Intel avait jusqu’à présent un positionnement important sur le marché des Chromebook, en proposant des processeurs intéressant mais consommateurs d’énergie. Avec l’arrivée depuis quelques années de concurrents comme AMD ou Qualcomm se positionnant de plus en plus sur les segments moyens et hauts des processeurs, ce marché pourrait demain lui échapper. Alors même s’il bénéficie de relations de longue date avec les principaux fabricants de PC (HP, Dell, Lenovo, Acer, ASUS) et d’une forte notoriété de marque, le prix comme les capacités de ses concurrents risque à terme de l’écarter de ce marché.
C’est qui Intel ?
Intel Corporation est une marque états-unienne fondée en 1968 par Gordon Moore, Robert Noyce et Andrew Grove. Elle a créé le premier microprocesseur x86 qui a permis l’essor de l’informatique et fabrique également des cartes mères, des mémoires flash ainsi que des processeurs graphiques. Elle se positionne seconde derrière Samsung dans la fabrication des semi-conducteurs.
Jusqu’au tournant des années 2000, Intel avait une position forte sur le marché des processeurs. En effet, même si en 2007, le premier smartphone a été présenté par Apple avec une architecture ARM (Samsung S5L8900), la majorité des ordinateurs et même ceux d’Apple, que ce soit pour une utilisation personnelle ou professionnelle étaient équipés de ses processeurs. Malheureusement, il n’a pas su analyser et anticiper le poids de plus en plus important des smartphones.
Le marché du mobile qu’il n’a pas vu venir
C’est là que nous avons vu arriver des sociétés comme Qualcomm, Samsung et MediaTek qui ont su proposer des processeurs basse consommation et donc pouvant permettre un usage important des smartphones. Alors pourquoi Intel a loupé le marché des mobiles et par la même occasion une part de plus en plus importante des ordinateurs portables ?
Avec sa gamme Atom basée sur une architecture x86 ceux-ci n’ont pas su répondre à l’attente des constructeurs de smartphones et ceci pour plusieurs raisons :
- tout d’abord une architecture de ses processeurs x86 trop consommateur d’énergie. A l’inverse ceux basés sur l’architecture ARM ont une efficacité énergétique beaucoup plus importante. Ce point est primordial pour l’emploi des smartphones et les processeurs Atomx86 n’offrait pas une longévité importante de l’autonomie. Cela étant dû principalement à une mauvaise gestion de la consommation électrique
- ensuite, il faut comprendre que la relation entre concepteurs de processeurs pour mobile et constructeurs de smartphone avait su s’imposer face à celle qu’entretenait jusqu’à présent Intel. Cela était dû à une réponse trop tardive de la part d’Intel qui n’avait pas l’avance technologique dans l’intégration des composants. Cela concerne autant le CPU, le GPU (carte graphique), le modem 5G et toute la partie mobile dans la communication sans fil. Bref, dès le début, Intel n’a pas su répondre au cahier des charges (voir ci-dessous) demandé par les fabricants, pour une mobilité accrue.
- Intel n’a pas su en effet répondre avec ses premiers processeurs pour mobile car dû faire face à des difficultés d’intégration de fonctions comme celui du processeur, la carte graphique, mais également tout ce qui concerne la communication. Tout ceci dans un environnement contraignant. A l’inverse des sociétés comme Qualcomm avec ses processeurs Snapdragon, Samsung avec sa gamme Exynos et MediaTek, n’avaient aucune difficulté à proposer des produits aboutis.
- enfin, comme je l’indiquais, Intel n’a pas compris le marché émergeant du mobile. Il est resté longtemps sur une base ou l’emploi du processeur ne pouvait s’opérer que sur les PC familiaux ou professionnels ou la gamme des serveurs. En dehors de ce marché, il n’a pas compris que le transfert de l’emploi de l’informatique était en train d’être bouleversé à partir du moment où Apple a présenté son premier smartphone. La firme de Cupertino avait très bien compris l’impossibilité pour Intel de proposer un processeur correspondant à ses besoins pour son premier iPhone. Pourtant, depuis plus d’un an, ses ordinateurs étaient équipés de puces Intel.
Un turn-over trop important
Ce manque de clairvoyance est en partie du entre autre au changement trop rapide de ses dirigeants. En effet rien qu’au cours des cinq dernières années Intel aura connu cinq, oui cinq CEO.. Ceci peut expliquer cette incertitude qui règne encore aujourd’hui chez le fondeur, malgré le plan de restructuration qui s’est mis en place (voir ci-dessous).
