Sommaire
Fais un pas en arrière avec moi. Mars 2023. Google sort l’IA nommée Bard en catastrophe pour répondre à ChatGPT. Une démo ratée. Un chiffre faux sur le télescope James Webb. Le cours d’Alphabet perd 100 milliards en une journée. Toute la presse tech écrit la même chose : « Google est fini ». Fini, tu m’entends. Fin de règne annoncée. Ballmer riait pour Apple, on riait pour Google.
Fais un pas en avant avec moi. Juillet 2026. Gemini est dans les Pixel. Dans les Samsung Galaxy. Dans les Xiaomi. Dans les Motorola. Et depuis janvier, dans les iPhone comme dans macOS. Oui, celui-là même que tu tiens dans la main droite. Apple, qui ne partage rien avec personne, paye un milliard par an à Google pour que Gemini fasse tourner Siri. Alphabet est passé numéro deux mondial en Bourse à 4 000 milliards de dollars. Tim Cook a fait de son dernier WWDC en tant que CEO une célébration silencieuse du partenariat avec Google. À demi-mot. Mais il l’a fait.
Un pas en arrière. Un pas en avant. Trois ans se sont passés. Trois ans pour passer de « Google est mort » à « Google respire à la place de tout le monde ». C’est incroyable. Techniquement, c’est un tour de force. Stratégiquement, ça devrait nous glacer le sang. On va décortiquer.
Ce qu’il faut retenir
- Gemini équipe désormais Pixel, Samsung, Xiaomi, Motorola et depuis janvier 2026, les iPhone d’Apple via un partenariat multi-année à environ un milliard de dollars par an.
- Bard était moqué en mars 2023 : Google avait perdu 100 milliards de capitalisation en une journée après la fameuse gaffe du télescope James Webb.
- En trois ans, retournement complet : Alphabet est passé numéro deux mondial en Bourse à 4 000 milliards de dollars en janvier 2026.
- Rick Osterloh, le patron du hardware Google, est monté sur scène chez Samsung cet après-midi pour vanter Gemini. Du jamais vu.
- Techniquement, c’est un chef-d’œuvre. Stratégiquement, c’est un monopole en construction. Un moteur unique pour toute l’IA mobile mondiale. Peu de gens s’en inquiètent, à tort.
2023 : Google était mort, tout le monde le disait
Retour aux faits, sans nostalgie mal placée. Février 2023. ChatGPT explose depuis trois mois. Microsoft investit dix milliards dans OpenAI et intègre GPT-4 à Bing en fanfare. Panique interne chez Google : un « code red » est déclaré par Sundar Pichai lui-même. Larry Page et Sergey Brin sont rappelés à la rescousse. La firme sort Bard en urgence.
Bard is an experimental conversational AI service, powered by LaMDA. Built using our large language models and drawing on information from the web, it’s a launchpad for curiosity and can help simplify complex topics → https://t.co/fSp531xKy3 pic.twitter.com/JecHXVmt8l
— Google (@Google) February 6, 2023
8 février 2023. Démonstration officielle de Bard sur X (Twitter à l’époque). Une question sur le télescope James Webb. Bard répond une info fausse : il aurait pris « la toute première image d’une exoplanète ». Un journaliste corrige : c’est le télescope Very Large Telescope au Chili qui l’avait faite en 2004. La bourde est virale. Alphabet perd 100 milliards de dollars de capitalisation en 24 heures. Le lendemain, tous les titres de la presse tech sont unanimes : Google a raté sa révolution IA. C’est fini pour eux. Microsoft va prendre le dessus. Apple mise sur ses propres modèles. Meta va démolir Google Search.
Trois ans plus tard, ce même Google équipe plus de la moitié des smartphones de la planète. Y compris ceux de son concurrent historique. Comment ce retournement s’est-il produit ? Trois raisons, sourcées, à comprendre pour saisir ce qui se joue.
Ce que Google a fait juste (et il faut le dire)
Un : ils ont mis les moyens. Alphabet a investi environ 75 milliards de dollars dans ses data centers en 2024 et pour 2025 (chiffres CNBC). Ils ont conçu leurs propres puces (TPU maison, plus la nouvelle puce Frozen v2 que j’ai décortiquée ici même), négocié un contrat d’un milliard par mois avec SpaceX pour la connectivité, et racheté tout ce qui bougeait en talents IA. Bard a été rebranché en Gemini en février 2024, puis raffiné pour passer devant GPT-4 sur plusieurs benchmarks à l’automne 2024. Version après version, l’écart s’est creusé. Aujourd’hui, Gemini 3.6 Flash annoncé cette semaine consomme 17 % de jetons en moins que son prédécesseur, un signal d’ingénierie efficace qui a séduit les grands intégrateurs.
