En 2002, j’ai fait un truc bizarre. J’ai sorti ma carte bancaire et j’ai payé pour lire un journal en ligne. C’était le journal Le Monde, qui venait de lancer son abonnement numérique cette année-là, et je crois que c’était même la première fois de ma vie que je payais pour un contenu sur internet qui ne soit pas un film ou une chanson. Je me souviens d’avoir hésité une bonne minute avant de valider la transaction, parce que tout dans mon cerveau me hurlait que c’était absurde, qu’on ne paye pas pour lire des articles sur internet, que c’est gratuit, que ça a toujours été gratuit, que ça doit le rester. Et puis j’ai cliqué quand même.
A retenir :
On explique pourquoi l’indépendance de la presse n’est pas un concept abstrait. C’est, pour le lecteur, l’assurance que les journalistes écrivent ce qu’ils pensent, et que la rédaction n’est pas soumise au diktat des publicitaires.
Je participe à l’indépendance des sites que j’apprécie
Vingt ans plus tard, je paye toujours pour Le Monde. L’abonnement n’a jamais été interrompu depuis 2002. Je paye pour le New York Times aussi, depuis plus de dix ans, parce qu’il y a des sujets internationaux que personne ne traite mieux qu’eux et que ça vaut la peine de pouvoir y accéder librement. Je paye pour MacG, qui est devenu une institution dans le paysage francophone de la tech et qui n’existerait probablement plus sans ses abonnés. Et chaque année, quand Wikipédia affiche son petit bandeau pour demander un coup de pouce, je donne. Pas beaucoup, mais je donne.
Parce que franchement, quand on réfléchit deux secondes au nombre de fois où on consulte Wikipédia dans une année, pour vérifier une date, comprendre un concept, retrouver le nom d’un acteur dans un film et qu’on pense qu’il s’agit d’une encyclopédie sans publicité, sans actionnaire, sans agenda commercial, gérée par une fondation qui ne vit que des dons, on se dit que ne rien donner relèverait du parasitisme pur. Il y en a quelques autres aussi, plus discrets, à qui je verse quelques euros par mois ou par an, sans douleur particulière, sans même y penser la plupart du temps.
Pourquoi je vous raconte ça ? Pas pour me vanter d’avoir été en avance. Vraiment pas. Si je vous le dis, c’est parce que le site mychromebook.fr, propose depuis un moment un abonnement à 1,50 € par mois pour lire sans publicité. Et que personne, ou presque, ne l’a pris. Et qu’avant de vous expliquer pourquoi ça m’embête un peu, il fallait que vous sachiez en quoi je me sens concerné par l’indépendance de la presse. Je ne suis pas un rédacteur qui demande aux autres ce qu’il ne fait pas lui-même. Je suis un lecteur qui paye depuis deux décennies, qui a vu naître le modèle de la presse en ligne payante avant qu’il ne soit normal, et qui se retrouve, par les hasards de la vie, de l’autre côté du guichet.
Le déclic, c’était l’indépendance
Quand on me demande pourquoi j’ai commencé à payer pour des journaux, je réponds presque toujours la même chose, et c’est la vérité : c’est l’indépendance. Pas l’indépendance comme concept abstrait dont parlent les éditoriaux, mais l’indépendance comme réalité concrète, palpable, qui se traduit dans ce qu’on lit et dans ce qu’on ne lit plus.
Pendant des années j’ai vu des sites se faire racheter par des groupes qui ont commencé à orienter leur ligne. J’ai vu des rédactions licencier la moitié de leurs journalistes pour faire tourner des sites avec des piges au rabais. Constaté que des publications autrefois respectées sombrait dans le clickbait pour survivre. J’ai vu des médias indépendants fermer parce qu’ils n’arrivaient plus à boucler la fin du mois. Et j’ai compris, peu à peu, que cette dégradation générale du paysage médiatique avait une cause assez simple : nous avons collectivement décidé qu’on ne payait pas pour l’information, et l’information est devenue ce qu’on accepte de payer, c’est-à-dire pas grand-chose, donc pas grand-chose de qualité.