En remontant depuis le dirigeant actuel :
- Lip-Bu Tan : PDG actuel (depuis début 2025).
- David Zinsner & Michelle Johnston Holthaus : Co-PDG par intérim (1er décembre 2024 – début 2025).
- Pat Gelsinger : PDG (15 février 2021 – 1er décembre 2024).
- Bob Swan : PDG (janvier 2019 – 15 février 2021).
- Brian Krzanich : PDG (2013 – juin 2018, suivi d’un intérim de Bob Swan avant sa nomination officielle en 2019).
Cette inconstance dans les équipes dirigeantes, n’a pas permis à Intel d’avoir une ligne directrice sur plusieurs années. Un processeur quel qu’il soit ne s’élabore pas le lundi pour être mis en production le vendredi. Cela demande plusieurs années. Même s’il ne donne que les lignes directrices, un CEO doit sentir l’air du temps par le biais de contact avec les entreprises et partenaires. De plus, c’est sur le temps long que les relations entre son DG et les constructeurs de mobile ne peuvent que s’établir.
A la recherche de liquidité
Une telle rotation de ses dirigeants fait qu’Intel n’a pas réellement de ligne directrice comme je le disais. Son bilan financier est en demi-teinte, même si elle reste encore en 2025 un acteur majeur. Elle doit donc vendre certaines de ses lignes de productions de processeurs, malgré un plan appelé « Intel Foundry Direct Connect » (voir plus bas), l’amenant à avoir moins de revenus. Cette recherche de liquidités se fait sentir à tous les niveaux, mais surtout au départ d’ingénieurs talentueux vers d’autres concepteurs de processeurs.
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Soutenir MyChromebook.frRésultats Financiers d’Intel – Année Fiscale 2024 (Année terminée le 28 décembre 2024)
| Indicateur | Valeur (GAAP) | Valeur (Non-GAAP) | |
| Chiffre d’affaires | $53.1 Milliards | $53.1 Milliards | |
| Marge Brute (%) | 32.7% | 36.0% | |
| Résultat Net (Perte) | $(18.8) Milliards | $(0.6) Milliard | |
| Bénéfice (Perte) par Action (BPA) | $(4.38) | $(0.13) | |
| Dépenses R&D | $16.5 Milliards | N/A | |
| Flux de trésorerie d’exploitation | $8.3 Milliards | N/A | |
| Flux de trésorerie disponible ajusté | N/A | $(2.2) Milliards | |
| Dette Totale (fin de période) | $46.3 Milliards | N/A |
Résultats Financiers d’Intel – Premier Trimestre 2025 (T1 2025) (Trimestre terminé le 29 mars 2025)
| Indicateur | Valeur (GAAP) | Valeur (Non-GAAP) | |
| Chiffre d’affaires | $12.7 Milliards | $12.7 Milliards | |
| Marge Brute (%) | 36.9% | 39.2% | |
| Résultat Net (Perte) | $(0.8) Milliard | $0.6 Milliard | |
| Bénéfice (Perte) par Action (BPA) | $(0.19) | $0.13 | |
| Dépenses R&D | $3.6 Milliards | N/A | |
| Flux de trésorerie d’exploitation | $0.8 Milliard | N/A | |
| Flux de trésorerie disponible ajusté | N/A | $(3.7) Milliards | |
| Dette Totale (fin de période) | $44.9 Milliards | N/A |
Une évolution vers des services de fonderie
Intel a compris qu’il ne s’agissait plus de se battre pour rattraper son retard sur le marché des processeurs pour mobiles. Afin de garder une place importante sur le marché des fondeurs et non plus de concepteurs, elle propose ce qu’elle appelle le “Intel Foundry Services (IFS)”. Il s’agit de proposer comme TSMC, ses usines aux concepteurs de processeurs, permettant de les rentabiliser au maximum. C’est un virage important pour cette société qui doit répondre à des demandes émanant directement de concurrents. La déclaration du PDG Lip-Bu Tan, affirmant que « Notre travail n°1 est d’écouter nos clients et de gagner leur confiance » , témoigne de cette prise de conscience. La création d’IFS en tant que filiale indépendante pourrait être une mesure structurelle visant à instaurer cette confiance et à garantir une certaine neutralité opérationnelle.
