pour ses propres finalités, comme l’amélioration de ses services. Quatre ans de bras de fer, un cadre contractuel renégocié avec Google, et en février 2026, décision finale : le nouvel accord respecte les règles, les écoles danoises peuvent continuer, avec une critique sérieuse maintenue sur l’usage des sous-traitants de Google hors de l’Union européenne. La leçon pour Nantes est double. D’un côté, la voie du contrat exigeant, celle que la Région a choisie, est celle qui a fini par passer l’examen de l’autorité la plus dure d’Europe. De l’autre, le point resté ouvert à Copenhague, les sous-traitants hors UE, est exactement le genre de détail qui ne figure pas dans un courrier aux parents. C’est pourquoi j’ai demandé à la Région si une analyse d’impact relative à la protection des données a été menée. Réponse attendue.
Ensuite, ressors la fiche que je t’ai fait ranger plus haut : Plus gère les comptes, pas les Chromebook. La flotte ligérienne devra être administrée via des licences de gestion Chrome dédiées, dont le courrier aux parents ne dit rien. Qui les porte, à quel tarif, sur quelle durée ? Question posée à la Région, elle aussi.
A lire également :
Enfin, le prix, la cachotterie finale. Pas de tarif catalogue public pour Education Plus en France : tout passe par les revendeurs et les marchés. Pour une promotion annuelle entière d’élèves, plus les enseignants désormais obligatoirement licenciés depuis la réforme du modèle unique, la facture Workspace s’ajoute au coût des machines. L’enveloppe globale du dispositif ligérien est en hausse, la Région l’explique par le coût des composants. La part du logiciel dans cette hausse, elle, reste dans l’angle mort. Tu me connais : je préfère un chiffre sourcé à une estimation brillante, donc j’attends celui de la Région plutôt que de te vendre le mien.
Voilà, je range mes classeurs. Education Plus n’est ni le diable ni le paradis : c’est un contrat, avec des garanties réelles. Egalement des limites précises et des coûts opaques, signé pile au moment où Google augmente ses tarifs scolaires en catimini. Les Pays de la Loire ont acheté la version la plus défendable de l’écosystème Google pour l’école. Reste à vérifier, réponses régionales en main, que la promesse est tenue jusque dans les annexes. Et ça, c’est mon travail des prochaines semaines.
Sources pour aller plus loin
- Région Pays de la Loire, courrier officiel aux parents (PDF)
- Google for Education, comparaison des éditions
- Google for Education, édition Education Plus
- Aide administrateur Google Workspace, présentation des éditions Education
- Aide administrateur Google Workspace, questions fréquentes sur les éditions
- Google Workspace, tarifs et licences Education (réforme 2025-2026)
- Datatilsynet, injonction du 30 janvier 2024 (affaire Chromebook)
- Chronologie complète de l’affaire danoise (en anglais)
- Danske Kommuner, décision finale de février 2026
- Courrier de la région des Pays de la Loire aux parents
FAQ
Qu’est-ce que Google Workspace for Education Plus ?
C’est l’édition payante la plus complète de Google Workspace for Education, au-dessus de la version gratuite Fundamentals et de l’édition intermédiaire Standard. Elle ajoute notamment la sécurité avancée avec centre de sécurité et outil d’investigation, les régions de données pour choisir l’hébergement dans l’Union européenne, du stockage supplémentaire et un support prioritaire. Elle se vend uniquement via des revendeurs agréés, en abonnement annuel.
Pourquoi la Région Pays de la Loire a-t-elle choisi Education Plus ?
Principalement pour tenir sa promesse d’hébergement des données dans l’Union européenne, faite aux familles dans le cadre du dispositif « Mon Ordi Au Lycée ». Cette garantie repose sur les régions de données, une fonctionnalité réservée aux éditions payantes de Google Workspace for Education. La Région met également en avant la conformité RGPD, l’absence de publicité ciblée et le chiffrement des données locales.
Google utilise-t-il les données des élèves avec Education Plus ?
Dans le cadre du contrat Education, les données appartiennent à l’établissement et Google les traite en sous-traitant, sans exploitation publicitaire ni commerciale dans les services principaux. L’affaire danoise a toutefois montré que les données techniques de télémétrie, dites Service Data, ainsi que celles liées à ChromeOS et au navigateur Chrome, relevaient historiquement des conditions générales de Google, hors du contrat des écoles. Le cadre renégocié validé au Danemark en février 2026 est venu resserrer ce périmètre.
Combien coûte Google Workspace for Education Plus ?
Google ne publie pas de tarif catalogue public pour la France : la vente passe exclusivement par des revendeurs agréés et des marchés. Depuis la réforme des licences menée entre fin 2025 et début 2026, chaque utilisateur actif doit être couvert, enseignants compris, avec un minimum d’achat de 50 licences, et les prix catalogue ont été revus à la hausse.
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Mmm….ça sent la rentrée tout ça ! 🙂