Il y a quelques semaines, lors d’une discussion avec une personne se disant experte de l’Internet et du Web (aie, aie…), celle-ci m’affirmait que l’Internet était voué à disparaître à cause de l’IA. C’était comme si l’on déclarait que les contenants (bouteilles et autres) allaient disparaître, ne laissant aucune possibilité au contenu d’être transporté. Car c’est un peu cela le paradoxe, on parle de l’Internet pour dire qu’on a consulté des sites Web. Et pourtant ce sont deux mondes différents. Si le réseau des réseaux a été créé dans les années soixante-dix dans une optique de communications militaires, le Web a vu le jour suite à un acte de désespoir. À partir de ce jour-là, l’histoire de la communication allait basculer dans un autre espace-temps : celui de l’instantanéité.
Dans le pays du fromage à trous
C’est en Suisse, plus exactement au CERN (Organisation Européenne pour la Recherche Nucléaire), que furent créés à la fin des années quatre-vingt le Web et le protocole HTTP. Et tout cela, on le doit à l’ingénieur britannique Tim Berners-Lee. C’est lui qui, voyant l’impossible communication entre différents ordinateurs et le « bazar » monstre que cela entraînait, a posé les fondations de notre univers numérique.
Il faut bien comprendre que le CERN est le carrefour de milliers de chercheurs internationaux. Les informations vitales étaient dispersées sur une myriade de systèmes informatiques incompatibles entre eux (Unix, Macintosh, Vax, etc.). Chaque chercheur amenait son ordinateur et, pour trouver ne serait-ce qu’une information, il fallait parfois apprendre le fonctionnement d’un OS pour ne consulter qu’un fichier. Bref, un bazar sans nom qui faisait perdre du temps à tout le monde. Cela s’apparentait à un parcours du combattant, et les systèmes de classification, reposant sur des systèmes rigides (arborescences hiérarchiques ou mots-clés), étaient inadaptés pour ne serait-ce que cartographier les relations complexes et fluides entre les projets et les équipes.
Autour de la machine à café
C’était donc un bazar sans nom où, pour trouver une information, il était conseillé de connaître toutes les machines à café du CERN. Sachant qu’il en existait un certain nombre, pour trouver le bon distributeur, il fallait déjà connaître le nom du chercheur et de ses assistants afin d’être sûr de ne pas se tromper de couloir ou d’étage.
En 1980, Tim Berners-Lee vint une première fois au CERN. C’est durant cette période qu’il développa un programme rudimentaire nommé ENQUIRES, permettant de lier des fiches d’informations de manière associative (hypertexte). Dès cette date, il créa en quelque sorte les bases du Web. De retour début 1989, le 13 mars de la même année, il présenta un document à son supérieur intitulé « Information Management: A Proposal » (« Gestion de l’information : Une proposition »). Il s’agit en fait d’un projet de gestion des informations générales sur les accélérateurs et les expériences au CERN, basé sur un système hypertexte distribué. L’annotation de son supérieur, qualifiant le projet de « vague mais prometteur« , lui permit de concevoir ce qui allait devenir l’outil de communication le plus utilisé des trente dernières années.

Une aiguille dans une botte de foin
Comme je l’indiquais, c’était un véritable chemin de croix pour le chercheur de trouver ne serait-ce qu’une information. L’idée de Tim Berners-Lee fut de proposer une accessibilité des documents par le biais d’un partage associant l’hypertexte et l’utilisation d’Internet. Car même si le réseau des réseaux permettait déjà l’échange de données (courriers électroniques, échanges de fichiers via FTP), cela demandait une connaissance assez importante des protocoles pour l’utilisation de ces outils. Avec ce que ce chercheur allait proposer, ce n’était qu’une consultation par le biais d’un lien hypertexte. On cliquait, on consultait. Aujourd’hui, même un enfant de deux ans peut comprendre le fonctionnement.
La trinité architecturale du World Wide Web
Tim Berners-Lee a conçu trois piliers technologiques fonctionnant en synergie, qui ont été appelés la « Trinité Architecturale » du World Wide Web.
