C’était il y a 15 ans. Plus exactement le 15 juin 2011. Le premier Chromebook Samsung Series 5 était mis en vente. Au prix d’environ 429 $ (Wi-Fi) et 499 $ (3G). Beaucoup de journalistes tech avaient hurlé au scandale en disant : « C’est beaucoup trop cher pour un simple navigateur Web dans une boîte en plastique ! » Quinze ans plus tard, l’histoire leur a donné tort. Avant la fin de l’année un nouvel ordinateur avec un nouvel OS arrive. Son nom ? Googlebook. Ce n’est pas un Chromebook et encore moins un Chromebook Plus. C’est l’aboutissement de 15 ans de recherche, de développement, d’expertise également ou le Chromebook a été le banc d’essai secret du futur Googlebook.
En résumé :
Après quinze années d’évolutions incrémentales ayant transformé un simple navigateur web en un écosystème mature intégrant Android, Linux et l’intelligence artificielle Gemini, le Chromebook cède la place au Googlebook, marquant l’aboutissement de la stratégie matérielle de Google.
Des versions à la pelle
Cent cinquante. Ce chiffre c’est le nombre de versions de ChromeOS que nous a proposé Google jusqu’à présent. Cela donne 10 versions différentes chaque année. Dix itérations, ou les développeurs et donc Google remettait chaque fois en jeu leurs métiers. Et par là même le Chromebook. Chaque jalon depuis la sortie en 2011, rapprochait la machine de sa forme finale. Et pour bien comprendre son avancée, en voici quelques uns.
Tout d’abord en 2012 (version 19-20) avec l’arrivée du bureau “Aura”. Il s’agit d’un gestionnaire de fenêtres avec une barre des tâches (l’étagère) et un fond d’écran. C’est aussi l’intégration native de Google Drive dans l’application Fichiers.
En 2016, c’est la première pierre vers le Googlebook avec l’arrivée d’Android (version 50-53). Du jour au lendemain, des millions d’applications Android (Word, Lightroom, des jeux) deviennent compatibles avec le clavier et la souris. La version 50 pose aussi les bases graphiques du Material Design.
L’année 2018 voit l’ouverture du Chromebook aux développeurs Linux avec le déploiement du projet Crostini. (version 69-70). Les utilisateurs avancés et les développeurs peuvent désormais installer des logiciels PC lourds comme VS Code, GIMP, ou LibreOffice en ligne de commande.
Avec les versions 89 à 100 en 2021 et 2022, est mis en place Phone Hub. C’est la synchronisation parfaite avec les smartphones Android : SMS, photos récentes, partage de connexion en un clic. Le système est alors si stable que Google lance ChromeOS Flex pour convertir les vieux PC et Mac poussifs en (presque) Chromebook.
La version 130 et plus depuis l’année 2024 a été la dernière transition vers le Googlebook avec l’injection massive de Gemini dans les Chromebook Plus. Les mises à jour apportent des fonctionnalités exclusives : Help me read (synthèse de textes à l’écran par IA), l’application Recorder boostée à l’IA (transcription audio et résumés automatiques), le Studio-style mic pour les visios et le bouton Quick Insert.
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Soutenir MyChromebook.frToutes ces améliorations, et il y en a eu bien d’autres, n’avaient au fond qu’un seul but : tester en grandeur réelle auprès des 2 % de parts de marché mondiales, le futur système d’exploitation que nous, utilisateurs de ces ordinateurs, avons vu se créer sous notre clavier. Et qui sera désormais présent sur le Googlebook. Petite aparté, en 2009 Sergey Brin, cofondateur de Google, déclarait « Android et Chrome convergeront probablement à terme « . Propos validé par Sundar Pichai, alors vice-président de la gestion des produits chez Google, qui déclarait « nous assistons à une convergence de tendances exceptionnelle : les ordinateurs se comportent de plus en plus comme des appareils mobiles, et les téléphones comme de petits ordinateurs »
Du produit à la marque : la stratégie de Googlebook face au Macbook et à la Surface
Justement, le nom même de ce futur ordinateur est révélateur. Car à l’inverse de constructeurs comme Microsoft ou Apple, qui effacent leur nom derrière des marques comme Surface ou Mac, Google applique la stratégie de la marque caution directe. Tout doit être frappé du nom du créateur pour centraliser la confiance du consommateur et unifier l’écosystème. C’est ainsi que nous avons vu naître :
- Google Pixel (smartphones, tablettes, montres)
- Google TV et Google Nest
- Et donc, en toute logique : le Googlebook
Pour Google, inclure son nom dans les produits matériels qu’elle propose est devenu une nécessité, et ce pour deux raisons stratégiques.
Tout d’abord, il s’agit d’asseoir définitivement sa légitimité matérielle. Contrairement à Apple qui a toujours été un constructeur de hardware, Google reste encore pour beaucoup indissociable de son moteur de recherche. Ne dit-on pas d’ailleurs « je vais googliser » dès que l’on fait une recherche sur le web ? Apposer son propre nom sur des machines, c’est imposer dans l’esprit du grand public que Google conçoit et fabrique des smartphones, mais aussi des ordinateurs de premier plan.
Ensuite, c’est une question d’évolution technologique. Jusqu’au moment où la firme a présenté le Googlebook, le Chromebook (et sa déclinaison Plus) restait intrinsèquement associé au navigateur Google Chrome. Or, en 2026, la réalité est tout autre. L’ordinateur actuel de Google fait tourner des applications Android, des conteneurs Linux, mais il est surtout propulsé par l’IA Gemini. Dès lors, le terme de « Chromebook » était devenu beaucoup trop restrictif. En imposant le nom de Googlebook, la firme de Mountain View démontre toute la technicité de sa machine et, surtout, elle émancipe l’ordinateur du simple navigateur maison qui en était, jusqu’à présent, le point central.
À partir de là, Google peut enfin jouer à armes égales avec Apple et Microsoft. Mieux encore, elle dispose d’un atout maître dans sa manche : Google Gemini. Une intelligence artificielle si puissante que même Apple a fini par devoir l’intégrer dans ses propres ordinateurs, tablettes et smartphones. La boucle est bouclée, et le laboratoire Chromebook a brillamment rempli sa mission. Il ne reste plus désormais qu’à patienter jusqu’à la sortie officielle du Googlebook. Mais, après tout, peut-être que ce dernier n’est lui aussi qu’un nouveau produit de test pour un ordinateur futur encore plus étonnant ? Pourquoi pas !
PS : Cet article est né d’une discussion ou le réseau téléphonique faisait des siennes, avec @Nicolas. J’ai essayé de gardé l’esprit même de notre échange.




