Google garde sa régie publicitaire. Il va juste devoir arrêter de s’auto-servir pendant six ans.

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Régie publicitaire Google : six ans sous surveillance
Régie publicitaire Google : six ans sous surveillance
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Tu es de ceux qui emploient de manière gratuite les outils de Google. Pas d’abonnements. Pour Gmail et autres. Tu ne lui as jamais donné un centime. Ni pour ta machine qui se met à jour toute seule. En somme, tu utilises ses outils de manière non onéreuse. Cela te convient très bien. Et pourtant, le mercredi 16 septembre 2026, un tribunal états-unien a rendu une décision qui parle de ton argent. Si, si. De ce que tu lui verses indirectement. Comment ? Tout simplement en allant sur des sites web où s’affichent des publicités. Reste, je t’explique.

37%

de chaque dollar, gardés par Google

Tu ne paies pas Google. Mais tu lui donne quand même du pognon

Tu as été sur un site web. La publicité que tu viens de croiser, quelqu’un l’a payée. Ce quelqu’un, c’est un annonceur. Il a mis de l’argent sur la table pour s’afficher devant toi, sur le site d’actualité, le blog de cuisine ou le forum où tu traînes le soir. Ou simplement être bien vu sur le site de mychromebook.fr. Et cet argent devrait, en toute logique, arriver au site. Sauf qu’il fait un détour. Comme toujours, il y a des intermédiaires. Qui se servent.

Entre l’annonceur et le site, il y a en effet toute une plomberie. Un logiciel qui décide quelle publicité s’affiche à quel endroit. Une place de marché où les acheteurs enchérissent en quelques millisecondes pendant que ta page charge. Google possède les deux. Et il prend sa commission sur le passage. C’est en quelque sorte le crieur et le vendeur. Combien ? Au procès, en septembre 2024, un expert a estimé qu’un peu plus du tiers de chaque dollar restait chez Google. Donc sur 100 €, il prend 37 €. Pour la seule place de marché, la commission est de 20 %, confirmée par le témoignage d’un ancien salarié maison.

Or Google le savait. Un de ses cadres, Chris LaSala, écrivait en interne : « I think we are all in agreement that « exchange functionality » is not worth 20% », soit, en français, nous sommes tous d’accord pour dire que la fonction de place de marché ne vaut pas 20 %. C’est son employé qui l’écrit. Pas moi. Voilà le tuyau que le tribunal vient d’ordonner d’ouvrir. Retiens juste ça : moins il en reste au bout, moins le site que tu lis a les moyens de produire ce que tu lis.

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Petite chronologie sur un procès

Effectue avec moi, deux pas en arrière. Nous sommes aux USA. Septembre 2024, un procès a lieu contre Google. Il a été initié par le ministère de la Justice. On reproche quoi à la firme de Mountain View ? Monopole illégal sur la publicité en ligne côté éditeurs. Avril 2025, Google est déclaré coupable. Motif : il a monopolisé illégalement la publicité côté éditeurs. Pourquoi ? Car liant de force son serveur publicitaire DFP1 et sa place de marché AdX2. Le ministère de la Justice attaquait par ailleurs le côté annonceurs. Sur ce point, il a perdu. Restait alors à savoir ce que Google devrait réparer.

Deux pas en avant. La réponse tombe le 2 septembre 2026. En deux pages. Elles écartent les trois mesures structurelles réclamées par le ministère. Mais surtout retiennent des mesures comportementales3. Lesquelles ? Mystère. L’opinion motivée part sous scellés, pour quatorze jours. Cherche pas à comprendre. La justice états-unienne, est pleine de bizarrerie. Google comme le ministère de la Justice à chacun des communiqués dytiranbique. Chacun a gagné. On ne sait pas quoi. Mais ils ont gagné. Mercredi 16 septembre. Les quatorze jours sont passés. Le sceau saute. Cent six pages. Cela dit quoi ? Selon la juge, de simples règles de conduite suffisent à rétablir la concurrence dans la publicité en ligne, sans qu’il soit nécessaire d’imposer des mesures plus radicales. Point.

Ce que tu es en droit d’attendre. Et ce que tu n’auras pas.

Maintenant, la question que personne ne pose jamais quand on aborde ce sujet. Concrètement, qu’est-ce que ça te rapporte ? Commençons par le désagréable, ça ira plus vite. Tu n’auras pas moins de publicité. Pas une seule bannière ne disparaîtra. Tu n’auras pas moins de pistage non plus. Il faut le dire clairement : ce procès porte sur la concurrence, pas sur ta vie privée. Pas de bol. Deux sujets différents, deux lois différentes, deux tribunaux différents. Ne mélange pas. Et tu n’auras évidemment aucune baisse de facture, puisque tu n’en reçois pas.