Tout d’abord, il a créé le langage, plus couramment appelé HTML pour HyperText Markup Language. Car on peut transporter des informations, mais si rien n’en permet l’affichage, cela ne sert à rien. Il s’agissait surtout au début d’afficher des liens hypertextes renvoyant vers un document. Pour cela, il a créé 18 balises qui étaient basées sur le SGML (Standard Generalized Markup Language), une norme reconnue, ce qui lui a conféré crédibilité et fiabilité.
C’est la simplicité radicale et la séparation entre la structure et la présentation qui allaient faire le succès du HTML. Ainsi, qu’il s’agisse d’un ordinateur graphique, d’un terminal en mode ligne ou d’un logiciel de synthèse vocale, tous avaient accès à l’information, menant plus tard à la création des feuilles de style (CSS).
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Soutenir MyChromebook.frC’est avec la balise ancre <a> et son attribut href pour Hypertext Reference qu’a été créé le mécanisme le plus important. Avec lui, la possibilité de créer des liens unidirectionnels sans avoir besoin de l’autorisation du propriétaire.
Le deuxième pilier a bien entendu été le HTTP pour HyperText Transfer Protocol. Avec lui, tout ordinateur devenait à l’époque un point d’entrée vers une information. Aujourd’hui, avec l’importance des pages Web, qu’elles soient publiques ou privées, une majorité d’entre elles sont hébergées sur des serveurs dédiés.
Le troisième et dernier pilier est bien entendu l’URL pour Uniform Resource Locator. C’est elle qui fournit l’adressage unifié pour toutes les ressources d’un réseau privé ou public. Avec sa structure cohérente (protocole://serveur/chemin), on est assuré de retrouver tout fichier à partir du moment où l’on connaît son URL.

Ensuite, tout a été très vite
La suite est une histoire qui s’est emballée avec, en 1993, la mise dans le domaine public par le CERN de cette invention. A suivi le premier navigateur Web nommé Mosaic qui assurait l’intégration des images via l’élément <img>. Mais surtout l’introduction des formulaires interactifs, ouvrant la porte au commerce électronique. On voit donc qu’en l’espace d’une trentaine d’années, ce qui n’était qu’une idée de classement et d’accès à des documents est devenu une architecture utilisée par plus de six milliards de personnes.
Quand le web fut créé sur un acte de désespoir
Mais cette invention, car il s’agit bien de cela, est bien plus qu’une volonté de rendre accessible à tous l’information, quel que soit l’ordinateur sur lequel on la consulte. C’est surtout un dispositif de création sociale. Il a remodelé nos interactions, notre culture et notre société. Si sa création repose sur des innovations techniques, sa finalité et son évolution ont été profondément sociales.
Le Web a permis d’avoir une information partagée et, en même temps, de créer des communautés, donc des liens sociaux. Il est rapidement devenu un espace où les utilisateurs ont pu échanger, mais également consommer du contenu, en produire et interagir les uns avec les autres. On a ainsi vu la création de communautés virtuelles, ainsi que des réseaux sociaux et de l’intelligence collective. Et cela a touché toutes les sphères de la société. En effet, n’importe qui peut discuter avec n’importe qui, qu’il habite au bout de la rue ou à l’autre bout du monde.
C’est un sacré bordel mon général ! Et bien soldat créez le #web et tout ira mieux !! #Internet
Le World Wide Web est plus qu’un outil ; il a enlevé toutes les barrières sociales, culturelles, ethniques et religieuses. Et quoi qu’on dise et quoi qu’on pense le Web n’est pas mort, bien au contraire. Il va assurément s’adapter avec l’IA. Et on peut lui adjoindre une numérotation pour définir telle ou telle époque, il a été conçu pour et par l’interaction humaine, et les comportements qui émergent en ligne ont des répercussions directes sur le monde hors ligne.
Quatre question/réponses qui sont sans URL
- Question : Qui est considéré comme le créateur du World Wide Web ?
Réponse : Tim Berners-Lee. - Question : Où le Web a-t-il été créé ?
Réponse : Au CERN, en Suisse. - Question : Quels sont les trois piliers technologiques du World Wide Web ?
Réponse : HTML, HTTP et URL. - Question : En quelle année le CERN a-t-il mis l’invention du Web dans le domaine public ?
Réponse : En 1993.