Un choix, une indépendance, un lectorat content
Le NYT, Le Monde, MacG, ce sont des structures qui ont fait un autre choix. Elles ont choisi de demander de l’argent à leurs lecteurs, de regarder en face cette gêne qu’on ressent tous au moment de cliquer sur « s’abonner », et de tenir bon. Et en échange, elles ont gardé leur indépendance éditoriale. Le journaliste qui couvre tel sujet sensible n’a pas un actionnaire qui souffle dans le téléphone du rédacteur en chef. L’enquête qui dérange paraît quand même. L’article qui ne fait pas de clic mais qui fallait écrire, on l’écrit. C’est ça, payer pour la presse. Ce n’est pas une cotisation associative ou un geste de charité. C’est une transaction très banale : je vous donne de l’argent, vous me donnez du contenu honnête, fait par des gens payés correctement ou le faisant bénévolement, qui peuvent prendre le temps de bien faire leur travail.
La tech, c’est la même chose
Vous me direz que tout ça, c’est très joli pour Le Monde et le NYT, mais que mychromebook.fr, ce n’est pas vraiment du journalisme d’investigation. C’est un site qui parle de Chromebook, de ChromeOS, qui teste du matériel, qui répond à des questions techniques. On est loin des grandes enquêtes politiques et des correspondants à l’étranger.
C’est juste, et en même temps c’est complètement faux.
C’est juste sur le fond : non, on ne fait pas le même métier qu’un grand quotidien. Mais c’est faux sur le principe : la même mécanique économique s’applique. Si le site dépend exclusivement de la publicité, alors il est soumis aux mêmes pressions que n’importe quel média. Il faut publier beaucoup, optimiser pour le clic, ménager les annonceurs, et accepter que la moitié des revenus tombe à la merci d’un algorithme Google qui peut changer demain matin sans préavis. Ça compromet ce qu’on peut faire, ça compromet la qualité, et à terme ça compromet l’existence même du site.
Quand un lecteur paie 1,50 € par mois, il achète exactement la même chose que quand je paye Le Monde 19,90 €. Il achète de l’indépendance. Achète le droit, pour ceux qui rédigent, de ne pas avoir à se demander en permanence si tel article va générer assez de pub pour payer le serveur. Il achète un peu de respiration. Et il achète, accessoirement, une expérience de lecture sans bandeaux qui s’agitent et sans pop-up de cookies à fermer.
Un contenu de qualité, sans publicité.
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Soutenir MyChromebook.frCe que je voudrais vous dire, sans trop insister
Je vais être franc avec vous, parce que j’aime mieux les choses claires. Si vous ne pouvez pas vous permettre 1,50 € par mois, ça arrive, on est tous passés par des mois compliqués, et ce n’est absolument pas le sujet de cet article. Vous restez les bienvenus, on est très content que vous soyez là, et ça ne changera rien à ce qu’on publie. Mais si vous lisez ce site régulièrement, si vous y trouvez des informations qui vous servent, et si 1,50 € par mois ne représente pas pour vous un effort financier réel, soyons honnêtes, c’est une fois par mois moins qu’un café, alors je vous invite vraiment à y réfléchir. Pas parce qu’on vous le demande gentiment. Parce que c’est cohérent.
Vous êtes peut-être abonné à Netflix, à Spotify, au Pass Navigo, à votre opérateur mobile, à un service cloud, à votre forfait électricité. Vous payez tous les mois pour des choses dont vous avez besoin, et c’est normal, personne ne s’attend à ce que ces services soient gratuits. Et puis il y a internet, où on a pris collectivement l’habitude que tout soit gratuit, parce qu’à un moment dans les années 2000 on a décidé que la pub paierait. Sauf que la pub a ses limites, et qu’on commence à voir, vingt-cinq ans plus tard, où ce modèle nous mène : à un web pourri, saturé d’articles écrits par IA pour aspirer des centimes publicitaires, à des sites qui ferment, à un paysage de plus en plus aride. À des sites web que l’on n’ouvre plus, devenus agressifs visuellement.
