Le prix de la mémoire empêche les Chromebook abordables

Lecture : 15 minutes
Prix de la mémoire : les Chromebook que tu ne verras jamais
Prix de la mémoire : les Chromebook que tu ne verras jamais
Sommaire

Le 26 décembre 2025, tu digérais. Moi aussi. On faisait des bulles. Même jour. À l’autre bout du monde. Un journal économique coréen, lui, travaillait. Il a publié trois lignes que personne n’a lues. Lenovo et HP pourraient repousser le lancement de nouveaux ordinateurs portables. Pas des téléphones. Des ordinateurs. Motif : le prix de la mémoire. C’était il y a huit mois. Tu as dû oublier. Pourtant, c’était important. Alors je vais t’apprendre quelque chose. Huit mois, c’est le temps qu’il faut pour qu’un avertissement devienne un trou dans un tableau. Le tableau vient de sortir. Il n’est pas beau. Pire, tu risques de ne pas faire de bulles le 26 décembre prochain. Pourquoi ? Un hoquet persistant.

Le 26 décembre, pendant que tu digérais

Reprenons dans l’ordre. Fin 2025, la barrette de mémoire DDR51 s’envole. Les analystes annoncent 45 % de hausse en plus sur 2026. Quarante-cinq. En plus. C’est beaucoup. Trop même. Car sur une machine, mémoire et stockage montent jusqu’à 23 % du coût total. Presque un quart. Pour deux composants que tu ne regardes jamais sur une fiche produit. D’ailleurs, personne ne compare deux ordinateurs sur leur DRAM. Personne. Chosun Biz écrit alors que Lenovo et HP pourraient retarder des expéditions. Attention au sens exact. Il ne s’agit pas d’expédier moins d’exemplaires des machines déjà en rayon. En fait, il s’agit de repousser l’arrivée des nouvelles. Nuance ? Non. Tout le sujet est là. Le constructeur préfère décaler la génération qui coûte cher plutôt que d’augmenter le prix affiché de celle qui se vend. Résultat : tu ne vois rien. C’est fait pour.

En parallèle, un autre rapport décrit ces mêmes constructeurs en train de réserver de la mémoire chez les fournisseurs. Autrement dit : ils font des stocks. Comme le papier toilette en mars 2020. Sauf qu’eux savent compter. Et qu’ils ont commencé avant toi. Deux précisions d’honnêteté, tant qu’on y est. D’abord, la dépêche coréenne ne prononce jamais le mot Chromebook. Elle parle d’ordinateurs portables, toutes marques et tous systèmes confondus. Ensuite, passer de l’un à l’autre est une déduction. La mienne. Elle ne tient que grâce aux chiffres qui arrivent maintenant. Tu jugeras. Personne n’a fait le lien à l’époque. D’abord, il faut dire que le sujet est ingrat. Ensuite, un prix de composant, ça n’excite pas les foules. Un Chromebook non plus, d’ailleurs. Comme le prix du papier toilette, quand il est en rayon. Pénurie et hop. De léger son prix devient très lourd.

Huit mois plus tard, le trou se voit

Le cabinet Omdia2 a compté le marché du Chromebook au deuxième trimestre 2026. Assieds-toi. Le voilà, le tableau.

Livraisons mondiales de Chromebook, deuxieme trimestre 2025 contre deuxieme trimestre 2026. Chiffres exprimes en MILLIERS d’unites : 1 814 se lit 1 814 000 machines.

Constructeur2e trimestre 2025
en milliers d’unité
2e trimestre 2026
en milliers d’unité
Variation sur un an
Lenovo1 8141 760– 3%
Acer1 2291 180– 4%
HP1 3221 150– 13%
ASUS421749– 66%
Dell877465– 47%
Total des cinq5 693 millions5 304 millions– 6,8%
Source : Omdia, livraisons Chromebook du deuxieme trimestre 2026. Les volumes 2025 sont reconstitues a partir des variations annuelles publiees.

