Sommaire
D’habitude, je te parle de Chromebook, de la nouvelle Google Home Speaker, de Pixel Watch et de toutes ces applis que Google nous glisse dans les poches. Mais aujourd’hui, pas d’égarement. Je vais m’intéresser à celle sans qui rien de tout ça n’existe : la fée électricité. Sans elle, pas de Chromebook rechargé, pas de Pixel Watch au poignet, pas de caméra qui veille sur ton salon. Sans “jus”, tu n’as rien. Tu serais bien malheureux, avoue. Et Google le sait mieux que personne. Alors quand Alphabet sort le carnet de chèques et injecte des millions dans Proxima Fusion, une startup allemande qui promet de mettre le Soleil en boîte près de Munich, ce n’est pas de la philanthropie scientifique. C’est un géant qui a très, très faim. Et qui s’achète le garde-manger. Gargantua à côté c’est un petit joueur.
Ce qu’il faut retenir
- Alphabet participe à la levée de 411 millions d’euros de Proxima Fusion, startup allemande valorisée 2,4 milliards d’euros, record absolu de la fusion en Europe.
- L’IA générative fait flamber le compteur des data centers, et pousse les géants du numérique droit vers l’atome.
- Ce n’est pas un coup d’essai : Google a déjà signé avec Kairos Power (500 MW de petits réacteurs d’ici 2035) et Commonwealth Fusion Systems (200 MW du futur réacteur ARC).
- Proxima Fusion vise une centrale commerciale d’ici la fin de la décennie, avec son démonstrateur Alpha près de Munich.
- Derrière la course aux modèles d’IA se cache une course au kilowattheure. Alphabet veut gagner les deux.
Ton Chromebook se branche, Google disjoncte
Fais le compte, pour voir. Ton Chromebook en charge. Ta Pixel Watch sur son socle. La Home Speaker qui écoute d’une oreille. La caméra du salon. Je n’oublie pas le routeur et la box. Plus deux trois bazars qui font que tu as une maison connectée. Ça, c’est le visible, le bout de la rallonge. L’invisible est ailleurs : chaque prompt Gemini, chaque photo balancée dans le cloud, chaque « OK Google » tape dans un data center. Et un data center, ça ne dort jamais. Jamais. Toi, le soir tu dors. Google jamais. Ses data center, ils tournent à 3 heures du matin pour indexer la planète. Toute l’année.
Voilà le problème de Google, résumé en une phrase : ses appareils consomment des watts, mais ses services engloutissent des gigawatts. L’IA générative a fait sauter les plombs de l’équation. Je te sonnais déjà l’alarme en juin 2024 dans mon article sur l’impact de l’IA sur les centres de données : la demande explosait, les gestionnaires de réseaux s’inquiétaient, et j’y citais parmi les pistes d’avenir les petits réacteurs modulaires et la recherche sur la fusion. Deux ans plus tard, nous y sommes : ce papier est la suite directe de cette alerte. La fée électricité, tout le monde la veut. Google, lui, veut ce qui la créer.
Une IA sobre ? Presque. Mais multiplie par des milliards
Google se défend, chiffres en main, et honnêtement ils sont bons. Ses data centers délivrent une puissance de calcul par unité d’électricité six fois supérieure à celle d’il y a cinq ans. Six fois. L’efficacité galope.
0,24 Wh
La consommation d’un prompt Gemini en moyenne
Ridicule, un prompt, hein ? À peine neuf secondes de télé. Sauf que la sobriété unitaire ne pèse rien face à la multiplication. Des milliards de requêtes par jour. Gemini dans Search, dans Drive, dans Gmail, dans Android, sur ton Chromebook Plus, bientôt dans les Googlebook. Chaque nouvelle fonctionnalité annoncée en keynote, c’est une paille de plus dans le verre. Et le verre, c’est le réseau électrique.
Pire : le solaire et l’éolien ne suffisent pas. Pas parce qu’ils manquent de puissance, mais parce qu’ils manquent de constance. Le vent se couche, le soleil aussi. Pas les serveurs. Il faut du courant en continu, en base, sans caprice. Et ça, dans le catalogue des énergies propres, ça s’appelle l’atome.