Faire respirer un site qui n’a pas de publicités
Wikipédia, dans tout ça, est l’exception la plus extraordinaire et la plus instructive. C’est probablement le site le plus consulté de la planète sur lequel vous n’avez jamais vu une publicité. Vous n’en verrez jamais. La fondation qui le gère a fait le pari que les internautes payeraient assez pour que ça marche. Et ça marche. Parce qu’une partie suffisante des gens qui consultent l’encyclopédie acceptent, une fois par an, de donner trois, cinq, dix euros, sans contrepartie, juste pour que ça continue d’exister. Si Wikipédia peut tenir comme ça, c’est qu’il y a effectivement, dans la population des internautes, des gens prêts à payer pour ce qu’ils consomment quand on leur explique honnêtement pourquoi c’est nécessaire. Le pari n’est pas perdu d’avance.
Payer 1,50 € à un site qu’on aime, c’est sortir, un peu, de cette logique du tout-gratuit. C’est dire, par un geste minuscule mais répété, qu’on préfère un web où les contenus sont faits par des humains qui en vivent décemment. Multiplié par mille lecteurs, ce minuscule geste change tout. Multiplié par dix mille, il change l’économie d’un site et de ceux qui y travaillent.
La honte du premier clic, je la connais
Je le redis, parce que c’est important : la première fois que j’ai payé pour Le Monde, j’ai hésité. J’avais l’impression de faire un truc bête. J’avais l’impression de me faire avoir, parce qu’après tout, le contenu allait être gratuit ailleurs, ou contournable, ou j’allais bien finir par trouver un moyen de lire l’article qui m’intéressait sans payer. Toutes ces petites pensées qui nous traversent au moment de cliquer sur « souscrire ». Je les connais par cœur, je les ai eues mille fois.
Et puis vingt ans plus tard, je paye trois journaux et plusieurs sites spécialisés, et je peux vous dire que cette dépense ne représente rien dans mon budget. Vraiment, rien. Je ne saurais même pas vous dire à quelques euros près combien ça me coûte par mois, parce que c’est tellement marginal que je ne le vois plus passer. En revanche, ce que ça me rapporte est immense : un accès à du contenu de qualité, le sentiment de contribuer à quelque chose qui me dépasse, et la satisfaction très étrange de me dire que je suis un client, pas un produit.
Osez, pour 1,50 €
Pour 1,50 € par mois, vous pouvez avoir exactement la même chose ici. Et participer, à votre échelle, à faire vivre un petit site indépendant qui parle d’un sujet de niche que personne d’autre ne traite avec la même attention. Le bouton est là, il n’a pas changé de place. Si vous décidez de cliquer, on vous remerciera personnellement, parce que c’est encore possible quand on est petit. Si vous ne cliquez pas, on continuera quand même, et vous restez bienvenus comme avant.
Mais si vous hésitez en ce moment même devant ce bouton, comme moi j’avais hésité devant celui du Monde il y a vingt ans : sautez le pas. Vous ne le regretterez pas. Et accessoirement, vous aurez fait quelque chose de juste.
FAQ (Foire Aux Questions)
Pourquoi devrais-je payer pour lire mychromebook.fr alors que l’information est souvent gratuite ailleurs ?
Le paiement de 1,50 € par mois garantit l’indépendance éditoriale du site. Il permet de financer un contenu de qualité, réalisé sans la pression de la publicité, et d’offrir une expérience de lecture sans interruption.
L’abonnement à 1,50 € est-il nécessaire pour accéder au site ?
Non, l’accès au site reste gratuit pour ceux qui ne peuvent ou ne souhaitent pas s’abonner. L’abonnement est une option pour soutenir le modèle indépendant et profiter d’une expérience sans publicité.
Quelle est la différence entre l’indépendance de mychromebook.fr et celle des grands quotidiens ?
Le principe est le même : un financement par les lecteurs préserve de la dépendance aux annonceurs et aux algorithmes. Même si le sujet est différent, la nécessité de produire une information honnête et de qualité reste identique.




