La patate chaude à 15 milliards qui fait tourner ton IA

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Dette de l'IA : la patate chaude à 15 milliards des banquiers
Dette de l’IA : la patate chaude à 15 milliards des banquiers
Sommaire

Je t’entends déjà dire « Encore un article sur la finance? ». Eh oui, la vie financière de Google m’intéresse. Et ce, pour plusieurs raisons. Un jour je te dévoilerai celles-ci dans un article. Mais bon, nous n’en sommes pas là. Dans mon dernier papier, je t’emmenais dans les coulisses du pari à 200 milliards de Google pour gaver Anthropic en puces maison. Je te disais qu’une boucle, ça paraît solide tant que ça tourne. Et que ça se peut gripper d’un coup. Eh bien, tends l’oreille. Ça commence à grincer. Pas de beaucoup. Pas un fracas, non. Juste un petit bruit, Petit mais présent. Celui des banquiers de Wall Street cherchant déjà la sortie sans se faire remarquer. Suis le guide.

Ce qu’il faut retenir :

  • Les banques cherchent à refourguer 15 milliards de dollars de dette liée à un centre de données texan loué à Anthropic.
  • Elles n’en peuvent plus de porter la dette de l’IA : trop grosse, trop concentrée, elle bloque leurs autres prêts.
  • L’obligation reste notée spéculative malgré la garantie Google, qui ne joue qu’une fois le data center construit.
  • Chez Bank of America, un gérant de fonds sur trois voit désormais l’IA comme le prochain choc de crédit systémique.
  • La boucle du pari à 200 milliards ne casse pas encore, mais elle grince pour de bon.

Wall Street cherche déjà la sortie

Reprenons là où on s’était quittés. Google bâtit des montages géants à coups de pognon pour financer l’intelligence artificielle. Ainsi la dette part chez des investisseurs extérieurs. Et les bilans restent propres. Sauf qu’il faut bien que quelqu’un porte le bébé au départ. Ce quelqu’un, ce sont les banques. Car une banque, c’est une banque. Et une banque, elle fait quoi ? Elle prête de l’argent. Et voilà qu’un consortium mené par Morgan Stanley veut déjà se débarrasser de 15 milliards de dollars de dette. Donc de l’argent prêté pour un chantier que Google garantit. Oui, tu as bien lu. 15 milliards. Cela ne tient pas dans une valise. Cette dette finance un campus de 809 hectares, la taille d’une ville comme Levallois Perret, en construction à Hubbard, au Texas, développé par Nexus et loué à Anthropic. À peine les prêts débloqués, on prévoit de les refiler au marché obligataire.

Pourquoi cette hâte ? Parce que les prêteurs de Wall Street sont de plus en plus réticents à garder de la dette d’infrastructure d’IA dans leurs livres. D’abord, ça réduit leur exposition au risque IA. Ensuite, ça libère de la place pour prêter ailleurs. Et ce n’est pas un cas isolé. Plus tôt cette année, les grandes banques ont passé des mois à chercher preneur pour plus de 50 milliards de dollars de dette de construction sur des centres loués à Oracle. Certaines ont fini par bricoler des accords de transfert de risque1 pour s’alléger. Traduction : le marché qui finançait autrefois les gazoducs et les aéroports est aujourd’hui submergé par la boulimie de l’IA. Et ces deux lettres-là, ça commence à coller comme un sparadrap. On veut s’en débarrasser. Mais il reste collé. Comme celui du capitaine Haddock.

La garantie Google qui ne garantit pas grand-chose

Voici le détail qui pique. Cette obligation devrait garder une notation spéculative2. Oui, malgré la garantie de Google. Comment est-ce possible ? Parce que la garantie ne devient effective qu’une fois le centre de données entièrement construit. Avant ça, walou. Tant qu’il n’y a que les murs, le vent passe partout. L’investisseur qui achète le papier avale donc tous les risques de chantier : retards, dépassements de budget, la totale. On te vend la sécurité Google. Elle n’arrive qu’au dessert.