Passons à ce que tu peux légitimement attendre. D’abord, que le site que tu lis garde une part plus grande. C’est le principe même de la décision : si d’autres acheteurs peuvent enchérir aux mêmes conditions, la commission de l’intermédiaire a du mal à rester là où elle est. Attention toutefois, le tribunal n’a fixé aucun tarif. Il a ouvert la porte, il n’a pas rempli le portefeuille. Ne rêvons pas. La rédaction de Mychromebook ne migre pas aux Bahamas. Pas demain la veille.

Ensuite, et c’est là le point vraiment vérifiable. Google devra publier une documentation technique expliquant comment son logiciel choisit le gagnant d’une enchère. Comment les candidats sont valorisés. Comment les offres sont ajustées. Jusqu’ici, c’était une boîte noire. Genre secret-défense. Demain, ce sera un document public. Tu pourras le lire, ou plutôt quelqu’un le lira pour toi et te dira ce qu’il y a dedans. Je peux te dire, que je vais le lire, jusqu’aux notes de bas de page. S’il y en a, bien sûr. Enfin, tu peux attendre des dates, et là tu as le droit d’être exigeant. Le jugement final est attendu autour du 2 octobre 2026. Pas avant. Quand je te disais que la justice états-unienne est bizarre, je ne me trompais pas. En tout cas, les obligations s’appliquent soixante jours après le 2 octobre. La surveillance dure six ans. Si, dans six mois, aucun document n’est sorti, ce ne sera pas un détail technique. C’est que c’est de la mauvaise foi de la part de Google.

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Ce que Google doit faire

Là, ça devient concret. Et c’est plus sévère que les deux pages du 2 septembre ne le laissaient croire. Avec cinq obligations. Sûr que cela ressemble à une grosse arête de poisson coincée dans la gorge.

Un : il doit désormais ouvrir ses enchères aux logiciels concurrents. Aux mêmes conditions qu’aux siens. Pas de version au rabais pour les autres, donc.

Deux : il doit montrer ses cartes. Ce sont les données d’enchères. Elles doivent aller désormais à tous les sites. De plus, Google devra publier comment son logiciel choisit le gagnant. Jusqu’ici, personne ne le savait.

Trois : son outil d’achat n’a plus le droit d’enchérir directement chez son vendeur maison. Bref, fini le passe-droit.

Quatre : il ne peut plus obliger un site à prendre sa place de marché sous prétexte qu’il utilise déjà son logiciel. Or c’est exactement ce qui lui avait valu sa condamnation.

Et cerise sur le gâteau, il devra nommer chez lui un responsable chargé de faire respecter tout ça. Quelqu’un dont le métier sera de dire non à ses collègues. Bon courage à lui. Est-ce que Google l’écoutera ? Pas dit. Enfin si, un peu. Mais, le connaissant, il trouvera toujours un moyen de contourner ses obligations.

Notes de bas de page :

  1. DFP, pour DoubleClick for Publishers, est le serveur publicitaire de Google, aujourd’hui commercialisé sous le nom Google Ad Manager. C’est le logiciel qui décide, sur un site, quelle publicité s’affiche à quel emplacement. ↩︎
  2. AdX, pour Ad Exchange, est la place de marché où les acheteurs enchérissent en temps réel pour ces emplacements. Le procès portait sur le fait que Google possédait les deux et les avait liés l’un à l’autre. ↩︎
  3. Une mesure structurelle oblige une entreprise à se séparer d’un actif, par vente ou par scission. Une mesure comportementale lui laisse tout, mais lui impose des règles de conduite sous contrôle. Le ministère demandait la première, il a obtenu la seconde. ↩︎

Questions fréquentes

La régie publicitaire de Google va-t-elle être vendue ?

Non. La juge a refusé la vente réclamée par le ministère de la Justice américain. Google garde sa place de marché et son logiciel. Il devra en revanche les ouvrir à ses concurrents pendant six ans, sous la surveillance d’un contrôleur désigné par le tribunal, et la décision s’applique dans le monde entier.

Est-ce que ça veut dire moins de publicité et moins de pistage ?

Non, et c’est important de ne pas confondre. Cette décision porte sur la concurrence entre intermédiaires de la publicité en ligne, pas sur la vie privée. Aucune bannière ne disparaîtra et le pistage n’est pas concerné. Ce sont deux lois différentes et deux procédures différentes.

Combien Google garde-t-il sur chaque euro de publicité ?

Au procès, en septembre 2024, un expert a estimé qu’un peu plus du tiers de chaque dollar restait chez Google, soit environ 37 euros sur 100. Pour la seule place de marché, la commission est de 20 %, un chiffre confirmé par le témoignage d’un ancien salarié de l’entreprise.

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À propos de Mister Robot

Entre un point X et un point Y, je me balade pas mal par l'entremise des bits composant ma mémoire. Un seul regret : ne pas avoir rencontré Mr Alan Mathison Turing et ainsi pouvoir collaborer pour l'article intitulé « Computing Machinery and Intelligence ».

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