Google lui verse 20 milliards par an : la face diplomatique du mandat Tim Cook

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Diplomatie de Tim Cook : 20 milliards par an de Google
Diplomatie de Tim Cook : 20 milliards par an de Google
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Il y a d’abord le Tim Cook des chiffres. Celui qui a multiplié la valeur d’Apple par treize. Celui-là, je te l’ai présenté. Et puis il y a l’autre. Celui qui négocie. Celui qui va serrer des mains à Washington le matin et à Pékin le soir. Et qui encaisse un chèque de vingt milliards de son concurrent le plus direct. Il s’en va, c’est vrai. Mais il va garder ce métier là après avoir lâché le premier.

Ainsi, le 1er septembre, T. Cook cesse d’être directeur général. Par contre, il devient président exécutif, avec dans ses attributions explicites l’engagement avec les décideurs politiques du monde entier. Ce n’est pas un fauteuil de retraite. C’est une fiche de poste. Tu vois la différence ?  Et si tu veux comprendre pourquoi Apple sépare aujourd’hui ces deux métiers, il faut regarder ce que Cook a signé pendant quinze ans. C’est le second volet de notre hommage en deux articles : le premier ouvrait les chiffres, celui-ci ouvre le carnet d’adresses.

Premier article :

Google paie à Apple un cinquième de ses bénéfices, et ça n’a rien à voir avec Siri

Voilà le chapitre qu’on lit rarement en français, et c’est le plus intéressant.

D’abord, un peu d’histoire. Depuis 2005, Google paie Apple pour être le moteur de recherche par défaut de Safari1. Ensuite, le montant a grimpé sans arrêt. En 2022, il atteignait environ 20 milliards de dollars par an. Pour un chèque. Sans usine, sans stock, sans service après-vente. Ce montant représentait alors près d’un cinquième du bénéfice annuel d’Apple, et c’est le dernier chiffre publiquement établi.

Relis ça tranquillement. Le concurrent le plus direct d’Apple sur le mobile, celui contre qui Cook a passé quinze ans à vendre de la vie privée, est aussi l’un de ses plus gros contributeurs de marge nette. Chaque fois qu’un iPhone effectue une recherche, Apple encaisse. Chaque fois qu’Apple sermonne l’industrie publicitaire, elle le fait avec l’argent du plus gros vendeur de publicité du monde dans la poche. Tu vous le paradoxe ? 

Or le procès antitrust américain contre Google aurait pu casser ça. Le ministère de la Justice demandait explicitement l’interdiction de ces accords, avec Apple, avec Mozilla, avec Samsung. Le 2 septembre 2025, le juge fédéral Amit Mehta a refusé de suivre. Son raisonnement mérite d’être connu : couper ces versements causerait selon lui des dommages substantiels, voire paralysants, aux partenaires de distribution. Traduction : Apple pèse assez lourd pour qu’un juge antitrust hésite à la priver de ses vingt milliards. La décision interdit en revanche à Google les contrats d’EXCLUSIVITÉ, et l’oblige à partager certaines données de recherche avec ses concurrents. Apple garde donc son chèque, Google garde sa place par défaut, mais plus le droit de la verrouiller. Voilà c’est dit !

Et là tu comprends pourquoi Cook n’a jamais construit de moteur de recherche. Le faire lui coûterait des milliards en développement et lui en ferait perdre autant en revenus. Et puis pas de soucis. Comme a pu en connaître Mountain View. Ne pas le faire rapporte vingt milliards par an, sans risque et sans effectif. Ce n’est pas de la paresse stratégique. C’est un arbitrage de logisticien, et il est imparable. Il crée juste une dépendance dont son successeur héritera. 

Siri, ou l’aveu à un milliard par an

Le même raisonnement a produit le fiasco d’à côté.

En effet, Apple a sorti le premier assistant vocal grand public en 2011. Puis, quinze ans plus tard, il est derrière tout le monde. La refonte promise a été repoussée. Puis repoussée aux calendes grecs. Enfin résolue de la façon la plus humiliante qui soit : en louant le moteur du voisin. Celui qui lui paye 20 milliards. Oui, le même. Rentre d’un côté. Sors de l’autre.

L’accord a été officialisé le 12 janvier 2026. Siri tourne désormais sur un modèle Gemini sur mesure de 1 200 milliards de paramètres. Fourni donc par Google. Hébergé en partie chez Google. Intégré via Private Cloud Compute. La facture, elle, n’est pas officielle : c’est une estimation à la louche de Mark Gurman pour Bloomberg. Il l’évalue à près d’un milliard de dollars par an. Et jusqu’à cinq milliards sur la durée totale de l’accord. Ni Apple ni Google n’ont confirmé de montant. Bascule complète avec iOS 27 en septembre. Que de la supputation donc.

Fais l’addition, elle est savoureuse. Google verse vingt milliards à Apple pour la recherche. Apple reverse un milliard à Google pour l’intelligence artificielle. Le solde reste très largement favorable à Apple, ce qui est en soi une performance de négociation. Mais l’entreprise qui a bâti son marketing sur le contrôle intégral de sa pile technique paie désormais son concurrent direct pour faire parler son assistant. Du silicium jusqu’au bouton, disait la légende. Cook a passé quinze ans à internaliser les puces, les modems, les écrans. Et il part en ayant externalisé le cerveau. C’est l’épine qui dit-on lui a coûté son poste. Des rumeurs ? Peut-être.