Deux : ils ont ouvert leurs modèles au monde entier. Là où OpenAI reste centré sur ChatGPT et Microsoft, Google a fait le pari inverse : Gemini disponible via API pour n’importe quel constructeur. Apple, Samsung, Xiaomi, Motorola, Oppo, OnePlus, HMD, tous ont signé pour intégrer Gemini sur leurs smartphones haut de gamme. Résultat : Gemini est aujourd’hui le moteur IA par défaut de tous les fabricants Android à part une poignée (Huawei et son Pangu maison, quelques marques chinoises avec leurs propres modèles), et il équipe même l’iPhone via Siri AI. Une hégémonie construite en un peu plus de deux ans. Et certains disaient Google enterré et oublié.
Trois : le coup de maître Apple. Janvier 2026 au CES. Apple annonce officiellement son partenariat avec Google. Contre environ un milliard de dollars par an, Apple licencie une version personnalisée de Gemini 3 pour Siri. Le WWDC de juin 2026 officialise Siri AI, une refonte complète de l’assistant vocal Apple, propulsée par Gemini. Deux milliards d’appareils Apple accèdent à Gemini. Tim Cook, dans son dernier WWDC en tant que CEO, a fait de ce partenariat le clou du show. C’est cette annonce qui a projeté Alphabet à 4 000 milliards de dollars de capitalisation, devançant Apple pour devenir la deuxième valeur mondiale derrière Nvidia. Trois ans plus tôt, cette phrase aurait fait rire Wall Street. Aujourd’hui, c’est le nouveau réel. Techniquement, c’est un chef-d’œuvre stratégique. Chapeau bas. Sincèrement.
A lire également :
Le tableau qui résume la bascule
| Écosystème | Statut 2023 | Statut 2026 |
| Google Pixel | Gemini natif (évidence maison) | Gemini natif (Pixel 11 le 12 août) |
| Samsung Galaxy | Bixby en fin de règne | Gemini Intelligence (annoncé cet après-midi) |
| Xiaomi, Oppo, OnePlus, Motorola | Propres modèles ou Google Assistant | Gemini par défaut sur l’ensemble du haut de gamme |
| Apple iPhone et iPad | Siri seul, en retard sur ChatGPT | Siri AI propulsé par Gemini 3 (deal officialisé janvier 2026, WWDC juin 2026) |
| Capitalisation Alphabet | ~1 200 milliards de dollars | 4 000 milliards de dollars (janv. 2026) |
Bien joué techniquement. Inquiétant stratégiquement
Voilà où le bémol démarre. Célébrons deux minutes, puis regardons ce que ça implique.
Un moteur unique pour toute l’IA mobile mondiale. Aujourd’hui, quand tu poses une question à Siri, à l’assistant de ta Watch Samsung, à ton Pixel, à ton Motorola, c’est le même modèle Google qui répond. La même architecture, la même vision du monde, les mêmes biais, les mêmes trous d’entraînement. Il y a trois ans, on célébrait la diversité des LLM. On envisageait un futur avec des dizaines de modèles concurrents. Aujourd’hui, la diversité tient en trois noms : Gemini, GPT (Microsoft-OpenAI) et Claude (Anthropic). Et sur le mobile, la partie est déjà jouée. Un seul acteur.
Une dépendance systémique d’Apple à son concurrent historique. Prends dix secondes pour digérer ça. Apple, la marque qui a construit sa réputation sur l’auto-suffisance (« nos puces, notre OS, notre matériel, notre écosystème »), paye désormais un milliard par an à Google pour faire tourner son assistant vocal. Notre matériel, Google. Notre OS, Google. Notre puce Apple Silicon, Google . Notre nom sur le boîtier, Google. Cupertino garde le vernis, Mountain View encaisse la substance. Si demain Google augmente ses tarifs, Apple paye. Si Google modifie ses modèles, Siri change. Si un régulateur américain casse le deal (comme celui qui menace le paiement de Google à Apple pour être le moteur par défaut de Safari), Siri se retrouve orpheline. La souveraineté technologique d’Apple, deux mille milliards de dollars de valeur, dépend maintenant en grande partie de son concurrent historique. C’est vertigineux.