Lenovo recule. Puis Acer. Ensuite HP, trois fois plus fort. Enfin Dell, qui s’effondre. Et ASUS ? ASUS progresse de 66 %. Sa part parmi les cinq premiers passe de 8 à 14 %. Elle a presque doublé. Et ce, sur un marché qui se contracte. Relis cette ligne.

-47%

La descente au enfer pour Dell

Alors oui, tu peux te dire que c’est une mauvaise année. Un trimestre creux. Ça arrive. Sauf qu’Omdia chiffre aussi la cause. Le coût mémoire a pris 90 à 165 dollars par appareil depuis début 2025. Sur une machine scolaire à 250 dollars, ça fait 36 % du prix. Trente-six pour cent. Sur du matériel vendu à des établissements qui négocient au centime. Cela devient lourd. Très lourd. Ajoute le contexte, d’ailleurs, il est cruel. Ces machines partent en marchés publics. Des appels d’offres. Des budgets votés un an à l’avance, au centime près. Un acheteur d’académie ne peut pas encaisser une hausse en cours d’exercice. Il ne renégocie pas. Il commande moins. Ou il ne commande pas.

Mauvaise année ? Non. Arithmétique.

On ne t’annoncera jamais l’annulation

Et c’est là que ça devient sale. Cherche un communiqué annonçant l’abandon d’un Chromebook. Cherche bien. Prends ton temps. Bref, tu ne trouveras rien. Normal. On n’annonce pas la mort d’un produit qui n’a jamais eu de nom public. En effet, une machine se conçoit dix-huit mois avant sa sortie. Elle a un nom de code. Puis une carte. Ensuite une fiche technique interne. Enfin un budget. Puis un matin, en réunion, quelqu’un refait le calcul avec la nouvelle grille de prix de la RAM. Et la ligne saute. Sans conférence de presse. Sans regret. Surtout, sans toi.

Le mot officiel, c’est « retard ». C’est plus poli. C’est surtout réversible sur le papier, donc ça n’engage personne. Un produit retardé indéfiniment s’appelle un produit annulé. Le service communication n’est simplement pas payé pour te le dire. Ainsi, la disparition ne se voit nulle part. Nulle part ? Si. Dans une colonne de chiffres de livraison. Publiée huit mois plus tard. Par un cabinet d’études que tu ne lis pas. Bienvenue.

Le plancher qui est devenu un plafond

Ajoutons une couche, elle est savoureuse. En mai dernier, à Google I/O, John Maletis annonce des « spécifications strictes » imposées aux cinq partenaires de la future gamme Googlebook. Processeur, mémoire, stockage, clavier. Un minimum pour tout le monde. Fini les machines à 4 Go vendues comme des ordinateurs. Sur le principe, très bien.

Sur le principe. Mais…

Parce qu’un plancher de spécifications3 fixé avant la crise devient un plancher de coût après. Par conséquent, le constructeur ne peut plus descendre. Il ne peut plus rogner. Il ne peut plus tricher. Trois portes lui restent, et elles sont toutes moches. D’abord, repousser la machine. Ensuite, la remonter en gamme. Ou enfin, rester sur l’ancien ChromeOS et laisser tomber le programme. Regarde à nouveau le tableau. Quatre reculent. En revanche, un explose. Cinq constructeurs, mêmes contraintes, mêmes fournisseurs, mêmes règles. Résultats opposés. Ce n’est donc pas Google qui arbitre là. Ce sont eux. Chacun dans son coin. Surtout, chacun avec sa calculette. Et je suis sûr que les boutons sont usés.

Un patron l’a déjà dit tout haut

Trois portes, donc. Cependant, l’un des cinq a déjà choisi la sienne. Et il l’a annoncé sans se cacher. Le 22 mai, en présentant ses résultats annuels, le PDG de Lenovo Yang Yuanqing lâche une phrase que personne n’a reprise en français. « Nous avons déplacé notre gamme vers le premium pour améliorer le revenu moyen par appareil. » Voilà. C’est écrit. Ce n’est ni une fuite, ni une rumeur, ni une déduction de journaliste en mal de titre. C’est un dirigeant qui explique à ses actionnaires qu’il quitte le bas du marché. Et qui trouve ça très bien.

