Intelligence Artificielle : le pape a lu le code, et il n’a pas aimé ce qu’il a trouvé

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Vade Retro Machina
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Ne sois pas étonné, mais cet article s’intéresse à la place de l’homme face à la technologie. Je me suis en effet plongé dans la vision de l’Église catholique face à l’Intelligence Artificielle, via l’encyclique papale de Léon XIV. Et aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est tout sauf barbant. Bien au contraire. Maintenant concernant l’orateur, tu t’attendais à quoi, exactement ? Un vieux monsieur en blanc qui agite un crucifix devant ton ChatGPT en marmonnant que la machine, c’est le diable ? Que la technologie va voler ton âme et que la solution, c’est de prier plus fort ?

Désolé de te décevoir. Ce n’est pas ça du tout. Alors ta sainte horreur du curé et de sa paroisse, tu la laisses au vestiaire. Prend le temps de lire ce qu’il ressort non pas de la divine parole, mais de l’analyse que fait l’Église, avec une vision ambitieuse visant à protéger l’humanité des effets de l’IA.  Maintenant les faits : le 15 mai 2026, le pape Léon XIV a publié une encyclique. Une vraie. Quarante-cinq mille mots, deux cent vingt-quatre notes de bas de page, cinq chapitres. Ça s’appelle Magnifica Humanitas, « la grandeur de l’humanité ». Et le sous-titre, lui, ne tourne pas autour du pot : « sur la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle« .

Tu vois où je veux en venir. Le sujet, c’est toi. C’est moi. Nous dans notre globalité. C’est cette machine à qui tu parles à trois heures du matin. L’algorithme qui décide si ta demande de crédit passe ou pas. C’est le data center qui pompe l’eau d’une rivière quelque part pour que ta requête mette deux secondes au lieu de trois. Et le truc, c’est que ce texte est lucide. Beaucoup plus lucide que la moitié des « experts en IA » qui te vendent du rêve sur LinkedIn. Le Vatican a pris le temps de lire le code. Pas les communiqués de presse. Le code. Et ce qu’il a trouvé derrière la vitrine magique, il le pose noir sur blanc. Laisse-moi te traduire ça. Sans la poussière d’encens. Sans le latin. Juste le message. Et arrête de faire des signes de croix. Tu ne finiras pas dans l’enfer de Dante. 

A retenir :

Analyse de l’encyclique Magnifica Humanitas (Léon XIV, 15 mai 2026), qui examine l’intelligence artificielle sous l’angle du pouvoir privé, de la non-neutralité des algorithmes, du coût humain et écologique, du travail, de la désinformation et des armes autonomes, en appelant à une responsabilité partagée.

Deux chantiers, et tu es ouvrier sur l’un des deux

Le pape démarre avec une histoire que tu connais déjà, même si tu l’as oubliée. Deux chantiers de construction. Deux façons de bâtir un monde.

Le premier chantier, c’est la tour de Babel. Tu te souviens. Des types décident de construire une tour qui touche le ciel. Une seule langue, une seule technologie, une seule direction. L’efficacité totale. Le projet parfait. Sauf qu’il est bâti sur l’orgueil et la prétention de se passer de tout le reste. Résultat : tout s’effondre, les langues se brouillent, plus personne ne se comprend. Pas l’unité. La dispersion. En somme, la pagaille totale, pour le dire poliment. 

Le deuxième chantier, c’est Néhémie qui reconstruit les murs de Jérusalem. Un mec qui revient dans une ville en ruines. Il ne décrète rien d’en haut. Il convoque les familles, donne à chacun un bout de mur, écoute, coordonne, encaisse les engueulades. Et la ville renaît. Pas grâce à un génie solitaire. Grâce à tout le monde qui prend sa part.

Voilà le décor. Léon XIV te dit : la vraie question, ce n’est pas « oui ou non à la technologie« . Cette question-là, c’est un piège pour t’occuper. La vraie question, c’est : on construit Babel ou on reconstruit Jérusalem ? Un pouvoir qui veut dominer le ciel, ou des gens qui bossent ensemble pour relever les murs ? Et il enfonce le clou avec une phrase que tu devrais tatouer quelque part : la technologie n’est jamais neutre. Jamais. En théorie, un outil n’est ni bon ni mauvais. Mais en pratique, il prend toujours le visage de ceux qui le conçoivent, le financent, le régulent et l’utilisent. Toujours. Retiens bien ça. Parce que tout le reste de l’encyclique découle de cette seule phrase.