Proxima Fusion : 411 millions pour mettre le Soleil en cage
D’où l’annonce du jour. Alphabet a participé début juillet au tour de table de 411 millions d’euros de Proxima Fusion, aux côtés de l’énergéticien allemand RWE. La startup munichoise, valorisée 2,4 milliards d’euros, développe une centrale à fusion de type stellarator.1 C’est le plus gros investissement privé jamais réalisé dans la fusion européenne, et l’un des plus gros tours tech du continent cette année.
L’argent file vers Alpha, le démonstrateur construit près de Munich, chargé de valider les technologies clés avant une première centrale commerciale visée pour la fin de la décennie. Oui, je t’entends d’ici : la fusion, cette énergie qui promet monts et étoiles depuis cinquante ans. J’y reviens plus bas, garde ta monnaie.
Kairos, Commonwealth, TAE : Google n’achète pas un cheval, il achète l’écurie
Parce que Proxima n’est pas un caprice isolé. C’est la troisième flèche d’un carquois très cohérent.
Flèche numéro un, la fission nouvelle génération. Google a signé le premier accord d’entreprise au monde pour acheter l’énergie de petits réacteurs modulaires, les SMR de Kairos Power. Objectif : 500 MW décarbonés d’ici 2035, premier jus en 2030. Le réacteur Hermes 2 sort de terre à Oak Ridge, Tennessee, et alimentera via l’électricien public TVA les data centers Google du Tennessee et de l’Alabama. La TVA devient au passage le premier fournisseur au monde à acheter du courant à un réacteur de quatrième génération. Du béton, des grues, des contrats. Pas des slides.
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Soutenir MyChromebook.frFlèche numéro deux, la fusion américaine. Alphabet a signé avec Commonwealth Fusion Systems, spin-off du MIT, le tout premier contrat d’achat direct d’électricité issue de la fusion : 200 MW du futur réacteur ARC, en Virginie. La Virginie. L’État qui héberge le plus grand hub de data centers de la planète. Le hasard fait bien les choses, surtout quand on le finance. Google soutient aussi TAE Technologies, encore une autre voie vers la fusion.
Et souviens-toi de décembre dernier : je te décortiquais le rachat d’Intersect Power pour 4,75 milliards de dollars, ce spécialiste du solaire massif couplé à des batteries géantes, avec sa philosophie du « behind-the-meter », le data center branché directement sur sa centrale privée. C’était la flèche solaire, celle du court terme, déjà en construction pendant que les réacteurs attendent leurs permis.
Flèche numéro trois, l’Europe et Proxima. Technologie différente, continent différent, pari supplémentaire. Tu vois le motif : Alphabet ne parie pas sur une solution, il les arrose toutes. Quand on a la plus grosse facture d’électricité du monde qui arrive, on ne joue pas une couleur à la roulette. On achète le casino. Et l’usine qui fait les jetons tant qu’à faire.
Et ton Chromebook dans tout ça ?
Je ramène le courant jusqu’à ta prise. Chaque fonctionnalité Gemini qui débarque sur ton Chromebook, ton Pixel ou dans Workspace a un coût énergétique planqué en coulisses. La stratégie Gemini-first de Google, d’Android aux Googlebook, ne tient que si l’infrastructure suit. Ces réacteurs sont la face cachée des keynotes rutilantes . Donc pas de Gemini Intelligence partout sans gigawatts quelque part.
Et Google n’est pas seul à la station-service. Microsoft ressuscite un réacteur de Three Mile Island avec Constellation. Amazon investit dans ses propres SMR. Les géants du numérique deviennent des énergéticiens à part entière. Le kilowattheure est le nouveau pétrole de la tech, et personne ne veut faire la queue à la pompe du voisin.
Reste la question qui pique : la fusion commerciale pour 2030, j’y crois ? Je garde ma prudence de vieux routier. Cinquante ans que cette technologie nous promet l’énergie des étoiles, et les étoiles se font désirer. Mais entre un contrat ferme de 200 MW chez CFS, des SMR qui coulent leur béton au Tennessee et 411 millions injectés à Munich, je constate qu’on est passé du rêve de laboratoire au calendrier industriel. Même si le calendrier glisse, la direction est prise.
