Sommaire
- Le document que je n’avais pas
- Le jour où il te présentait la machine, il déposait le mot pour le système
- Ce que Google a verrouillé, pays par pays
- Google a deux façons de baptiser un système. Il a choisi la seconde.
- Ce que ce document ne dit pas
- Une fiche Lenovo, le même soir
- Deux constructeurs, deux champs, deux réponses
- Pourquoi je n'avais pas tort sur le mécanisme
- Ce qui change, et ce qui ne change pas
- Notes de bas de page :
Quel sera le nom de l’OS du Googlebook ? Après le premier épisode, voici le second. Comme d’habitude, cela m’a demandé pas mal de recherches. Ainsi que des recoupements. Le tout pour te présenter un article s’appuyant sur du concret. Solide. Avec pas mal d’infos, je le reconnais. Mais que veux-tu, je ne peux pas tout te dérouler en deux phrases. Façon SMS. Si c’est ce que tu recherches, ce n’est pas ici que tu le trouveras. Donc, hier, je t’expliquais pourquoi le système des Googlebook s’appellerait Android. Aujourd’hui, je te montre le document qui me manquait. Il dormait dans une base publique depuis le 2 juin. Personne ne l’avait ouvert. Moi non plus. Jusqu’à cette nuit du 11 au 12 septembre. Que veux-tu, je suis têtu. Et un nuiteux. J’ai demandé à Claude (l’IA que j’utilise de plus en plus) de me faire des recherches. Très pointues. Bingo, par le biais d’un prompt fait aux petits oignons. Ensuite ? J’ai fais pas mal de tri. D’un côté la poubelle. De l’autre un fichier Google Docs. Que veux-tu je suis ainsi. J’aime que cela soit clair. Propre. Rapide. Allez, je te déroule tout cela.
1
seul mot déposé, pour la machine et pour le système
Le document que je n’avais pas
Voici la pièce, et je suis allé la chercher à la source, dans le dossier de l’office américain lui-même. Demande numéro 99859431, déposant Google LLC, 1600 Amphitheatre Parkway à Mountain View. Déposée le 2 juin 2026 à 11 h 27 min 27 s, heure de la côte est, contre 550 dollars de taxes. Registre principal, marque vivante, en attente d’examinateur. Classe internationale 91. Vient ensuite le libellé des produits couverts, mot pour mot : « Computers; Computer hardware; Laptop computers; Recorded computer operating software ». Soit, en français : ordinateurs, matériel informatique, ordinateurs portables, et logiciel de système d’exploitation enregistré.2
Relis la fin. Du logiciel de système d’exploitation.
Google n’a donc pas réservé « Googlebook » pour une machine. Il l’a réservé pour la machine et pour le système. Une seule demande américaine, un seul mot, les deux objets. Trois mois avant que la moindre fuite ne circule.
Deux précisions, parce qu’elles disent le sérieux du dossier.
La première tient en une ligne du formulaire : « Standard Character Claim: Yes. The mark consists of standard characters without claim to any particular font style, size, or color ». En clair, le mot est revendiqué en caractères standard, sans revendication de police, de taille ni de couleur. C’est la forme de protection la plus large qui existe. Google ne protège pas un logo. Il protège le mot, dans toutes ses graphies possibles.
Un avertissement au passage, pour ceux qui iront lire les registres. Tu y verras GOOGLEBOOK en capitales partout. Ce n’est pas une intention de marque, c’est une convention d’écriture des offices. La même qui donne GOOGLE, ANDROID ou CHROMEBOOK. La ligne citée juste au-dessus le dit d’ailleurs elle-même : aucune graphie n’est revendiquée. Un registre t’apprend quel mot est protégé, jamais comment il s’écrira sur la machine.
Seconde précision : le dépôt n’a pas été fait par un stagiaire. Le conseil au dossier est Colleen Ganin, du cabinet Morgan, Lewis & Bockius, sous le numéro interne 141928-1586. On ne mobilise pas ce genre de cabinet pour réserver un mot dont on n’a rien à faire.