Qui tient le pouvoir, vraiment ?

Là, le texte devient intéressant. Vraiment intéressant. Le pape pose une question simple. Avant, c’était l’État qui dirigeait l’innovation. Qui décidait. Qui encadrait. Aujourd’hui ? Les moteurs du développement sont privés. Souvent transnationaux. Avec des ressources et une capacité d’intervention qui dépassent celles de la plupart des gouvernements. Tu as bien lu. Le Vatican écrit, dans un document officiel signé par le pape, que le pouvoir technologique est devenu majoritairement « privé ». Que quelques acteurs économiques tiennent désormais les plateformes, les infrastructures, les données et la puissance de calcul. Et que ce pouvoir, concentré dans peu de mains, devient opaque et échappe au contrôle public.

Tu reconnais le décor ? Moi aussi. C’est exactement ce que tu ressens quand tu cliques sur « J’accepte » sans lire. Quand un algorithme que personne ne t’explique décide de ce que tu vois, de ce qu’on te cache, de ce qu’on récompense et de ce qu’on enterre. Le pape a un mot pour ça : le « paradigme technocratique« . La logique selon laquelle l’efficacité, le contrôle et le profit deviennent les seules règles du jeu. Quand la technologie cesse d’être un outil pour devenir le juge de tout, alors elle décide ce qui compte et ce qui peut être jeté. Les humains deviennent des rouages dans une machine lancée vers toujours plus d’efficacité.

Et il cite le philosophe Guardini, avec une phrase qui résume tout : « L’homme contemporain n’a pas été éduqué à bien user du pouvoir. » Voilà. On a donné une arme nucléaire cognitive à une espèce qui n’a pas appris à s’en servir. Que peut-il arriver de mal, sérieusement.

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Ce que l’IA est, et surtout ce qu’elle n’est pas

Maintenant, accroche-toi, parce que c’est ici que le texte devient chirurgical. Et honnête. Tellement honnête que ça pique. Plonge pas dans le benitier. C’est plus profond !  Le pape démonte le plus gros mensonge marketing de la décennie : l’idée que cette « intelligence » serait comparable à la tienne. Il écrit que les systèmes d’IA imitent certaines fonctions de l’intelligence humaine. Qu’ils te dépassent souvent en vitesse et en puissance de calcul. Mais que tout ça reste collé au traitement de données. Et après, il déroule la liste de ce que la machine ne fait pas. Ne vit pas d’expériences. N’a pas de corps. Ressent ni joie ni douleur. Ne mûrit pas à travers les relations. Ne sait pas de l’intérieur ce que veulent dire l’amour, le travail, l’amitié, la responsabilité. Pas de conscience morale. La machine ne juge pas le bien et le mal. Elle ne saisit pas le sens ultime des situations. Ne porte pas la responsabilité des conséquences. Elle peut imiter le langage, simuler l’empathie, faire semblant de comprendre. Mais elle ne comprend pas ce qu’elle produit.

Et il y a une phrase, là-dedans, qui devrait te faire réfléchir si tu passes tes soirées à confier ta solitude à un chatbot. Le danger, dit le pape, ce n’est pas tellement que tu croies parler à une vraie personne. Le danger, c’est que tu perdes peu à peu l’envie même de nouer de vraies relations humaines. Quand les mots sont simulés, ils ne construisent pas une relation. Juste son apparence. Lis ça deux fois. C’est peut-être la phrase la plus importante du document pour ta vie quotidienne.

Et puis il y a ce détail technique que personne n’attend dans une encyclique, et qui te scotche. Le pape écrit que les systèmes d’IA actuels sont davantage « cultivés » que « construits ». Que les développeurs ne dessinent pas chaque détail, mais créent un cadre dans lequel l’intelligence « pousse ». Conséquence : les aspects fondamentaux de leur fonctionnement, les représentations internes, les processus de calcul, restent à ce jour inconnus. Même de ceux qui les fabriquent. Tu as bien lu. Le Vatican a compris quelque chose que beaucoup de tes proches refusent encore d’admettre : personne ne sait vraiment comment ces trucs marchent à l’intérieur. Y compris les gens qui les vendent. On a lâché dans la nature une boîte noire que ses propres créateurs ne savent pas ouvrir. Et on l’a branchée sur ta banque, ton boulot, ton information. Ta vie !