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Soutenir MyChromebook.frLe pouvoir de Google sur la conversation mondiale. Gemini répond à des milliards de requêtes par jour depuis les iPhone, les Samsung, les Pixel et compagnie. Ce que Gemini dit ou ne dit pas, ce qu’il valorise ou minore, ce qu’il oublie ou hallucine, façonne la vision du monde de milliards d’utilisateurs. Ajoute les AI Overviews qui s’activent en France depuis ce le 22 juillet 2026, et tu obtiens un tableau où Google contrôle à la fois la question (le moteur de recherche), la réponse (Gemini dans les résumés), et le terminal (via ses partenariats matériels). Trois maillons de la chaîne, un seul propriétaire. Il n’y a que les tuyaux d’accès à internet (les FAI et les opérateurs) qu’ils ne contrôlent pas encore. Ah, et il y a SpaceX qui leur pose cette question, tu te souviens ?
La fragilité d’un point de défaillance unique. Que se passe-t-il quand Gemini bugue à grande échelle ? Cette semaine, j’ai testé Gemini 3.1 Pro sur mon compte pro pendant l’Unpacked, il m’a inventé des informations avec des liens factices. J’en parle dans un prochain article. Imagine cette même défaillance sur Siri AI, sur ta montre Samsung, sur ton Pixel, simultanément. Un même modèle qui tousse, et c’est la moitié de la planète mobile qui hallucine en même temps. Il n’y a plus de plan B. Plus de concurrent capable de prendre le relais dans les 48 heures. Le monopole crée la vulnérabilité systémique. Les régulateurs américains et européens vont probablement s’y intéresser dans les prochains trimestres.
Les régulateurs européens ne sont plus dans l’attente, ils sont dans l’action. Le 17 juillet 2026, l’Union européenne a officiellement ordonné à Google d’ouvrir Android aux autres IA que Gemini. Traduction : Bruxelles considère désormais que la position de Gemini comme moteur IA par défaut sur Android relève de l’abus de position dominante. La décision valide, noir sur blanc, tout ce que tu viens de lire dans les paragraphes précédents. Apple, de son côté, a immédiatement mis en garde l’UE contre cette ouverture forcée. Le paradoxe est délicieux : Apple défend le partenariat exclusif de Google, parce qu’un affaiblissement forcé de Gemini fragiliserait Siri AI. La marque à la pomme protège officiellement le monopole de son concurrent. Voilà où nous en sommes en juillet 2026. Un régulateur qui alerte, une firme californienne qui défend son fournisseur ex-ennemi, et un milliard d’utilisateurs qui dépendent d’un seul modèle. Si tu cherchais une preuve que le sujet est sérieux, la voilà.
Osterloh sur scène chez Samsung : le vrai symbole
Détail que je te livre en cadeau final, l’ami. Lors de la Galaxy Unpacked 2026, Rick Osterloh, SVP Devices & Services de Google (le patron des Pixel, Nest, tout le matériel maison), est monté sur scène chez Samsung. Il a présenté personnellement Gemini Intelligence, les fonctions agentiques, le déploiement sur 40 applications tierces. Un cadre Google chez Samsung. Ça n’arrive jamais. Pas pour un événement Pixel séparé, pas pour un CES commun. Là. Sur la scène du concurrent numéro un mondial de Google en matière de smartphones.
Ce n’est pas anodin. C’est le symbole que le partenariat Google-Samsung a dépassé la simple relation client-fournisseur. Osterloh vante le hardware de Samsung parce que Google en tire un revenu bien plus important que ce qu’il perdrait en fierté d’équipe. Le hardware Pixel devient secondaire face au grand jeu d’écosystème. Il est possible que dans les prochaines années, on voie Google délaisser progressivement ses propres Pixel pour se concentrer sur son moteur Gemini, comme Intel a délaissé ses puces PC pour se concentrer sur le cloud (sauf que Intel s’est planté sur l’exécution). L’histoire n’est jamais écrite d’avance.
Mon avis, entre deux modèles
Bilan honnête. Techniquement, Google a fait un travail extraordinaire. Ils étaient donnés pour morts en 2023, ils dominent bien plus que la moitié de l’IA embarquée mondiale en 2026, si on regarde vraiment. Smartphones Android (Samsung, Xiaomi, Motorola, Oppo, OnePlus). iPhone et iPad d’Apple via Siri AI. Chromebook. Écosystème Nest et Google Home. Bientôt les Galaxy Glasses et Android XR. À côté, Claude et OpenAI restent essentiellement des chatbots web et applications, sans intégration matérielle massive. Petits joueurs, à cette échelle. La comparaison flatte Google, elle nous inquiète surtout. Sundar Pichai, malgré tout ce qu’on peut lui reprocher par ailleurs, a orchestré l’un des redressements industriels les plus impressionnants de la Silicon Valley.