Le jour où il te présentait la machine, il déposait le mot pour le système
Voici la partie que je trouve la plus belle, et elle tient à une dissociation que personne n’a relevée. La demande américaine ne part pas de rien. Elle s’adosse à deux dépôts antérieurs faits aux Tonga, petit archipel du Pacifique où la maison a l’habitude de déposer discrètement3. Deux dépôts, donc. Pas un. Mieux : ils ne couvrent pas la même chose.
Le premier, TO/M/2026/05069, est daté du 14 avril 2026. Produits visés, tels qu’ils figurent au dossier : « Computers; Computer hardware; Laptop computers ». Soit les ordinateurs, le matériel, les portables. La machine.
Le second, TO/M/2026/05092, est daté du 12 mai 2026. Produits visés : « Recorded computer operating software ». Le système.
Relis la seconde date. Le 12 mai, c’est le jour de l’Android Show. Le jour où Alex Kuscher publie son billet, où Google te présente le Googlebook, et où il ne donne pas le nom du système d’exploitation. Ce jour-là exactement, à l’autre bout du monde, la maison déposait le mot « Googlebook » appliqué à du logiciel de système d’exploitation.
Quatre semaines plus tôt, elle n’avait réservé que le matériel. Le système est arrivé après. Il est arrivé le jour de la présentation. La demande américaine revendique d’ailleurs la priorité de ces deux dépôts4, en précisant noir sur blanc qu’elle veut « retain the foreign application filing date for priority », c’est-à-dire conserver la date tongienne. Traduction : Google tient à ce que ses droits sur ce mot remontent aussi loin que possible.
Ce n’est d’ailleurs pas le seul registre à porter cette dissociation. Le registre international de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle la reprend ligne pour ligne : priorité du 14 avril pour « computers; computer hardware; laptop computers », priorité du 12 mai pour « recorded computer operating software ». Deux offices, deux fois la même coupure entre la machine et le système. Dernier élément, et il n’est pas mince. Ce dossier américain n’est pas resté américain. Il sert de base à une inscription internationale, et c’est là que l’affaire change de dimension.
Ce que Google a verrouillé, pays par pays
Interroge la base mondiale des marques de l’OMPI sur le mot « googlebook », et tu obtiens neuf réponses. Toutes au nom de Google LLC. Toutes en classe 9. Voici ce que ça donne.
La marque GOOGLEBOOK, territoire par territoire
Relevé du 12 septembre 2026 dans la base mondiale des marques de l’OMPI. Huit inscriptions, toutes au nom de Google LLC, toutes en classe 9.
8 inscriptions
| Territoire | Nature | Statut | Date | Numéro |
|---|---|---|---|---|
| International | Enregistrement international | Enregistré | 16/06/2026 | 1927803 |
| États-Unis | Demande nationale | En instance | 02/06/2026 | 99859431 |
| Japon | Enregistrement national | Enregistré | non relevée | 2026-359144 |
| Canada | Demande nationale | En instance | 16/06/2026 | 2482272 |
| Nouvelle-Zélande | Demande nationale | En instance | 16/06/2026 | 1328680 |
| Philippines | Demande nationale | En instance | 16/06/2026 | PHM010001927803 |
| Thaïlande | Demande nationale | En instance | 16/06/2026 | 260143412 |
| Norvège | Demande nationale | En instance | 16/07/2026 | 202608652 |
International
- Nature
- Enregistrement international
- Date
- 16/06/2026
- Numéro
- 1927803
États-Unis
- Nature
- Demande nationale
- Date
- 02/06/2026
- Numéro
- 99859431
Japon
- Nature
- Enregistrement national
- Date
- non relevée
- Numéro
- 2026-359144
Canada
- Nature
- Demande nationale
- Date
- 16/06/2026
- Numéro
- 2482272
Nouvelle-Zélande
- Nature
- Demande nationale
- Date
- 16/06/2026
- Numéro
- 1328680
Philippines
- Nature
- Demande nationale
- Date
- 16/06/2026
- Numéro
- PHM010001927803
Thaïlande
- Nature
- Demande nationale
- Date
- 16/06/2026
- Numéro
- 260143412
Norvège
- Nature
- Demande nationale
- Date
- 16/07/2026
- Numéro
- 202608652
Aucune ligne ne correspond. Réinitialise pour tout revoir.
