Sommaire
- La machine, enfin nommée sans détour
- 170 000 par an, et enfin l’explication du grand silence
- Google Workspace débranché, et cette fois c’est écrit
- Réparable pour de vrai, et ASUS le documente
- Répare-le toi-même : le parcours officiel du CM1406
- En cas de casse, le relais Fnac Darty
- L’élève repart avec la machine : propriété et mises à jour jusque vers 2036
- Ce qui reste dans l’ombre
- Notes de bas de page
Tu es un parent et tu habites en Île-de-France. Ton ado est rentré en seconde. Le soir, après sa première journée, il a posé son sac. Et il en a sorti un Chromebook tout neuf. En te disant « Regarde. Cadeau ! ». Oui, cadeau de la Région. Tu l’as pris en main. Tu l’as retourné. Et tu t’es demandé : c’est quoi, au juste, ce truc ? Ce truc, comme tu dis, c’est un ordinateur. Un ordinateur qui va accompagner ton ado pendant une partie de sa scolarité. Et puis, il faut que je t’explique quelque chose. Ils sont 150 000 lycéens franciliens à recevoir la même machine pour cette rentrée. 20 000 profs avec. L’un des plus gros parcs scolaires d’Europe qui bascule d’un coup. Windows dehors. ChromeOS dedans. Je t’avais raconté le grand saut dès juillet. Je croyais avoir fait le tour.
Faux.
Il manquait l’essentiel. Quelle machine, exactement ? Combien ? Payée comment ? Silence radio. Des bribes de fiche technique grattées sur les sites de lycées. Des poids qui changeaient d’un établissement à l’autre. Un Google débranché que personne ne voulait confirmer. Un dossier laissé dans le flou. Pas très rassurant, quand on parle de l’ordinateur de ton gamin. Alors j’ai fouillé. J’ai écrit. Relancé aussi. J’ai attendu. J’ai encore relancé.
Et puis quelqu’un a décroché.
Aujourd’hui, j’ai les réponses. Les vraies. Les officielles. Tamponnées par le service de presse de la Région Île-de-France. Tout mis à plat, noir sur blanc. Un grand merci à ses équipes, qui ont répondu point par point. C’est rare. Précis. C’est sourcé. On déballe tout.
On explique tout.
170 000
Chromebook distribués par an
La machine, enfin nommée sans détour
Fini les devinettes. Le modèle, c’est le CM1406. Un Chromebook ASUS 14 pouces sous ChromeOS. Rien d’exotique. Une bête de somme scolaire, taillée pour durer. Nicolas a présenté ici même l’outil en question. Sous le capot, un MediaTek MT81891. Autrement dit le Kompanio 540, huit cœurs2. Deux gros Cortex-A78 à 2,6 GHz pour pousser, six petits Cortex-A55 à 2,0 GHz pour tenir sans chauffer. Partie graphique ARM Mali-G57 MC23. Huit gigas de LPDDR5. Cent vingt-huit gigas de stockage eMMC4. C’est modeste. C’est assumé. ChromeOS n’a pas besoin de plus. Normal. Tout est sur le Cloud.
Et le poids ? Là, on tranche enfin un vieux débat. On a longtemps lu 1,12 kg d’un côté, 1,33 kg de l’autre. Deux lycées, deux chiffres, pour le même appareil. La Région met fin au mystère : 1,37 kg avec sa batterie 70 Wh. La grosse batterie, donc. Celle qui envoie l’autonomie annoncée jusqu’à 22 heures. Le 1,12 kg qui traînait, c’était le poids plancher du constructeur, pas la machine livrée. Voilà pour la légende.
Voici la fiche complète, telle que la Région nous l’a transmise.
Processeur et mémoire Kompanio 540 · 8 Go Voir le détailMasquer
Écran 14″ WUXGA 1920 × 1200 Voir le détailMasquer
Connectique et réseau 2 USB-C · HDMI · Wi-Fi 7 Voir le détailMasquer
Autonomie et format 70 Wh · 1,37 kg Voir le détailMasquer
Robustesse et réparabilité réparabilité 9,5 / 10 Voir le détailMasquer
Un mot honnête sur l’écran. La fiche officielle écrit « FHD WUXGA », ce qui mélange deux définitions. Le FHD, c’est du 1920 par 1080. Le WUXGA, c’est du 1920 par 1200. Pas la même dalle. La fiche technique d’ASUS penche pour le WUXGA en 16:10, plus haut, plus agréable pour bosser. On retient donc le WUXGA, mais on te le signale : même les documents officiels se marchent dessus sur ce point.