Ils étaient nombreux ceux qui écrivaient « Google est fini » en 2023. Ils se sont plantés. Mais le reconnaissent-ils ? Même pas. Car le plus savoureux, c’est qu’aujourd’hui, ces mêmes plumes qui enterraient Google font la carpette pour obtenir un Pixel de test en avant-première, ou une invitation au prochain Google I/O. Le retournement de veste est spectaculaire, et il est le meilleur baromètre du succès de Sundar Pichai. Quand la presse tech, qui a de la mémoire aussi courte qu’un poisson rouge, oublie ses propres unes de 2023 pour applaudir aujourd’hui, c’est que le pari est gagné. Bien joué. Sincèrement.
Mais ne confonds pas la performance et la santé de l’écosystème. La performance Google est une victoire technique. La consolidation qui en résulte est un problème structurel pour tout le monde. Un moteur unique pour l’IA mondiale, ça n’a jamais bien fini dans l’histoire industrielle. Microsoft dans les années 90 sur Windows. Google dans les années 2000 sur la recherche. Amazon aujourd’hui sur le cloud. A chaque fois, on célèbre la maîtrise technique. On découvre ensuite les effets pervers pendant les décennies suivantes.
Aujourd’hui, on est au stade « on célèbre ». Fais gaffe à ceux qui trinquent trop fort. Ils oublient souvent de préparer la gueule de bois.
Questions fréquentes
Apple utilise-t-il vraiment Gemini pour Siri ?
Oui. Depuis janvier 2026, Apple a signé un partenariat officiel avec Google. Contre environ un milliard de dollars par an, Apple licencie une version personnalisée de Gemini 3 pour propulser Siri AI, une refonte complète de l’assistant vocal Apple présentée au WWDC de juin 2026. Le partenariat concerne les iPhone, les iPad et macOS. Deux milliards d’appareils Apple accèdent ainsi à Gemini.
Comment Google est-il passé de « fini » en 2023 à leader IA en 2026 ?
En trois axes principaux : des investissements massifs (environ 75 milliards de dollars dans les data centers en 2024-2025, puis 200 milliards prévus pour 2026), le développement de puces IA maison (les TPU, plus la nouvelle Frozen v2 gravée pour 2028), et l’ouverture stratégique de Gemini via API à tous les constructeurs mondiaux. Bard, lancé en catastrophe en février 2023 avec une gaffe sur le télescope James Webb qui avait coûté 100 milliards de dollars de capitalisation en une journée, a été rebranché en Gemini début 2024 puis raffiné jusqu’à dépasser GPT-4 sur plusieurs benchmarks à l’automne 2024.
Quels smartphones utilisent Gemini en 2026 ?
Gemini équipe l’ensemble du haut de gamme mondial en juillet 2026 : les Google Pixel bien sûr, mais aussi les Samsung Galaxy (Fold 8, Flip 8, Watch 9, etc.), les Xiaomi, Motorola, Oppo, OnePlus, HMD, et depuis janvier 2026 les iPhone d’Apple via Siri AI. Seule une poignée de fabricants résiste : Huawei avec son modèle maison Pangu, et quelques marques chinoises qui développent leurs propres LLM. Sur le marché mobile mondial, Gemini est le moteur IA par défaut.
Pourquoi cette domination de Google inquiète-t-elle ?
Trois raisons principales. Un moteur unique pour l’IA embarquée mondiale, ce qui uniformise la vision du monde livrée à des milliards d’utilisateurs. Une dépendance systémique d’Apple à son concurrent historique Google, situation inédite dans l’histoire d’Apple. Un contrôle par Google des trois maillons de la chaîne de l’information : la question (via Google Search), la réponse (via Gemini dans les résumés IA), et le terminal (via ses partenariats matériels). Cette configuration crée une fragilité systémique : si Gemini bugue, c’est la moitié de la planète mobile qui hallucine simultanément.




Je reste persuadé que si un jour il ya un gros caillou dans la soupe,Google y a certainement pensé et doit avoir un plan où une solution de sortie…enfin j’espère 😉