À lire avant de compter. La plupart des lignes nationales ne sont pas des dépôts séparés : ce sont les désignations de l’enregistrement international 1927803 qui ressortent dans chaque registre national. Les dates au 16 juin le montrent, et le numéro philippin contient le numéro international. Deux lignes font exception, la demande américaine qui est la demande de base, et la norvégienne, datée d’un mois plus tard, dont l’origine n’est pas déterminable.
Réserves. L’OMPI avertit que sa base ne garantit ni l’exactitude ni l’exhaustivité des informations. La base n’affiche que la classe 9 pour les lignes nationales, sans le détail des produits : seul l’enregistrement international est documenté comme couvrant du logiciel de système d’exploitation. La date d’enregistrement japonaise n’a pas été relevée.
Source. Base mondiale des marques de l’OMPI et dossier USPTO 99859431, consultés le 12 septembre 2026 vers 01:45 AM.
L'enregistrement international 1927803 est le cœur du dispositif. Enregistré le 16 juin 2026, valable jusqu'au 16 juin 2036, il porte le même libellé que le dossier américain, logiciel de système d'exploitation compris. Il désigne surtout dix-huit territoires : Émirats arabes unis, Australie, Brésil, Union européenne, Royaume-Uni, Indonésie, Inde, Japon, Corée du Sud, Mexique, Norvège, Nouvelle-Zélande, Philippines, Russie, Singapour, Thaïlande, Turquie, Viêt Nam.
Attention à ne pas compter deux fois, et je me méfie de moi-même en écrivant ça. La plupart des lignes nationales du tableau ne sont pas des dépôts séparés : ce sont les désignations de l'enregistrement international qui ressortent dans chaque registre national. La preuve tient dans les dates, toutes au 16 juin, et surtout dans le numéro philippin, PHM010001927803, qui contient le numéro international. Deux lignes font exception : la demande américaine, qui est la demande de base, et la norvégienne, datée d'un mois plus tard, dont je ne peux pas dire si elle est un dépôt distinct ou une désignation traitée en retard.
Autant évacuer tout de suite la tentation, parce qu'elle est grande : cela ne signifie pas que la machine sera vendue dans ces dix-huit pays. La preuve est dans la liste elle-même. La Russie y figure, et personne n'imagine Google y lancer un ordinateur en 2026. Une désignation protège un mot, elle n'annonce pas un calendrier commercial.
Et j'ai mieux qu'un raisonnement pour te le prouver, j'ai un chiffre. La fiche Energy Star du Googlebook de HP, dont je te parle plus bas, porte deux champs qu'on ne regarde jamais. Disponibilité sur le marché : 28 août 2026. Marchés visés : États-Unis, Japon, Canada, Taïwan, Suisse. Cinq pays. Ni l'Union européenne, ni la France. Le mot est protégé dans dix-huit territoires, la première machine s'en adresse à cinq, et l'Europe n'en fait pas partie. Voilà l'écart entre un dépôt de marque et un plan de vente, mesuré sur une pièce officielle.
Ce qu'elle dit, en revanche, est déjà considérable. La maison s'est donné le droit d'exploiter ce nom partout où ça compte, Union européenne comprise, elle l'a fait avant la moindre annonce, et elle a payé pour dix ans. On ne monte pas ce dispositif pour un mot dont on ne fera rien. Deux réserves pour finir, parce qu'elles sont honnêtes. L'OMPI avertit elle-même que sa base « does not ensure the correctness nor the completeness of the information », qu'elle ne garantit ni l'exactitude ni l'exhaustivité. Par ailleurs, pour les lignes nationales, la base n'affiche que la classe 9, pas le détail des produits. Je peux donc affirmer que l'international couvre le logiciel de système d'exploitation. Pas que le japonais ou le canadien le couvrent.