Pour amortir le choc, on ruse. Le prêt est assorti d’un déblocage différé3 : l’argent tombe par tranches, au fil des jalons du chantier, histoire de ne pas tout exposer d’un coup. Et une partie pourrait finir sur le marché des prêts à effet de levier,4 le rayon des emprunteurs déjà bien chargés. Bref, on empile les astuces pour rendre digeste un plat que personne ne veut garder trop longtemps dans son assiette. C’est tellement bon qu’on le repasse au voisin. En espérant qu’il va le manger. Souviens-toi de la garantie de valeur résiduelle dont je te parlais la dernière fois, celle qui repose sur la revente de puces sans marché d’occasion. Ici, c’est le même esprit : une sécurité qui tient surtout sur le papier.

Un sur trois voit venir la casse

1 gérant sur 3

redoute le prochain krach de l’IA

Monte encore d’un cran, et regarde l’ambiance. De loin, ça suffit. Pas besoin de prendre l’ascenseur jusqu’au bureau moelleux du banquier. Celui qui pue le gros cigare. Chez Bank of America, un sondage récent est sans appel. Une part de plus en plus large des gérants de fonds désigne les dépenses des géants de l’IA comme la source la plus probable du prochain choc de crédit systémique. Et cette part a doublé en un mois. Autrement dit, les gens dont c’est le métier de flairer le danger commencent à renifler quelque chose. Snif. Snif. Ça sent le roussi.

Certains vont même jusqu’à comparer ces montages hors bilan aux véhicules structurés qui ont fait sauter la banque en 2008. Le mot n’est pas de moi, mais il traîne dans la presse spécialisée : on parle de banques qui « s’étouffent » avec la dette des centres de données. Rappelle-toi : 2008, c’est l’année de la crise des subprimes. Lehman Brothers en faillite. Même en Europe, on a ressenti l’explosion de la bulle immobilière états-unienne.  

Et pendant ce temps, le vrai nerf reste le courant. Le campus texan sera alimenté par sa propre centrale au gaz, pour éviter les lenteurs du réseau. Sauf que coller un data center et une centrale électrique dans le même paquet, ça empile deux risques d’un coup. Non, pas l’explosion au gaz, rassure-toi. Deux risques financiers : il faut désormais parier sur le centre de données et sur la centrale en même temps. Le projet Walleye de Meta, bâti sur le même principe, a dû lâcher du rendement supplémentaire pour convaincre les investisseurs. Là encore, l’addition grimpe.

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Google ne va pas couler, mais même lui transpire

Une seconde, l’ami. Ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit. Google n’est pas au bord du gouffre, loin de là. On parle d’une machine à cash qui aligne les trimestres à deux chiffres depuis trois ans, avec un cloud qui flambe et des marges bien grasses. C’est justement ce coffre-fort qui lui permet de garantir 44 milliards en n’en provisionnant que 815 millions. Comme d’emprunter moins cher que tout le camp d’en face. Sa solidité, elle est réelle. Je ne dis pas le contraire.

Sauf que même les colosses saignent. En juillet, en une seule séance, l’action Google a plongé de plus de 7 %. Pourquoi ? Parce que le groupe venait d’annoncer qu’il allait engloutir jusqu’à 205 milliards de dollars dans ses infrastructures cette année. Wall Street a eu le vertige. Pire : pour la première fois, Google dépense plus que ce que son activité lui rapporte en liquide. Son cash-flow libre est passé dans le rouge,5 à moins 5,8 milliards, alors qu’il affichait encore plus de 24 milliards deux trimestres plus tôt. Et pour combler le trou, il prévoit de lever 80 milliards en actions. Le coffre-fort est toujours plein, mais on a ouvert la porte en grand pour financer la fête. Donc non, Google ne coule pas demain. Mais quand le plus costaud du village commence à transpirer, les petits autour feraient bien de regarder où ils mettent les pieds.

Et toi, devant ton Chromebook ?

Tu vas me redire que Wall Street, c’est loin. Sauf que non. Ces centres texans vont héberger les puces TPU qui font tourner Gemini. Ce même Gemini qu’on te fourre dans ChromeOS. Dans la barre d’adresse. Bientôt dans le moindre recoin des Googlebook. La boucle que je te décrivais la dernière fois, elle n’a pas cassé. Elle grince. Et un grincement, c’est le bruit d’avant. Avant quoi ? On verra. Peut-être rien. La musique joue encore. Les emprunteurs se bousculent au guichet. Mais, comme toujours, il y a un prix pour tout. Et quand les banquiers commencent à ranger les chaises pendant que l’orchestre joue, moi, ça me rend curieux.

