Sommaire
Tu as un adolescent ? Pauvre de lui. Bientôt, il devra resté bâillonné assis sur une chaise. Ne rien dire. Ne rien faire. Vivre ? Oui, pour manger, dormir et se taire. Pas plus. Sinon, demain il ira en prison. Peut-être. Déjà, que son avenir avec le climat qui se dérègle n’est pas drôle. Mais là, il y a de quoi allez se jeter du haut du pont de la Garonne.
Reprenons le contexte. L’Europe veut mettre les enfants dehors. Dehors des réseaux sociaux, s’entend. Le 17 septembre 2026, la Commission a publié l’EU Kids Act. Il s’agit d’un projet de règlement qui interdit purement et simplement les comptes de réseaux sociaux avant un certain âge. Il rationne donc le temps d’écran des plus jeunes et impose une vérification d’âge à l’entrée. Et pas une annonce en l’air, cette fois. Le texte est là, avec sa communication, son document de travail et sa FAQ. Le décor administratif au complet. C’est pas une prison, mais cela y ressemble fort. Les barreaux ne sont pas apparents. Mais ils sont là.
13 ans
l’âge d’avant tout compte
La France a dégainé la première. Bruxelles ramasse la mise.
Petit rappel, parce que ça compte. L’EU Kids Act n’est pas tombé du ciel bruxellois. C’est une proposition de la Commission, portée par Ursula von der Leyen. Mais derrière, il y a des pousseurs, et la France est en première ligne. Emmanuel Macron soutient le texte. Et la France avait tiré la première : une loi interdisant les réseaux sociaux avant 15 ans, adoptée le 21 juillet, puis censurée le 14 août par le Conseil constitutionnel. Recalée à la maison, l’idée repart par l’Europe. La France n’est pas seule pour autant. L’Espagne, le Danemark, la Grèce et l’Italie poussent aussi leurs propres restrictions. Bruxelles harmonise tout ce petit monde d’un seul texte. En tout cas, il y en a qui ont de la suite dans les idées. Il n’y a pas un dicton qui dit « On n’a pas de sous. Mais on a des idées » ?
Trois âges, trois laisses
Le principe tient en trois marches.
Moins de 13 ans, pas de réseau social. Point. Pas le droit de savoir que cela existe. Donc pas de smartphone. On revient à des fondamentaux pour l’occuper. Une coquille de noix. Des soldats de plomb. Le reste interdit. Ah, si pour les filles une poupée Barbie sans Ken. Des fois, que cela lui donne des idées.
De 13 à 14 ans, un compte sous laisse. Bien serrée. On étrangle au moindre faux pas. Avec supervision parentale. Des contrôles activés en permanence. Caméra genre Big Brother dans la chambre de l’ado. Comme dans les toilettes, on ne sait jamais. Une utilisation d’une heure par jour maximum. Au-delà, le smartphone électrocute l’ado.
À 15 ans, on lui lâche la bride. Enfin, presque. Oui, faut le retenir. Trop de liberté peut nuire à son épanouissement. Uniquement sur les plateformes jugées assez sûres. Combien ? Une et pas plus. Et contrôlée par un organisme indépendant. Et ce seuil de 15 ans devient un plancher commun à toute l’Union. Un âge minimum pour exister en ligne, harmonisé par décret.
À 18 ans, faudra pas s’étonner si l’ado devenu majeur a envie de tout péter.
Coupable jusqu’à preuve du contraire
Le vrai coup est ailleurs. La charge de la preuve change de camp. Ce n’est plus au régulateur, donc Big Brother, de prouver qu’une plateforme est dangereuse. C’est à la plateforme de prouver qu’elle est « age-appropriate and safe by design » (en anglais dans le texte). Coupable jusqu’à preuve du contraire. Si tu avais l’intention de créer une appli d’un jeu de pêche à la ligne, tu vas d’abord en prison. Après on te libère mais sous condition, bien sûr. Et histoire de rien laisser passer, tout est ratissé large. Avec du filet qui attrape tout. Cela concerne : réseaux sociaux, plateformes vidéo, jeux, agents conversationnels d’IA, et magasins d’applications. Traduction : le Play Store est directement visé.
Un contenu de qualité, sans publicité.
Vous aimez notre travail ? Soutenez notre indépendance en devenant membre sur Patreon.
Soutenir MyChromebook.frLa liste des interdits ressemble à un inventaire à la Prévert de l’internet moderne. Fini l’autoplay sans fin. Le défilement infini « without real breaks ». Fini les notifications de réengagement qui n’ont rien à voir avec ce que fait l’enfant. Finies les récompenses pour publier vers les foules. Finies les mécaniques de séries qui « penalise a child for not returning every day ». Bruxelles a lu les brevets de l’industrie de l’attention et coche les cases une par une. Et ce qu’il faut faire à la place ? Des recommandations optimisées pour la sûreté, plus pour l’engagement. Le pistage désactivé par défaut. Pré-approbation obligatoire avant qu’on écrive à un enfant. Enfants exclus des suggestions de contacts. Direct désactivé par défaut. On refait l’architecture du service, du sol au plafond. En gros, l’ado bave devant le smartphone. Mais pas touche, sinon fessée cul nu.