Google a deux façons de baptiser un système. Il a choisi la seconde.
Voilà pour ce dossier-ci. Maintenant, regardons comment la maison nomme ses systèmes d'habitude, parce que le registre garde tout et qu'il est bavard.
Première voie, la marque Android. Google dépose « ANDROID + un mot » chaque fois qu'il porte son système sur un nouvel objet. ANDROID TV en 2013, ANDROID ONE en 2016, ANDROID GO EDITION en 2017, ANDROID XR en 2025.
Celui-là est le comparateur parfait, et il fait mal. Déposé le 30 avril 2025, classe 9, sur les fondements 1(b) et 44(d), exactement la recette du dossier Googlebook. Son libellé de produits commence par « Downloadable operating systems programs; recorded operating system programs », soit des programmes de système d'exploitation. Même procédure, même classe, même nature de produit, à treize mois d'écart. Un nom Android d'un côté. Googlebook de l'autre.
Seconde voie, le nom de la gamme. Elle existe aussi, et elle est ancienne. Sur les marques de Google dont le libellé mentionne un système d'exploitation, on trouve GOOGLE CHROME en 2011, GOOGLE CHROMEBOOK PIXEL en 2013, GOOGLE CHROMEBASE en 2014, GOOGLE CHROMEBIT en 2015, GOOGLE PIXEL C en 2016, WEAR OS BY GOOGLE en 2018, GOOGLE BEAM en 2025, et GOOGLEBOOK en 2026.
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Soutenir MyChromebook.frArrête-toi sur celle de 2018, parce qu'elle démonte l'objection avant qu'on la formule. Le système des montres s'appelait Android Wear. Google en a retiré le mot Android, et a déposé WEAR OS BY GOOGLE, le 15 mars 2018, en classe 9, pour de l'« Operating system software sold as an integral component of smartwatches ». Enregistrée le 31 décembre 2019 sous le numéro 5950773. Toujours vivante. La maison a donc déjà débaptisé un système de facteur de forme pour en sortir la marque Android. Ce n'est pas une hypothèse, c'est un précédent enregistré.
Et puis il y a le mot que tu emploies tous les jours, et qui raconte l'histoire exactement inverse. Chromebook. Deux dépôts le même jour, le 3 novembre 2011, même revendication de priorité, même classe 9. Deux destins. Le premier, série 85463562, revendiquait du « Computer operating software, computer browsing software », du logiciel de système d'exploitation et du logiciel de navigation. Il est mort. Le registre le porte « Dead », sans dire s'il s'agit d'un abandon ou d'une radiation.
Le second, série 85984343, a survécu. Enregistré le 15 mai 2018 sous le numéro 5469871, vivant aujourd'hui. Son libellé, en entier : « Computer hardware, computers, laptop computers » en classe 9, et du support technique en classe 42. Du matériel. Rien que du matériel. Relis-le lentement, parce que c'est le cœur du sujet. La seule marque CHROMEBOOK vivante aux États-Unis ne couvre pas de système d'exploitation. Quinze ans de machines, et le mot n'a jamais été tenu côté logiciel. Il protège l'objet, pas ce qui tourne dedans.
Le dépôt du 2 juin 2026 fait le contraire. Chez Googlebook, le logiciel de système d'exploitation est là, dès la première ligne du libellé, et il y est resté. Ce n'est donc pas la continuation d'une habitude maison. C'est une rupture avec elle. Au passage, la question que tu vas me poser : et le palier commercial Chromebook Plus ? Aucune occurrence d'une marque « CHROMEBOOK PLUS » n'a pu être mise en évidence, ni au nom de Google ni au nom de personne, sur un export de cinq cents résultats interrogé sur ce terme même. Sept marques y contiennent le mot Chromebook : les deux de 2011, trois CHROMEBOOK PIXEL de 2013 toutes éteintes, et les deux WORKS WITH CHROMEBOOK de 2019 et 2021, dont la seconde est vivante et ne couvre que des accessoires5. Rien d'autre.