Alors la prochaine fois que tu poses ta Pixel Watch sur son chargeur, aie une pensée pour la fée électricité. Elle a désormais un géant de la tech comme prétendant officiel, et il lui construit des réacteurs en guise de bouquet. Sans jus, tu n’as rien. Google non plus. La différence, c’est qu’il a les moyens de ne jamais manquer.
Note de bas de page
- Stellarator, kézako ? Pour faire fusionner des atomes, il faut enfermer un plasma chauffé à plus de 100 millions de degrés dans une cage magnétique, aucun matériau ne pouvant le toucher. Deux grandes écoles s’affrontent. Le tokamak, l’approche la plus répandue (celle d’ITER à Cadarache), utilise un anneau régulier en forme de donut, mais doit faire circuler un courant dans le plasma, ce qui le rend instable et le contraint à fonctionner par impulsions. Le stellarator, lui, tord ses bobines magnétiques dans une géométrie de donut vrillé, calculée au supercalculateur : c’est un cauchemar à concevoir et à construire, mais une fois en route, le plasma y est naturellement stable et la machine peut tourner en continu. Exactement ce qu’il faut pour une centrale, et pour un data center qui ne dort jamais. Proxima Fusion est d’ailleurs issue de l’institut Max-Planck, qui exploite en Allemagne le Wendelstein 7-X, le stellarator le plus avancé du monde. ↩︎
Quelques sources pour aller plus loin
FAQ :
Pourquoi Alphabet investit-il dans la fusion nucléaire ?
Parce que l’IA générative fait exploser les besoins électriques de ses data centers, qui tournent 24 heures sur 24. Le solaire et l’éolien manquent de constance, tandis que la fusion promet une énergie propre, continue et massive.
Qu’est-ce que Proxima Fusion ?
Une startup allemande issue de l’institut Max-Planck, basée à Munich, qui développe une centrale à fusion de type stellarator. Valorisée 2,4 milliards d’euros après une levée record de 411 millions, elle construit son démonstrateur Alpha et vise une centrale commerciale d’ici la fin de la décennie.
Qu’est-ce qu’un stellarator ?
Un réacteur à fusion qui confine le plasma dans une cage magnétique en forme de donut vrillé, calculée par supercalculateur. Plus difficile à construire qu’un tokamak, il offre en échange un plasma naturellement stable et un fonctionnement en continu, idéal pour alimenter des data centers.
Combien consomme une requête Gemini ?
Un prompt textuel Gemini consomme en moyenne 0,24 wattheure selon Google, soit environ neuf secondes de télévision. Le vrai enjeu vient de la multiplication : des milliards de requêtes quotidiennes finissent par peser lourd sur le réseau électrique.
Quels autres investissements énergétiques Google a-t-il réalisés ?
Google a racheté le développeur solaire Intersect Power pour 4,75 milliards de dollars, signé avec Kairos Power le premier accord d’entreprise pour 500 MW de petits réacteurs modulaires d’ici 2035, et conclu avec Commonwealth Fusion Systems le premier contrat d’achat direct d’électricité de fusion, portant sur 200 MW du réacteur ARC en Virginie. Il soutient aussi TAE Technologies.
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Mais où vas-tu chercher tout ça ? Chapeau bas.
Où je vais chercher tout ça ? La veille, c’est mon carburant : je passe mes journées/nuits branché sur l’actu Google et autres, et quand trois signaux s’allument au même endroit (le solaire, la fission, la fusion), il n’y a plus qu’à relier les fils. Quant aux jeux de mots, j’avais promis de débrancher, alors je résiste… à haute tension. Merci pour le chapeau, et à bientôt sur le prochain volet ! Car il y en aura.
Mister Robot
Encore un article intéressant et » électrique » !
Merci ! J’avoue que le sujet était sous tension, difficile de ne pas être au courant. Promis, je débranche les jeux de mots là, avant de disjoncter. Et si l’actualité continue sur cette ligne (à haute tension), la suite de la saga énergie arrivera vite : entre le solaire d’Intersect, les réacteurs de Kairos et le mini-Soleil de Munich, Google n’a pas fini de nous électriser. Merci de suivre le dossier -> https://mychromebook.fr/category/guerre-de-lenergie/ !
Mister Robot