Un contenu de qualité, sans publicité.

Vous aimez notre travail ? Soutenez notre indépendance en devenant membre sur Patreon.

Soutenir MyChromebook.fr

Résultat immédiat : livraisons de PC en hausse de 20 %, part mondiale approchant le quart du marché, bénéfice d’exploitation en hausse de plus de 20 %. Bref, belle année. Champagne. Et son Chromebook, pendant ce temps ? En recul. En effet, ce n’est pas contradictoire. C’est la même décision vue des deux côtés. Autrement dit, tu montes en gamme, tu gagnes de l’argent, et la machine à 250 euros de ton catalogue passe à la trappe. Personne n’a menti. Personne n’a rien annoncé non plus. On appelle ça une stratégie. Une copie conforme à celle de Google.

Le téléphone pas cher crève exactement pareil

J’allais t’écrire que le téléphone, lui, était rogné par le haut. Certes, ça faisait une jolie symétrie. Ça faisait surtout un joli contresens. C’est ce que suggérait la fuite du week-end. Xiaomi annulerait le modèle Ultra de sa prochaine génération. Les Ultra d’Oppo et de Vivo resteraient réservés à la Chine. Fuite, source unique, informateur au crédit non établi. Je te le dis parce que d’autres ne te le diront pas.

Sauf que c’est l’arbre. Regarde la forêt. Ainsi, le même cabinet Omdia, celui qui a compté les Chromebook, a compté les téléphones en juillet. Sur un mobile vendu sous 400 dollars, la mémoire pèse près de 60 % du coût de fabrication. Oui, 60 %. De plus, sous 99 dollars, elle grimpe jusqu’à 64 %. Soit les deux tiers de l’appareil. Pour de la mémoire. Et les ventes de ce segment sont attendues en baisse de 22 % sur l’année.

Par ailleurs, le rapport emploie une formule que j’aurais aimé inventer : une retraite tactique du bas de marché. Tactique. Certes. Ils sont polis, chez Omdia. Donc non, pas deux mécaniques opposées. La même. Au même endroit. En outre, sur deux marchés à la fois. Le téléphone pas cher et le Chromebook pas cher crèvent ensemble, du même mal, mesurés par le même cabinet. Le reste est de la décoration.

Et Google ? Google promet dix ans de mises à jour. Google jure que le Chromebook reste « un investissement fiable à long terme ». Sur l’entrée de gamme, en revanche, aucun engagement chiffré. Aucune date. Juste un « le moment venu ». Toutefois, on te promet dix ans. Sur quoi, exactement ? Silence. Le flou est toujours exactement là où l’engagement coûterait cher. Tiens donc.

Pourquoi ASUS rigole

Reste l’anomalie. Pourquoi un seul double sa part pendant que les autres saignent ? Même catalogue. Mêmes puces. Mêmes usines, parfois. Pas mieux que les autres « copains ». Et pourtant, un écart de plus de cent points entre le premier et le dernier. Hypothèse, donc, et je la donne pour ce qu’elle est. Fin 2025, certains fabricants réservaient de la mémoire. Celui qui progresse aujourd’hui est peut-être simplement celui qui a signé le plus tôt. Au bon prix. Surtout, avant les autres.

Autrement dit : la meilleure innovation de l’année dans le Chromebook ne serait ni un écran, ni une puce, ni une IA. Ce serait un bon de commande. Signé en novembre. Par un type dont tu ne connaîtras jamais le nom. En revanche, une chose est sûre. Sur ce marché, la performance ne se joue plus dans le laboratoire. Elle se joue au service achats. Celui dont personne ne parle. Celui qu’on ne montre jamais dans les vidéos de lancement. Qui ne monte jamais sur la scène. Et pourtant, il est le plus important.

Ce n’est pas vérifié. Si quelqu’un a le contrat, je suis preneur.