Le mythe de la machine neutre

Tu l’as déjà entendue, cette phrase. « L’IA n’est qu’un outil, tout dépend de l’usage qu’on en fait. » C’est rassurant. C’est commode. Et selon le pape, c’est faux. Son raisonnement est imparable. Chaque outil technique incarne des choix et des priorités. Par ce qu’il mesure. Ce qu’il ignore. Par ce qu’il optimise. Par la façon dont il classe les gens et les situations. Si un système est conçu pour traiter certaines vies comme moins dignes, ou pour les exclure sans appel possible, alors ce n’est plus un simple « outil à bien utiliser ». Il a déjà intégré des critères qui contredisent la dignité humaine.

Traduction : le biais n’est pas un bug. C’est dans l’architecture. Quand un algorithme décide qui mérite un crédit, qui passe l’entretien d’embauche, qui accède au service public, et que personne ne porte la responsabilité de ce jugement, on a confié à une machine le droit de redéfinir les frontières de ce qui est humainement possible. Et l’exclusion des plus faibles se planque derrière un vernis de neutralité et d’objectivité contre lequel il devient très difficile de protester.

C’est ça, le piège. Pas le robot tueur de science-fiction. La discrétion. L’injustice qui passe inaperçue parce qu’elle a l’air « objective ». Le pape réclame donc un truc tout simple et terriblement absent : l’accountability. La possibilité d’identifier qui doit rendre des comptes pour une décision, la justifier, la contrôler, la contester quand il le faut, et réparer les dégâts. Tu sais combien de systèmes que tu utilises tous les jours offrent ça aujourd’hui ? Voilà. Moi aussi je compte sur mes doigts d’une main fermée.

« Désarmer » l’IA

Voici le mot que le pape sort, et qui m’a fait relever la tête : désarmer. Il dit que désarmer l’IA, ce n’est pas la rejeter. C’est la libérer de la mentalité de compétition « armée ». Une mentalité qui n’est plus seulement militaire, mais aussi économique et cognitive. La course aux algorithmes toujours plus puissants, aux datasets toujours plus gros, poussée par l’envie de décrocher la domination géopolitique ou commerciale. Désarmer, dit-il, c’est discréditer l’idée que la puissance technique donne automatiquement le droit de gouverner. C’est libérer la technologie du contrôle monopolistique et l’ouvrir au débat. La rendre human-friendly, accessible, et la rendre à la pluralité des cultures humaines.

Et il adresse un appel direct, presque frontal, à ceux qui développent ces systèmes. Il leur dit que chaque choix de conception reflète une vision de l’humanité. Que comme l’auteur d’une œuvre d’art doit penser aux valeurs qu’il transmet, le développeur doit intégrer des valeurs dans son projet. En étant sérieux. Avec transparence. Avec une responsabilité envers les communautés affectées. C’est rare, un pape qui parle directement aux ingénieurs de la Silicon Valley. Mais c’est exactement ce qu’il fait. Et le message, en gros, c’est : votre code a une morale, que vous le vouliez ou non. Alors assumez-la.

La facture cachée

On t’a vendu le numérique comme propre. Immatériel. Magique. Tu tapes, ça répond, et hop, aucune trace, aucun poids, aucune conséquence physique. Encore un mensonge, et le pape le dégomme. Il écrit que rien, dans le monde de l’IA, n’est immatériel ou magique. Que chaque réponse en apparence instantanée et parfaite est le résultat d’une longue chaîne. Des réseaux de ressources naturelles. Des infrastructures énergétiques. Et surtout, des gens.

Les chiffres d’abord. Les systèmes actuels exigent des quantités énormes d’énergie et d’eau. Ils pèsent lourd sur les émissions de CO2. Plus les modèles deviennent complexes, plus il faut de puissance de calcul, de stockage, de câbles, de data centers, d’infrastructures gourmandes. Ta petite requête sympa a un coût bien réel, planqué loin de tes yeux. Mais le pire, c’est les gens. Et là, le texte devient glaçant. Le pape parle de millions de personnes qui font le travail silencieux qui fait tourner l’IA. L’étiquetage des données. L’entraînement des modèles. La modération de contenu, souvent face à des images insoutenables. Dans bien des cas, ce sont des jeunes, majoritairement des femmes, qui bossent dans des conditions dures pour des salaires misérables.