Trois constats négatifs pour finir, et ils comptent autant que le reste. Aucune marque « ANDROID OS » n'a pu être mise en évidence, ni chez Google ni chez personne. Aucune marque « ALUMINIUM » non plus, ce qui confirme que le nom de code n'a jamais quitté les couloirs. Sur l'ensemble des dépôts Google de 2026 relevés, soit G, GOOGLE HEALTH COACH, GOOGLE PICS, GOOGLE FLOW, GOOGLEBOOK, GOOGLE I/O et GOOGLE PIXEL TAG, un seul couvre un système d'exploitation. Un seul.
Réserve de méthode, et elle est indispensable. Elle vaut aussi pour le relevé Chromebook ci-dessus : ces listes viennent d'exports plafonnés à quelques centaines de résultats, et je constate qu'il y manque des marques qui existent, ANDROID AUTO et ANDROID WEAR notamment. Ce sont donc des échantillons, pas l'inventaire complet du portefeuille de Google. Une absence dans un export n'est pas une absence au registre. Le schéma est démontré. L'exhaustivité, non.
Ce que ce document ne dit pas
Maintenant, je te dois les limites. Parce qu'un papier qui corrige un papier n'a pas le droit d'être moins rigoureux que celui qu'il corrige.
Premièrement, la demande américaine est un dépôt, pas un enregistrement. Elle est vivante, mais elle attend encore son examinateur, et rien ne garantit qu'elle aboutisse en l'état. Nuance importante : l'inscription internationale, elle, est bel et bien enregistrée depuis le 16 juin. Les deux n'ont pas le même statut, et il ne faut pas les confondre.
Un mot de vocabulaire là-dessus, parce que je t'ai donné l'adresse du dossier et que tu iras peut-être vérifier. Dans la liste des pièces, tu liras « Application ». Ce n'est pas une application logicielle. Chez les offices de marques, application veut dire demande, applicant veut dire déposant, et registration veut dire enregistrement. Le faux ami est cruel sur un dossier qui porte justement sur un système fait pour faire tourner des applications. Retiens surtout ceci : tant que la ligne affiche « Application », rien n'est enregistré.
Deuxièmement, on m'objectera qu'une entreprise dépose aussi par précaution, pour occuper le terrain, sans rien vouloir en faire. L'objection est bonne. Sauf que le formulaire y répond tout seul, et je te le cite mot pour mot : « The applicant has a bona fide intention, and is entitled, to use the mark in commerce on or in connection with the identified goods/services ». Soit, en français : le déposant a l'intention réelle et sérieuse d'exploiter la marque dans le commerce pour les produits identifiés, et il est en droit de le faire.
Ce n'est pas une formule de politesse. C'est une déclaration sous peine d'amende et d'emprisonnement, le formulaire le rappelle lui-même, et elle est signée. Par qui ? Par Scott Ceresia, conseil en marques chez Google LLC, le 2 juin 2026. Pas par un prestataire : par un juriste de la maison. Nous ne sommes donc pas devant un dépôt de confort.
Troisièmement, et c'est la vraie limite, celle que je ne vais pas gommer pour faire joli. Le registre ne contient jamais la chaîne « Googlebook OS ». Il contient le mot « GOOGLEBOOK », et une catégorie de produits qui inclut du logiciel de système d'exploitation. Ce sont deux choses différentes. Le suffixe « OS », lui, ne vient que de la fiche Lenovo, et cette fiche, personne ne l'a montrée. Autrement dit, la marque prouve la réservation du mot, pas l'étiquette finale du système. Enfin, j'ai cherché un dépôt « Aluminium OS » et un dépôt « Googlebook OS » séparés. Je n'en trouve aucun. Un mot, une fois, pour tout.