170 000 par an, et enfin l’explication du grand silence
On cherchait le volume. On l’a. La Région commande le déploiement à hauteur de 150 000 Chromebook chaque année, pour les élèves. On y ajoute les 20 000 professeurs équipés cette année. Fais le calcul. Le compte tombe rond. Et il est recoupé. Le 31 août, Fnac Darty a publié son propre communiqué. Le groupe y parle du plus grand parc informatique éducatif d’Europe. Plus de 535 000 lycéens. Près de 470 lycées publics. Et près d’un million d’équipements déployés depuis 2019. Deux sources, un même ordre de grandeur. Ça tient.
Reste le mystère qui nous tarabustait le plus. Pourquoi n’avoir jamais trouvé le moindre appel d’offres régional ? Fouillé le BOAMP. J’ai épluché les plateformes de marchés publics. Lu la délibération budgétaire en entier. Rien de dédié. Zéro ligne Chromebook. C’était à devenir fou. La réponse tient en trois mots : centrale d’achat5. La Région ne lance pas son propre marché de fourniture dans son coin. Elle passe des commandes annuelles via une centrale. Voilà pourquoi l’avis qu’on cherchait n’existait pas. On cherchait une porte qui n’avait jamais été construite.
Deux partenaires sont désormais nommés noir sur blanc. ASUS pour la fourniture des machines de la rentrée 2026-2027. Fnac Darty pour la maintenance et la réparation. Bernard Giry, directeur général adjoint transformation numérique de la Région, salue le maillage territorial du groupe. Katell Bergot, directrice des marchés professionnels de Fnac Darty, y voit la reconnaissance d’une capacité à opérer à grande échelle. Deux communicants contents. C’est de bonne guerre.
Google Workspace débranché, et cette fois c’est écrit
On l’avait deviné. Deux lycées l’avaient écrit aux familles. Mais la Région, elle, n’avait jamais confirmé. C’est fait. L’environnement Google Workspace n’a pas été retenu. Pas un oubli. Un choix. Les documents des élèves atterrissent en priorité sur le Drive sécurisé de l’ENT régional monLycée.net,6 complété par le stockage local de la machine. Microsoft 365 reste accessible, mais uniquement en ligne, depuis le navigateur. Docs, Gmail et le reste de la suite Google ? Absents. les goûts et les couleurs, cela ne se commande pas.
Et un détail neuf, qu’on n’avait lu nulle part. Selon le service de presse, l’analyse d’impact7 a été confiée au cabinet parisien Lexing8, autrement dit Alain Bensoussan Avocats. Pas un nom tiré au sort. Une maison rodée au droit des données, de plus en plus appelée par les collectivités sur ce genre de dossier. La Région n’a donc pas griffonné son RGPD sur un coin de table. Elle a fait border l’affaire par des spécialistes. Ça, c’est leur version. Le jour où le document sortira, on vérifiera.
Alors oui, on entend déjà la rengaine. Machine verrouillée, machine bridée, machine qui ne sert à rien sans réseau. La Région répond sur les deux points. Le verrouillage, dit-elle, protège la navigation des élèves et garantit un parc stable à grande échelle. Et le mode hors ligne existe : stockage local, prise de notes, applications utilisables sans connexion. On note. On vérifiera sur le terrain. C’est notre métier.
Réparable pour de vrai, et ASUS le documente
C’est là que le dossier devient intéressant. Une machine scolaire, ça tombe. Ça prend des cafés. Ça vit trois ans dans un sac à dos. Alors la vraie question, ce n’est pas si elle casse. C’est ce qui se passe quand elle casse.
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Soutenir MyChromebook.frPremier signal, l’indice de réparabilité. 9,5 sur 10, publié par ASUS sur data.gouv.fr, opposable. Pas une promesse commerciale, une déclaration réglementaire. La note s’appuie sur des critères stricts : disponibilité des pièces, documentation technique, facilité de démontage, prix des pièces. Du concret, donc.
Ça se vérifie sous le capot. ASUS l’écrit noir sur blanc dans son communiqué. Le fond ne compte que quatre vis, captives pour ne pas les perdre. La batterie, elle, se change sans le moindre tournevis, grâce à un loquet sans vis maintenu par une bride. Retrait sans outil. Pour une machine à ce prix, c’est rare.
Reste la robustesse, avec un astérisque. La norme militaire MIL-STD-810H fait joli sur la fiche. Pourtant, ASUS précise lui-même, en petits caractères, que ces tests ne prouvent aucune aptitude à un usage militaire, ne garantissent rien pour l’avenir, et que si tu t’amuses à les reproduire, la casse est de ta faute et hors garantie. Grade militaire, donc. Avec sa notice.