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Et plus bas encore dans la chaîne, il y a l’extraction. Dans certaines régions du monde, des enfants et des adolescents travaillent dans des conditions dangereuses, à concasser les matériaux dont on tire les terres rares. Le pape l’écrit dans ces mots : « les corps de ces gens sont marqués, blessés, usés, pour que le flux de calcul ne s’arrête jamais. » Tu veux une phrase qui résume sa pensée ? La voilà : si la technologie promet l’émancipation mais produit de nouvelles formes de subordination mondiale, alors elle contredit le principe fondamental de la dignité humaine.

Et il va plus loin. Il parle d’un nouveau colonialisme. Qui ne domine plus les corps, mais s’approprie les données. Qui transforme des vies en information exploitable. Des régions entières, surtout les plus fragiles, sont soumises à une logique d’extraction : données de santé, profils épidémiologiques, cartes génétiques. Les nouvelles « terres rares » du pouvoir. Celui qui contrôle les données de santé de peuples entiers, souvent collectées sous prétexte d’aide ou de recherche, possède un levier sur leur avenir. Il peut décider, avant les autres, à qui iront les médicaments, les investissements, les protections. Au passage, le pape fait un truc que peu de gens font : il demande pardon. Pour la lenteur historique de l’Église à condamner l’esclavage. Et il pose la leçon : si on ne veut pas avoir à redemander pardon dans le futur pour avoir laissé faire les nouvelles formes d’esclavage numérique, c’est maintenant qu’il faut les dénoncer.

La vérité comme champ de bataille

Tu l’as senti venir, celui-là. La désinformation. Le pape ne dit pas que l’IA a inventé le mensonge. Il dit qu’elle lui a donné un amplificateur surpuissant. La capacité de manipuler textes, images, vidéos, t’expose à des perspectives biaisées ou trompeuses comme jamais. Mais son angle est plus fin que le discours habituel sur les « fake news ». Il dit que la vérité des faits n’est pas seulement rationnelle, elle est relationnelle. Elle se construit dans des liens de confiance, des pratiques partagées, un échange honnête avec les autres et avec le monde. Et que la démocratie ne tient pas que sur des règles et des procédures. Elle tient sur un accord solide avec les faits.

Et là il sort l’artillerie lourde. Il cite Hannah Arendt. Il rappelle que les sujets idéaux d’un régime totalitaire ne sont pas les militants convaincus, mais les gens pour qui la distinction entre le vrai et le faux, entre le fait et la fiction, n’existe plus. Tu vois le danger ? Ce n’est pas qu’on te mente. C’est qu’à force, tu ne saches plus ce que veut dire la vérité. Que tu hausses les épaules. Que « vrai » et « faux » deviennent des mots vides. Et ce jour-là, dit le pape, la mèche est allumée.

Il a aussi un truc à dire sur tes gosses, et ce n’est pas joli. Il pointe l’exposition précoce et non surveillée aux écrans et aux réseaux. L’impact sur le sommeil, l’attention, les émotions, les relations. L’accès facile au contenu violent, dégradant, pornographique. Le grooming, le chantage, l’exploitation sexuelle des mineurs, rendus plus insidieux par les faux profils et les outils d’IA qui manipulent images et vidéos. Et il dit clairement que c’est trop lourd pour les parents seuls face à des modèles économiques qui monétisent l’attention et le temps. Il faut une alliance. Législateurs, écoles, familles. Des limites d’âge. De la responsabilité du côté des plateformes, pas seulement des parents.