Une fiche Lenovo, le même soir
Passons à la seconde pièce, car elle est arrivée le jour même de ma publication. Le 11 septembre, The Mac Observer affirme détenir la fiche produit du Lenovo Googlebook 15, référence GB 15IPH12. Il en publie les caractéristiques. Dans son tableau, une ligne : « OS | Googlebook OS ». Dans le corps, la même chose en toutes lettres : la machine tournerait sous « an operating system simply called Googlebook OS », un système simplement appelé Googlebook OS.
Toutefois, réserve immédiate, et elle est lourde. Personne n'a montré ce document. Aucune capture de la ligne, aucune page, rien. Une seule rédaction dit l'avoir lu. C'est exactement la figure que je te décris depuis des semaines sur ce dossier : celui qui affirme avoir ouvert la pièce est celui qui ne la montre pas. Néanmoins, regarde ce qui s'est passé ensuite, parce que c'est instructif. À 15 h 10 temps universel, 9to5Google relaie la fiche. Il en tire un titre sur la reconnaissance faciale. Il ne voit pas la ligne du système. À 18 h 48, Android Authority la rapporte, sans une seule réserve. À 19 h 56, Chrome Unboxed en fait son titre, mais renvoie vers la page d'accueil du confrère et non vers l'article. Quatre heures quarante-six entre le premier relais et le premier titre. Le fait le plus attendu du dossier a mis une demi-journée à être repéré par ceux qui tenaient le document.
Deux constructeurs, deux champs, deux réponses
J'arrive maintenant au point qui me gêne le plus, parce qu'il touche ma propre démonstration d'hier. Dans mon papier d'hier, la pièce la plus forte n'était pas la catégorie du blog ni le portail développeurs. C'était Energy Star. Un constructeur, HP, déclare son Googlebook, et le champ système d'exploitation porte la mention Android. Je t'avais donné la réserve qui allait avec : personne n'avait lu cette fiche directement, elle circulait de blog en blog depuis une seule lecture.
Cette réserve, je la lève. J'ai ouvert la fiche. Certification Energy Star numéro 4 672 974, partenaire HP Inc., modèle 14c-cf, certifiée le 15 juillet 2026, mise à jour le 11 septembre. Le champ s'appelle operating_system_name. Sa valeur, mot pour mot : « Android OS6 ».
La fiche confirme au passage tout ce que le dossier avançait de seconde main, et que je reprenais sans l'avoir vérifié : processeur Qualcomm Snapdragon X1E80100, douze cœurs à 3,4 GHz, 32 Go de mémoire, dalle tactile de 14 pouces à 5,18 mégapixels, batterie de 68 Wh, chargeur de 65 W.
Alors mets les deux documents côte à côte. Chez HP, un champ système qui porte « Android OS », et je l'ai lu. Chez Lenovo, un champ système qui porterait « Googlebook OS », et personne ne l'a montré. Deux constructeurs du même programme, deux réponses différentes, et un seul des deux documents vérifiable. De deux choses l'une. Soit la lecture de la fiche Lenovo est fausse. Soit les constructeurs ne remplissent pas ce champ de la même manière, l'un déclarant la famille technique et l'autre le nom commercial. Franchement, la seconde hypothèse me paraît la plus probable. Or si elle est juste, elle explique tout, y compris mon erreur d'hier.
Note l'ironie pour finir, parce qu'elle boucle le papier. HP écrit dans un document officiel un nom que Google n'a jamais déposé. Aucune marque « Android OS » n'existe, chez personne. Pendant ce temps, le mot que Google a effectivement enregistré dans dix-huit territoires, lui, n'apparaît dans aucune fiche réglementaire.