Ta carte d’identité à l’entrée du web
Reste le petit détail qui change tout. Comment savoir l’âge d’un ado qui veut communiquer avec ses pairs ? Fini le « je jure que j’ai 15 ans ». L’auto-déclaration est explicitement exclue. Il faudra une « certified age verification ». Une appli européenne gratuite. Bref, un portefeuille d’identité numérique. Le tout avec preuve à divulgation nulle de connaissance. En clair ? La plateforme n’apprend pas qui tu es, seulement que tu as passé le seuil. Sur le papier, c’est élégant. Dans la vraie vie, ça veut dire un contrôle d’identité à l’entrée de chaque application. Du flicage partout. Pour tout le monde. Parce que pour vérifier qu’un enfant en est un, il faut d’abord vérifier que l’adulte n’en est pas. Tu vois comment on s’arrange pour vérifier ton âge ? Même si tu n’est plus un ado ?
Mais me vient un doute, là. Un petit. Tout petit. Minuscule même. On te promet que rien n’est stocké, que la plateforme n’apprend rien. Sauf que l’appli, elle, doit bien lire ta pièce d’identité pour dire oui. Quelque part, un serveur la regarde. Et une promesse n’a jamais arrêté un pirate. Les voleurs de données, eux, arrivent toujours à ouvrir les portes fermées. Alors j’ai des craintes. Des grosses. Surtout si les serveurs qui gardent tout ça sont sécurisés à la va-que-je-te-pousse. Ne me dites pas que cela n’existe pas. J’ai de quoi t’étonner.
Ressource exclusive
Aujourd’hui, nous plongeons dans un sujet brûlant qui secoue les fondations mêmes de nos libertés numériques en Europe : l’EU Kids Act. Portée par la Commission européenne d’Ursula von der Leyen et soutenue fermement par la France d’Emmanuel Macron, cette initiative fait suite aux tentatives nationales comme la loi française censurée en août par le Conseil constitutionnel après son adoption en juillet. Désormais, Bruxelles harmonise l’approche à l’échelle du continent, épaulée par des pays comme l’Espagne, le Danemark, la Grèce et l’Italie.
Et demain, on leur interdit quoi ?
Alors on applaudit. Protéger les enfants, qui va dire non ? Personne. C’est bien le problème. Parce que la logique, une fois lancée, ne s’arrête pas au réseau social. On a interdit le compte avant 13 ans. Rationné l’heure quotidienne. On a mis un videur numérique à l’entrée du web. Et demain ? On leur interdit quoi de plus ? L’emploi de la télévision, peut-être. Trop d’écran, danger. L’emploi de l’ordinateur, forcément. L’emploi des consoles de jeux, tant qu’on y est. Et pourquoi pas leur interdire de vivre, tout simplement. Ce serait plus simple. Un mineur bien protégé est un mineur qui ne fait rien. Qu’on éteint, en quelque sorte. Mais quand il sera adulte, il y a un risque. Cela s’appelle le retour de bâton. Et cela risque de faire mal.
On ne discute pas l’intention. On discute la méthode. Elle consiste à retirer la confiance par principe et à la faire racheter par la preuve. Les plateformes devront prouver leur innocence. Aux enfants de prouver leur âge. Aux adultes de prouver le leur pour permettre aux enfants de prouver le leur. Le monde à l’envers, certifié conforme.
Sources pour aller plus loin :
Questions fréquentes
À partir de quel âge un ado pourra-t-il avoir un compte de réseau social avec l’EU Kids Act ?
13 ans minimum, et sous supervision parentale jusqu’à 15 ans : compte limité, contrôles parentaux permanents et une heure par jour maximum. Compte autonome seulement à partir de 15 ans, et uniquement sur les plateformes jugées sûres.
Comment l’âge des utilisateurs sera-t-il vérifié ?
L’auto-déclaration est exclue. La vérification passe par une application européenne gratuite et un portefeuille d’identité numérique, avec une preuve à divulgation nulle de connaissance : la plateforme n’apprend pas l’identité, seulement que le seuil d’âge est franchi.
L’EU Kids Act est-il déjà en vigueur ?
Non. C’est une proposition présentée par la Commission européenne le 17 septembre 2026. Elle doit encore être négociée par le Parlement et le Conseil, soit douze à vingt-quatre mois de discussions avant une éventuelle application.
Produits les plus vendus
CKB SHOW : Le Podcast
Rejoignez-nous chaque semaine pour décortiquer l'actualité Google, les dernières sorties Chromebook et les innovations en matière d'IA.