Répare-le toi-même : le parcours officiel du CM1406
Voici le morceau que personne n’avait sorti. ASUS ne se contente pas de rendre la machine démontable. Le constructeur documente un vrai parcours d’autoréparation, propre au CM1406, et il te file les outils. Le chemin tient en cinq étapes. D’abord, tu diagnostiques la panne avec l’outil intégré à MyASUS. Ensuite, tu télécharges le manuel de service du modèle, qui détaille le remplacement pièce par pièce, du haut-parleur à la batterie. Puis tu commandes la pièce. Vient alors l’étape maligne : tu lances un » RMA shim 9 » un utilitaire qui réappaire la machine après l’opération, en réinstallant l’identifiant matériel, le logiciel et le firmware. Enfin, tu relances un diagnostic pour vérifier que tout remarche.
Son poids ? Accroche-toi. Ce shim, pour le CM1406, pèse 9,4 Go. Oui, 9,4 Go pour un outil de réparation. Version datée du 4 juin 2026. On est loin du petit pilote de rien du tout. C’est une image complète, taillée pour remettre la bête d’aplomb après une opération à cœur ouvert. Tout ça vit sur trois pages officielles du CM1406, et chacune a son rôle. La page « Pilotes et outils » héberge le fameux shim d’autoréparation. La page « Manuels et documents » range le manuel de service, sous l’onglet « Service Guide and Maintenance », à côté du manuel utilisateur en français daté de mars 2026. Enfin, la base de connaissances liste le mode d’emploi complet de l’autoréparation, mis à jour en juin 2026. Trois portes, une même promesse : tu peux mettre les mains dedans. Les adresses sont en bas d’article.
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En cas de casse, le relais Fnac Darty
Pas envie de jouer du tournevis ? La Région a prévu le filet. La maintenance et la réparation passent par Fnac Darty. En cas de pépin, on dépose l’appareil dans l’un des 24 magasins Fnac d’Île-de-France. La grande majorité des établissements scolaires se trouve à moins de 25 minutes de l’un d’eux. Les machines filent ensuite vers l’atelier du groupe, à Noisy-le-Grand. Objectif affiché : remise en service sous dix jours après validation du dossier.
L’élève repart avec la machine : propriété et mises à jour jusque vers 2036
Et voilà le plus beau. À la fin de sa scolarité, l’élève devient propriétaire de l’ordinateur. Il le garde. Mieux, il continue de recevoir les mises à jour de sécurité de Google jusque vers 2036. La garantie matérielle ASUS court sur trois ans, le support logiciel sur dix. Une machine à 8 gigas de RAM, d’accord. Mais soutenue une décennie, réparable en atelier comme à la maison, et qui finit dans les mains du gamin qui l’a usée. Pour du matériel public, c’est du sérieux.
Le déploiement 170 000 machines par an Voir le détailMasquer
La réparation SAV Fnac Darty · objectif 10 jours Voir le détailMasquer
La durée de vie Soutenu jusque vers 2036 Voir le détailMasquer
Ce qui reste dans l’ombre
On ne va pas te vendre un dossier bouclé. Il ne l’est pas tout à fait. Le montant du marché reste inconnu. Combien la Région dépense-t-elle, au total, pour ce parc géant ? Aucun chiffre en euros ne nous a été communiqué. Le mécanisme de la centrale d’achat, qui explique l’absence d’appel d’offres public, explique aussi cette opacité budgétaire. On continue de chercher. Autre zone grise : le nombre exact d’enseignants. La FAQ régionale parlait de 10 000 professeurs équipés au printemps. Le communiqué de rentrée et le service de presse annoncent 20 000 cette année. Les deux chiffres ne se contredisent pas forcément. L’un peut être un état des lieux, l’autre une cible. Mais la Région ne le précise pas. On pose la question, on ne tranche pas à sa place.
Voilà. On avait un puzzle avec la moitié des pièces. Il en manque encore deux ou trois. Mais le tableau, lui, est enfin lisible. Une machine nommée. Un volume chiffré. Un circuit de réparation détaillé. Un choix logiciel assumé et motivé. Et une source qui a joué le jeu. Encore merci au service de presse de la Région Île-de-France. Répondre à un journaliste, ça ne devrait pas être un événement. Ça l’est trop souvent. Alors quand quelqu’un le fait avec ce sérieux, on le dit.