Le marché des Chromebook pourrait lui échapper
On ne va pas se voiler la face : le Chromebook a perdu des parts de marché, même s’il présente un potentiel de croissance significatif. Après une croissance exceptionnelle due à la pandémie du Covid 19, les ventes se sont tassées, mais restent fortes. Surtout dans le monde de l’éducation et particulièrement aux USA. C’est en effet, l’Amérique du Nord (USA et Canada) qui domine largement le marché des Chromebook. Il représente 53% des parts en 2024 et le marché européen vient en seconde position avec 32% des revenus mondiaux, avec principalement l’Italie et le Royaume-Uni.
C’est le Chromebook traditionnel qui détient la plus grande part du marché et plus spécifiquement le 2-en-1 qui présente la croissance la plus rapide. Cela est dû à ce qu’il offre flexibilité et portabilité. On trouve justement ce type d’ordinateurs convertibles parmi ceux qui sont équipés de processeurs ARM. Répondant à la mobilité et donc à la longévité d’emploi, ils ont un atout non négligeable qui est le prix.
Malgré de nombreuses recherches, je n’ai pas trouvé de chiffres sur les parts de marché du Chromebook Plus. S’appuyant sur un standard de performance supérieur avec des exigences matérielles importantes, le Chromebook Plus reste encore marginal, dans ses ventes, comparé au Chromebook traditionnel. Concernant ses spécifications minimales, il doit être équipé soit d’un processeur Intel Core i3 de 12ème génération (ou plus récent) ou un AMD Ryzen 3 de série 5000 (ou plus récent).
Intel est encore présent sur les Chromebook Plus
Actuellement, la majorité des Chromebook Plus sont équipés de processeurs Intel Core (i3, i5, Core Ultra) ou AMD Ryzen (3, 5, 7). Cela répond ainsi au cahier des charges élaboré par Google. L’esthétisme, comme on a pu le voir avec le Samsung Galaxy Chromebook Plus, n’a pas laissé insensible de nombreux utilisateurs. Même ceux utilisant des Pc mobile sous Windows, on trouvé que ce produit était attirant. Vous pouvez retrouver le test complet de ce Chromebook Plus en cliquant ici. Si ce produit est équipé d’un processeur Intel Core 3 100U Raptor Lake R, il faut reconnaître que la carte graphique intégrée n’est pas à la hauteur de ce que l’on pourrait attendre d’un tel ordinateur. Surtout au vu de son prix. Ainsi, il n’est proposé qu’un affichage Full HD en seulement 1920 x 1080 pixels.
Et c’est là que l’on constate des capacités moindres d’un tel processeur face à ceux fonctionnant sous ARM. Si la résolution maximale du processeur peut aller jusqu’à 4096 x 2304 @ 60Hz, il a dû être freiné car le Chromebook n’est pas pourvu de ventilateur. Avec la prochaine génération de Chromebook Plus équipée du processeur ARM MediaTek Kompanio Ultra, on risque de voir mieux et plus grand. Ce processeur est même prévu pour fonctionner peut-être demain avec Windows Il est ainsi pourvu pour la partie graphique d’une solution Immortalis-G925 MC11 d’ARM avec une prise en charge de l’UltraHD en HEVC, AVC, VP9 et AV1. Sans oublier de l’encodage en UltraHD HEVC et AVC. De même il est prévu des Chromebooks avec des puces Qualcomm Snapdragon X Plus (ARM) qui sont en développement, mais leur certification « Plus » n’est pas encore confirmée.
Les Chromebook vont-ils abandonner les processeurs Intel ?
Avec les Chromebook Plus s’impose des produits plus matures, mais également plus puissants. Cela répond autant à une demande des utilisateurs mais également à un besoin face à des applications Android plus gourmandes en ressources. Et elle ne peuvent que naturellement s’imposer sur les Chromebook standard. Avec à la clé la sécurité des données par identification capillaire, mais également une protection plus renforcée lors des communications sans-fil avec des modems plus intelligents sans oublier l’usage de plus en plus important de l’IA. Toutes ces spécifications qu’Intel ne peut pas tenir, ne peuvent que le pousser vers la sortie.
Etes-vous d’accord avec l’analyse faite dans cet article ? Si ce n’est pas le cas, dites-nous pourquoi dans les commentaires.