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Pourquoi je n'avais pas tort sur le mécanisme
Voilà pour les faits. Maintenant, parlons de ce qui reste debout, parce qu'il en reste beaucoup. Le rangement est Android. Le billet fondateur est publié dans la catégorie Android, pas ChromeOS. La documentation développeurs est hébergée chez Android Developers. L'annonce de recrutement écrit « Aluminium (e.g., Android) platforms ». Le site officiel réclame un téléphone sous Android 17. MediaTek, partenaire de la première vague, écrit dans son propre billet que la machine est « built on part of the Android tech stack », bâtie sur une partie de la pile technique Android. Rien de tout cela ne bouge d'un millimètre.
Et ma lecture de la déclaration de Peter Du tient toujours. Google a écarté une chose et une seule, son propre nom de code. Toute la presse en a déduit qu'un mot inconnu allait sortir. Ce n'était pas la même phrase, et ça ne l'est toujours pas. Surtout, regarde ce que forme l'ensemble. Une machine appelée Googlebook. Un système pour lequel le même mot est réservé. Le tout bâti sur la pile Android. Autrement dit, une vitrine de marque posée au-dessus d'une base partagée. Je te décrivais hier le dispositif à deux étages du Nexus, et je te disais qu'il n'avait jamais cessé de tourner. Eh bien le voilà. Même architecture, même logique, même partage entre la façade et les fondations. J'avais donc vu juste sur le mécanisme. J'ai simplement parié sur le mauvais étage.
Ce qui change, et ce qui ne change pas
Terminons par l'argument européen, puisqu'il ne perd rien. Au contraire. Je t'expliquais que la seule bonne raison de ne pas réutiliser le mot Android était juridique. Alphabet est désigné contrôleur d'accès au titre de « Google Android », que la Commission qualifie de système d'exploitation mobile. Coller ce nom sur des ordinateurs, c'était inviter Bruxelles à se demander où s'arrête le mobile. Et la Cour de justice a définitivement confirmé l'amende de 4,125 milliards d'euros le 2 juillet dernier.
Si Google baptise finalement son système du nom de sa machine, cet argument ne s'affaiblit pas. Il devient l'explication. Car aucune raison de marketing ne justifiait d'abandonner le nom le plus connu de la planète. Une raison d'avocat, si. Reste que je ne vais pas remplacer un pronostic par un autre. Un dépôt de marque n'est pas une annonce, une fiche fuitée n'est pas un communiqué, et Google n'a toujours rien publié. Le mot officiel viendra de Mountain View, ou il ne viendra pas. Est-ce à dire que le système s'appellera Googlebook OS ? Je n'en sais rien, et le registre non plus : ces deux lettres n'y figurent nulle part. Ce que la maison a payé, c'est le droit d'appeler un système d'exploitation « Googlebook ». Et elle l'a fait pendant que nous cherchions des noms de métaux.