Ton boulot, dans la balance

Parlons argent. Parlons travail. Parce que le pape ne fait pas l’autruche. Il reconnaît la peur. La peur légitime, écrit-il, d’une contraction rapide et massive des emplois disponibles. Une réaction en chaîne qui frapperait les familles, les jeunes, les économies locales. Il décrit déjà ce qu’on voit : des rémunérations énormes pour une petite minorité hyper qualifiée, et des salaires en chute pour une grande partie des travailleurs. Et il cite un texte du Vatican sur l’IA qui dit une chose que tout salarié a ressentie un jour : au lieu d’être conçues pour soutenir ceux qui travaillent, les machines forcent souvent les travailleurs à s’adapter à leur vitesse et à leurs exigences. Résultat, l’IA peut paradoxalement déqualifier les gens, les soumettre à une surveillance automatisée, les enfermer dans des tâches rigides et répétitives.

Sa règle est simple, et elle ne plaira pas à tout le monde dans les conseils d’administration : la recherche de profits plus élevés ne peut pas justifier des choix qui sacrifient systématiquement les emplois. Parce que la personne humaine est une fin, pas un moyen. Et l’ordre économique doit rester subordonné à la dignité humaine. Il ne joue pas non plus les luddites. Il dit que c’est très bien que la technologie nous débarrasse des tâches pénibles, répétitives, dangereuses. Mais à condition de concevoir des systèmes centrés sur la personne, pas seulement sur la performance. Et il veut qu’on anticipe la transformation au lieu de réagir une fois que les emplois ont disparu. Que chaque introduction d’automatisation s’accompagne de mesures vérifiables pour protéger l’emploi, la reconversion, la participation des travailleurs.

Il tape même sur le PIB. Il dit qu’on est accroché depuis quatre-vingts ans à un indicateur qui ignore presque systématiquement le bien-être réel des gens et de l’environnement. Et qu’il est temps d’en inventer d’autres. Venant de Rome, c’est moins surprenant qu’on croit. L’Église critique cette mesure-là depuis longtemps. Mais l’entendre dans le contexte de l’IA, ça frappe.

La guerre, en mode automatique

C’est le chapitre le plus sombre. Et le plus urgent. Le pape dit que la révolution numérique change la nature même du conflit. Cyberattaques, manipulation de l’information, campagnes d’influence, automatisation des décisions stratégiques. L’IA agit comme un accélérateur. Ce qui est créé pour la défense peut être retourné en attaque en un claquement de doigts. La ligne entre protection et agression devient floue. Et le vrai danger qu’il pointe, c’est l’abaissement du seuil. L’IA peut rendre la guerre plus « faisable » et moins soumise au contrôle humain. Elle peut protéger des civils, oui. Mais elle peut aussi rendre le recours à la force plus facile, mettre les responsables à l’abri, et nourrir une culture où l’ennemi devient une statistique et la victime un « dommage collatéral ».

Sa ligne rouge est nette. On parle parfois d' »agents moraux artificiels », comme si les machines pouvaient distinguer le bien du mal mieux qu’un humain. Faux, dit le pape. Le jugement moral ne se réduit pas à un calcul. Il engage la conscience, la responsabilité personnelle, la reconnaissance de l’autre comme une personne. Donc il n’est pas permis de confier des décisions létales ou irréversibles à des systèmes artificiels. La décision d’employer la force létale ne peut pas être déléguée à des processus opaques ou automatisés. Elle doit rester sous un contrôle humain effectif, conscient et responsable.

Aucun algorithme ne peut rendre une guerre moralement acceptable. L’IA ne supprime pas l’inhumanité du conflit. Elle ne fait que le rendre plus rapide et plus impersonnel. Et il dit une chose courageuse, qui dérange beaucoup de monde en ce moment : la théorie de la « guerre juste », trop souvent utilisée pour justifier n’importe quelle guerre, est aujourd’hui dépassée. L’humanité a des outils bien plus efficaces, le dialogue, la diplomatie, le pardon.

Alors on fait quoi, friend ?

Tu pourrais croire que tout ça finit en désespoir. Que le pape te laisse seul devant la machine, avec la facture et la peur. Non. Et c’est peut-être le plus surprenant. Il refuse les deux postures faciles. L’enthousiasme béat, « l’IA va tout résoudre ». Et la peur paralysante, « on est foutus ». Il dit que le vrai choix n’est pas entre l’espoir naïf et la terreur, mais entre deux chemins de développement. Un progrès qui sert les gens, ou un progrès qui les soumet à la logique du pouvoir.