Alors garde un œil dessus. Parce que l’assistant qu’on te vend comme une commodité, une simple case à cocher dans les réglages, il est branché tout au bout de cette tuyauterie. Celle qui se construit dans un État des États-Unis d’Amérique. Je sais, c’est loin. Mais le jour où ça grince trop fort, ce ne sera pas qu’un feuilleton de Wall Street. Ce sera aussi la facture de ton IA de tous les jours. Et là, tu risques de te retrouver fort dépourvu. Comme la cigale.

Notes de bas de page

  1. Transfert de risque : montage par lequel une banque vend à des investisseurs extérieurs le risque de défaut d’un portefeuille de prêts, souvent pour alléger ses exigences de fonds propres, tout en gardant parfois les prêts à son bilan. ↩︎
  2. Notation spéculative : note de crédit située sous la catégorie « investment grade ». Elle signale un risque de défaut plus élevé et oblige l’emprunteur à payer un rendement supérieur pour attirer les investisseurs. ↩︎
  3. Déblocage différé : le prêt n’est pas versé en une fois, mais par tranches, au fur et à mesure que le chantier franchit des étapes. Cela limite la somme exposée à un instant donné. ↩︎
  4. Prêt à effet de levier : crédit accordé à un emprunteur déjà fortement endetté ou jugé risqué, à un taux plus élevé, et fréquemment revendu à des investisseurs ↩︎
  5. Cash-flow libre (free cash flow) : l’argent qui reste à une entreprise une fois payées ses dépenses courantes et ses investissements. Quand il vire au négatif, elle dépense plus qu’elle ne gagne en liquide, et doit boucler avec de la dette ou des levées de fonds. ↩︎

1 – Pas de tuto ChromeOS, mais l’histoire d’un pari à 200 milliards de dollars fait par Google

3 – La fusée décolle, l’action retombe : Musk loue ses cartes à ceux qu’il veut battre

Questions fréquentes

Pourquoi les banques veulent-elles revendre cette dette de l’IA ?

Parce qu’elles sont de plus en plus réticentes à garder de la dette d’infrastructure d’IA à leur bilan. La revendre réduit leur exposition au risque et libère des capacités pour prêter ailleurs. Le montage de 15 milliards lié au centre de données texan doit ainsi être refilé au marché obligataire.

La garantie de Google protège-t-elle vraiment les investisseurs ?

Pas complètement. L’obligation reste notée spéculative, car la garantie de Google ne devient effective qu’une fois le centre de données entièrement construit. Avant ça, l’investisseur porte seul les risques de chantier, retards et dépassements de budget compris.

Google est-il en difficulté financière ?

Non. Alphabet reste très solide, avec une croissance à deux chiffres et un cloud en forte hausse. Mais son action a chuté de plus de 7 % en juillet après l’annonce d’un capex allant jusqu’à 205 milliards, et son cash-flow libre est passé en négatif, signe que même le colosse est mis sous tension.

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À propos de Mister Robot

Entre un point X et un point Y, je me balade pas mal par l'entremise des bits composant ma mémoire. Un seul regret : ne pas avoir rencontré Mr Alan Mathison Turing et ainsi pouvoir collaborer pour l'article intitulé « Computing Machinery and Intelligence ».

2 réponses à “La patate chaude à 15 milliards qui fait tourner ton IA”

  1. Avatar
    Didier ·

    Bonsoir. J’y connais absolument rien en Finances..mais pour faire court, les IA, dont Gemini, seraient la cause de tout ce bazar ?

    1. Avatar

      Bonsoir, Ce n’est pas l’IA le problème, mais les investisseurs qui voulaient un max de pognon. Ils ont trop prêté, et maintenant ils ont peur, parce qu’ils s’aperçoivent que les retours sur investissement n’arrivent pas assez vite.
      Pour te faire un parallèle : j’entraîne un sportif tous les jours, à fond les ballons, et je m’aperçois qu’il n’éclate aucun score. Sauf que j’ai déjà misé toutes mes économies sur lui. Alors je commence à paniquer, et je cherche discrètement à refourguer son contrat à un autre avant que ça se voie.

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