Dosier sur le Chromebook à l’école :
- [MàJ]Chromebook au lycée : la Région Île-de-France passe à ChromeOS, et voici tout ce qui attend les lycéens
- Chromebook des lycéens franciliens : les chiffres d’un marché géant
- Chromebook au lycée : deux Régions, une machine, deux religions
- Google Workspace for Education Plus : ce que les Pays de la Loire ont vraiment acheté
Notes de bas de page
- Le MediaTek MT8189 (commercialisé sous le nom de Kompanio 540) est un processeur à huit cœurs (octa-core) fondé sur l’architecture ARM. Il est principalement conçu pour équiper les ordinateurs portables légers (Chromebooks) et les tablettes ↩︎
- Un processeur à huit cœurs (ou octa-core) intègre huit unités de calcul indépendantes sur une même puce. Cela permet à l’appareil d’exécuter plusieurs applications en parallèle sans ralentissement (multitâche). ↩︎
- Le Mali-G57 MC2 est le processeur graphique (GPU) intégré à la puce de l’appareil. Développé par ARM, ce composant à 2 cœurs d’exécution a pour rôle de gérer l’affichage de l’interface, la lecture vidéo et les performances graphiques pour les jeux vidéo et applications du quotidien. ↩︎
- eMMC (embedded MultiMediaCard) : Technologie de stockage constituée d’une mémoire flash NAND et d’un contrôleur intégrés sur une même puce soudée à la carte mère. Elle offre des performances adaptées aux usages légers (bureautique, navigation, streaming), bien qu’inférieures à celles d’un SSD. ↩︎
- Une centrale d’achat permet de mutualiser les besoins en équipements ou en services de plusieurs structures. En achetant en très grande quantité, elle permet d’obtenir des tarifs préférentiels, d’alléger la gestion administrative des commandes et d’assurer une meilleure qualité de service. ↩︎
- Mis en place par la Région Île-de-France, monLycée.net est le portail numérique éducatif (ENT) à destination des élèves, enseignants, parents et personnels administratifs des lycées franciliens (académies de Paris, Créteil et Versailles). Il centralise l’accès aux ressources pédagogiques (manuels dématérialisés, outils collaboratifs) et aux services d’établissement (logiciels de vie scolaire comme Pronote) ↩︎
- Une analyse d’impact est une démarche préalable visant à évaluer les conséquences, les bénéfices et les risques potentiels (organisationnels, financiers, techniques) d’un projet ou d’un changement avant sa mise en œuvre. ↩︎
- Lexing est la marque d’un réseau international d’avocats fondé par Alain Bensoussan, pionnier français du droit des technologies. En France, « cabinet Lexing » désigne Alain Bensoussan Avocats, un cabinet parisien spécialisé dans le droit du numérique et la protection des données personnelles. ↩︎
- RMA shim : utilitaire officiel qui, après le remplacement d’une pièce, réenregistre l’identifiant matériel et réinstalle le système et le firmware pour que le Chromebook redémarre normalement. ↩︎
Sources pour aller plus loin :
- Fnac Darty : le groupe officiellement chargé de réparer les Chromebook des lycéens et enseignants franciliens
- ASUS : le communiqué officiel du Chromebook CM14 (CM1406), specs et conception réparable
- data.gouv.fr : l’indice de réparabilité officiel du CM1406CM4A, noté 9,5/10 avec sa fiche de calcul
- ASUS Support : la page Pilotes et outils du CM1406, où se télécharge le shim d’autoréparation de 9,4 Go
- ASUS Support : la page Manuels et documents du CM1406 et son manuel de service (Service Guide and Maintenance)
- ASUS Support : la base de connaissances du CM1406, avec le mode d’emploi de l’autoréparation
- ASUS Support : le parcours d’autoréparation d’un Chromebook, étape par étape
Questions fréquentes
Quel Chromebook la Région Île-de-France offre-t-elle aux lycéens de seconde ?
La Région distribue l’ASUS Chromebook CM1406, sous ChromeOS, avec un processeur MediaTek Kompanio 540, 8 Go de mémoire, 128 Go de stockage et un écran 14 pouces WUXGA. Environ 170 000 exemplaires sont déployés chaque année, élèves et enseignants confondus.
Pourquoi Google Workspace est-il désactivé sur le Chromebook des lycéens franciliens ?
La Région n’a pas retenu Google Workspace pour des raisons de souveraineté numérique et de conformité RGPD, après une analyse d’impact confiée au cabinet Lexing. Les documents sont stockés sur le Drive de l’ENT monLycée.net et en local, et Microsoft 365 reste accessible en ligne.
L’élève garde-t-il le Chromebook à la fin du lycée ?
Oui. En fin de scolarité, l’élève devient propriétaire de la machine et continue de recevoir les mises à jour de sécurité de Google jusque vers 2036. La garantie matérielle ASUS court sur trois ans et l’indice de réparabilité atteint 9,5 sur 10.
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