Notes de bas de page :
- La classe 9 de la classification de Nice regroupe les appareils et instruments scientifiques, dont le matériel informatique et les logiciels. C'est la classe dans laquelle se déposent les marques de systèmes d'exploitation. ↩︎
- Le terme « recorded » désigne, dans le vocabulaire des offices de marques, un logiciel fourni sur support ou préinstallé, par opposition au logiciel fourni en ligne comme service. ↩︎
- Le dossier de l'office américain écrit le pays en toutes lettres, Tonga, sous les numéros TO/M/2026/05069 et TO/M/2026/05092, et le registre international de l'OMPI porte les deux mêmes revendications de priorité. Attention au code à deux lettres que l'on croise ailleurs : TO désigne les Tonga, et TT Trinité-et-Tobago. Le registre tongien, lui, n'est pas consultable en ligne : une recherche s'y demande au greffe et prend une quinzaine de jours. ↩︎
- La demande est déposée sur deux fondements cumulés, que le formulaire nomme explicitement. La section 1(b), dite intention d'usage, permet de déposer avant toute commercialisation, mais oblige à déclarer une intention réelle et sérieuse d'exploiter la marque, puis à prouver l'usage effectif avant l'enregistrement définitif. La section 44(d) permet de revendiquer la priorité d'un dépôt étranger antérieur, donc de faire remonter la date des droits américains à celle du dépôt tongien correspondant. ↩︎
- Les sept marques relevées, avec leur numéro de série, pour vérification sur TSDR : 85463562 CHROMEBOOK, éteinte, libellé logiciel ; 85984343 CHROMEBOOK, vivante, enregistrement 5469871, libellé matériel ; 85984216 et 85856307 CHROMEBOOK PIXEL, éteintes ; 85856305 GOOGLE CHROMEBOOK PIXEL, éteinte ; 88391717 WORKS WITH CHROMEBOOK, éteinte ; 90492367 WORKS WITH CHROMEBOOK, vivante, enregistrement 7208098, libellé accessoires. Toutes au nom de Google LLC. « Éteinte » traduit le statut « Dead » de l'office, qui recouvre aussi bien l'abandon que la radiation et ne distingue pas les deux dans l'export. ↩︎
- Fiche ENERGY STAR Certified Computers V9.0, certification numéro 4 672 974, partenaire HP Inc., modèle 14c-cf, certifiée le 15/07/2026 et mise à jour le 11/09/2026. Le champ
operating_system_namey porte « Android OS ». La fiche indique aussiinstalled_npu : No, ce qui surprend pour une puce à NPU intégré : il s'agit d'un champ au sens défini par le référentiel Energy Star, pas d'un démenti sur l'existence du NPU. À ne pas sur-interpréter. ↩︎
Sources pour aller plus loin :
- Le dossier officiel de la marque GOOGLEBOOK, à ouvrir avec le numéro 99859431
- La même demande, en lecture rapide, sur un répertoire juridique
- Le billet fondateur du Googlebook, signé Alex Kuscher, rangé chez Android
- MediaTek : « bâti sur une partie de la pile technique Android »
- The Mac Observer : la fiche produit Lenovo d'où sort « Googlebook OS »
- 9to5Google : le premier relais, qui n'a pas relevé la ligne
- Android Authority : « Googlebook OS as its operating system »
- Chrome Unboxed : le titre, quatre heures plus tard
- La fiche ENERGY STAR du Googlebook de HP, certification 4 672 974
- Google : l'engagement écrit de mai sur la transition des Chromebook
Questions fréquentes
Google a-t-il déposé le nom de l'OS du Googlebook ?
Google LLC a déposé la marque GOOGLEBOOK auprès de l'office américain des marques le 2 juin 2026, sous le numéro de série 99859431, en classe internationale 9. Le libellé des produits couverts mentionne explicitement « recorded computer operating software », soit du logiciel de système d'exploitation enregistré. Le mot est donc réservé pour la machine et pour le système. Attention toutefois : un dépôt réserve un mot pour un usage, il n'annonce pas le nom commercial définitif d'un produit.
Le système s'appellera-t-il Googlebook OS ?
Rien ne permet de l'affirmer. Le registre ne contient nulle part la chaîne « Googlebook OS » : il porte le mot GOOGLEBOOK seul, associé à une catégorie de produits qui inclut du logiciel de système d'exploitation. Le suffixe « OS » ne vient que d'une fiche produit Lenovo rapportée par The Mac Observer le 11 septembre 2026, fiche que personne n'a publiée. Google n'a toujours rien annoncé officiellement.
Le Googlebook sera-t-il vendu en France ?
L'enregistrement international 1927803 désigne dix-huit territoires, Union européenne comprise, mais une désignation de marque protège un mot, elle n'annonce pas un calendrier commercial : la Russie figure aussi dans la liste. Le seul document produit qui parle de marchés est la fiche Energy Star du Googlebook de HP, certification 4 672 974, qui vise les États-Unis, le Japon, le Canada, Taïwan et la Suisse. Ni l'Union européenne, ni la France.
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