Rendez-vous à Berlin

Enfin, je pose la prédiction. Et je la date. Ainsi, tu pourras me la ressortir dans la figure. L’IFA se tient à Berlin du 4 au 8 septembre. Les cinq partenaires y exposent. Si tu n’y vois que du premium et rien sous les 500 euros, alors les machines d’entrée de gamme prévues pour fin 2026 et 2027 ne sortiront pas. Et je te l’aurai dit ici. Si au contraire un modèle abordable apparaît avec un prix ferme, j’aurai eu tort. Je l’écrirai aussi, même taille de police. C’est le deal.

Une dernière chose. Le 28 juillet, je t’ai conseillé d’acheter ton Chromebook Plus tout de suite. Certains ont trouvé que j’en faisais un peu trop. Certains. D’ailleurs, ils se reconnaîtront. J’avais en mémoire ces trois lignes datant de huit mois. Trois lignes dans un journal coréen. Un tableau Omdia. Relis la première phrase de cet article. Tu faisais des bulles. Pour confirmer mes propos, va sur le site Amazon.fr. Chaque année à la même époque, les bons prix fleurissent. Les revendeurs se battent. La rentrée, c’est leur trimestre. Cette année, rien. Ou presque. Pareil pour les Chromebook Plus. Même sur les produits d’occasion. Et ce n’est pas le Googlebook, annoncé bien au-dessus de mille euros, qui bloque les remises. Non. Loin de là. Il n’est même pas encore en vente. Les vendeurs savent simplement qu’ils n’ont plus besoin de rabais pour écouler leur stock.

Le hoquet, lui, n’est pas passé. Il ne passera pas avant 2027, si tu écoutes ceux qui fabriquent la mémoire. Alors le 26 décembre prochain, regarde le prix avant de déboucher.

Notes de bas de page :

  1. DDR5 : la génération actuelle de mémoire vive, celle qui équipe les ordinateurs portables et les machines de bureau. Son prix a explosé en 2026, parce que les centres de données consacrés à l’IA en absorbent une part massive. ↩︎
  2. Omdia : cabinet d’études de marché rattaché au groupe Informa. Il mesure les volumes de livraison trimestriels par constructeur, c’est-à-dire ce que les fabricants expédient réellement, et non ce qu’ils annoncent. ↩︎

Questions fréquentes

Pourquoi le prix de la mémoire fait-il disparaître des Chromebook ?

Parce que la mémoire et le stockage représentent jusqu’à 23 % du coût d’une machine, et que le surcoût atteint 90 à 165 dollars par appareil depuis début 2025. Sur un Chromebook scolaire à 250 dollars, cela représente 36 % du prix. Le constructeur ne peut ni l’absorber ni le répercuter sur un marché qui négocie au centime. Il repousse donc le lancement de la génération suivante, sans jamais l’annoncer.

Quels constructeurs de Chromebook reculent le plus en 2026 ?

Selon Omdia, au deuxième trimestre 2026, Dell perd 47 % de son volume sur un an, HP 13 %, Acer 4 % et Lenovo 3 %. Seul ASUS progresse, de 66 %, et sa part parmi les cinq premiers passe de 8 à 14 %. Les cinq réunis reculent de 6,8 %, de 5,69 à 5,30 millions d’unités.

Le Googlebook va-t-il remplacer les Chromebook d’entrée de gamme ?

Rien ne le garantit à ce jour. Google impose à ses cinq partenaires des spécifications strictes sur le processeur, la mémoire, le stockage et le clavier, ce qui fixe un plancher de coût au moment où les composants renchérissent. Le lancement est positionné en haut de gamme, et le premier modèle relevé chez les revendeurs français dépasse 1 100 euros. Le rendez-vous à surveiller est l’IFA de Berlin, du 4 au 8 septembre.

NOUVEL ÉPISODE

CKB SHOW : Le Podcast

Rejoignez-nous chaque semaine pour décortiquer l'actualité Google, les dernières sorties Chromebook et les innovations en matière d'IA.

Avatar de l'auteur

À propos de Mister Robot

Entre un point X et un point Y, je me balade pas mal par l'entremise des bits composant ma mémoire. Un seul regret : ne pas avoir rencontré Mr Alan Mathison Turing et ainsi pouvoir collaborer pour l'article intitulé « Computing Machinery and Intelligence ».

Laisser un commentaire

À lire aussi