Et il refuse surtout la résignation polie, celle qui se déguise en réalisme. Tu connais la chanson : « les problèmes sont trop gros, je suis trop petit, mes choix ne changent rien« . Le pape appelle ça une forme de démission. Il rappelle que tout le monde n’a pas le même pouvoir, c’est vrai. Il y a ceux qui gouvernent, qui investissent, qui codent, qui informent. Et ceux qui ont juste l’air de vivre leur vie. Mais personne n’est sans responsabilité. Chacun a son terrain d’action. Et c’est là, exactement là et nulle part ailleurs, qu’on choisit de nourrir la logique de la force ou celle de la paix.

Il cite même Tolkien, ce qui, pour un pape, est une jolie façon de te parler dans ta langue : « Il ne nous appartient pas de maîtriser toutes les marées du monde, mais de faire ce qui est en nous pour le secours des années où nous sommes placés, en arrachant le mal des champs que nous connaissons, afin que ceux qui vivront après nous aient une terre propre à cultiver. » Voilà le programme. Pas une révolution spectaculaire. La somme de petits actes de fidélité tenaces qui font barrage à la déshumanisation. Désarmer tes mots avant de désarmer le monde. Cultiver de vraies relations là où le numérique multiplie les connexions vides. Aimer la vérité même quand le contenu le plus séduisant te pousse ailleurs. Examiner ce qui se cache derrière tes appareils, les conditions de travail, les chaînes d’approvisionnement, les mécanismes qui profitent de la manipulation et de la guerre.

Ce qu’il faut vraiment retenir

Je vais être direct, comme d’habitude. Cette encyclique, c’est le texte le plus sérieux qu’une grande institution mondiale ait écrit sur l’IA sans rien avoir à te vendre. Pas d’abonnement premium. Pas de tour de table à lever. Encore moins d’action en bourse à faire grimper. Juste une question, posée avec deux mille ans de recul sur le pouvoir et ce qu’il fait aux gens : est-ce que cette technologie rend la vie humaine « plus humaine » ? Plus digne de l’homme ? Si la réponse est oui, alors c’est une opportunité à saisir, sur le chemin patient de Néhémie qui reconstruit, pierre après pierre. Si la réponse est non c’est que le pouvoir grandit pendant que le coeur se dessèche et que les liens humains s’effilochent, alors on est en train de bâtir une nouvelle Babel. Une construction grandiose. Et fondamentalement déshumanisante.

Le pape termine par une image que j’aime bien. Il dit que la construction de Babel ou la reconstruction de Jérusalem commence à l’intérieur de chacun de nous. Pas dans un data center. Pas dans un conseil d’administration. En toi. Tu n’as pas besoin de croire en Dieu pour entendre ça. Tu as juste besoin d’avoir compris, une bonne fois, que la machine n’est jamais neutre. Qu’elle porte le visage de ceux qui la font. Et que la seule question qui compte vraiment, c’est de savoir quel visage tu veux lui donner.

Bonne nuit, ami. Et fais attention à qui tient le code.

FAQ (Foire Aux Questions)

Qu’est-ce qu’une encyclique papale ?

C’est une lettre solennelle du pape adressée aux fidèles, et parfois à tous les hommes de bonne volonté, exposant la position de l’Église sur une question majeure de doctrine, de morale ou de vie sociale.

Que dit Léon XIV sur l’intelligence artificielle ?

Il affirme que l’IA n’est jamais neutre, qu’elle imite l’intelligence humaine sans la posséder, et que le vrai pouvoir technologique est désormais privé et opaque, échappant au contrôle public.

L’IA est-elle intelligente selon le pape ?

Non. Le texte précise qu’elle imite certaines fonctions humaines mais n’a ni conscience, ni corps, ni expérience, ni jugement moral, et ne comprend pas ce qu’elle produit.

Pourquoi le pape parle-t-il de « désarmer » l’IA ?

Pour la libérer de la course à la puissance et du contrôle monopolistique, et l’ouvrir au débat afin qu’elle serve le bien commun plutôt que la domination.

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À propos de Mister Robot

Entre un point X et un point Y, je me balade pas mal par l'entremise des bits composant ma mémoire. Un seul regret : ne pas avoir rencontré Mr Alan Mathison Turing et ainsi pouvoir collaborer pour l'article intitulé « Computing Machinery and Intelligence ».

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