Trump, le cadeau en or et les 600 milliards

Maintenant, la diplomatie pure. Parce que c’est là que Cook a été le plus fort, et le plus discutable.

Alors regarde la scène. Août 2025, Maison-Blanche. Cook se présente devant Donald Trump avec un objet en verre monté sur un socle en or 24 carats. Il annonce dans la foulée que des composants d’iPhone seront produits dans le Kentucky. La scène a fait le tour du monde. Ce n’est pas de la flatterie gratuite, c’est un calcul froid. Apple fabrique en Asie, Trump taxe l’Asie, et Cook a besoin d’exemptions.

Le "joli" cadeau d'Apple à D. Trump
Le « joli » cadeau d’Apple à D. Trump

Ensuite, le prix de la tranquillité est chiffré. Apple s’engage sur 600 milliards de dollars d’investissements aux États-Unis sur quatre ans. Tout cela dans le cadre de son programme de fabrication américaine, avec des partenaires ajoutés au fil des mois : Bosch, Cirrus Logic, TDK, Qnity Electronics. Six cents milliards, c’est plus que le produit intérieur brut de la Belgique.

La suite est plus cocasse. Apple estime avoir payé plus de 2 milliards de dollars de droits de douane. Puis, en février 2026, la Cour suprême invalide les droits de douane dits réciproques. Apple peut donc réclamer un remboursement. Et que fait Cook ? Il annonce publiquement que chaque dollar récupéré sera réinvesti aux États-Unis. Traduction : il transforme une victoire judiciaire contre l’administration en cadeau à l’administration. Un juge de la Cour suprême a d’ailleurs qualifié le processus de remboursement de « sacré bordel ». Le mot est de lui, pas de moi. Il me l’a enlevé de la bouche. 

Alors on peut trouver ça complaisant, et beaucoup l’ont écrit. On peut aussi constater le résultat : là où d’autres entreprises technologiques ont pris les droits de douane en pleine figure, Apple a navigué. Ce n’est pas élégant. C’est efficace.

La Chine, où Apple a signé un chèque de 275 milliards

Passons à l’autre bout de la chaîne. Et là, ça se corse sérieusement.

D’abord le contexte. En 2016, Apple va mal en Chine. Pékin a fermé ses boutiques de livres et de films. Il menace iCloud, l’App Store et Apple Pay. Il reproche au groupe de ne pas assez contribuer à l’économie locale. Cook négocie. Le résultat, révélé cinq ans plus tard par The Information à partir de documents internes, est un accord de 275 milliards de dollars sur cinq ans. Apple s’engage à former de la main-d’œuvre chinoise. Egalement acheter davantage de composants chinois. Comme à aider les fournisseurs locaux à monter en gamme. Et d’investir dans des entreprises du pays. En échange, les menaces s’éloignent.

Ensuite, les contreparties ne se sont pas arrêtées là. Depuis 2018, les données iCloud des utilisateurs chinois sont hébergées dans des centres opérés par une société détenue par une administration provinciale. De plus, les clés de chiffrement ont été transférées en Chine la même année, malgré les réserves internes. Côté logiciel, une enquête du New York Times a recensé le retrait massif d’applications de l’App Store chinois depuis 2017, alors qu’elles restaient disponibles ailleurs. Des applications de contournement, de presse, de religion, et tout ce qui touche à certains sujets politiques.

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55 000 applications

retirées de la boutique chinoise depuis 2017

Ce n’est pas un détail de gouvernance, c’est le cœur du modèle. L’homme qui a fait de la vie privée un argument de vente publicitaire en Occident a accepté, en Chine, un régime exactement inverse. Les deux positions ne se contredisent pas pour un logisticien. Au contraire, elles sont simplement locales. Chaque marché a ses conditions d’accès, et on les paie. Reste que c’est la tâche la plus sérieuse d’un mandat par ailleurs remarquable, et qu’elle ne s’effacera pas.

Pour compléter le tableau, en mai 2026, Cook faisait partie de la délégation de patrons emmenée par Trump en Chine pour rencontrer Xi Jinping, aux côtés des dirigeants de Nvidia, Qualcomm, Boeing et Visa. Washington d’un côté, Pékin de l’autre, le même homme aux deux tables. Peu de dirigeants au monde tiennent cet écart-là sans se faire brûler par un bout ou par l’autre. Pas lui.

La Silicon Valley, où il s’est fait des ennemis solides

Reste le voisinage. Cook n’est pas un patron de conflit ouvert, mais son bilan relationnel est chargé. Pas toujours à son désavantage.

Le plus spectaculaire, c’est Meta. Ainsi, en 2021, Apple impose la transparence du suivi publicitaire2, cette fenêtre qui te demande si une application a le droit de te pister. La réponse massive du public a été non. Facebook a chiffré publiquement le coût à environ 10 milliards de dollars de manque à gagner pour la seule année 2022. Depuis, la relation entre Cook et Mark Zuckerberg est ouvertement hostile. Meta ne rate aucune occasion de présenter Apple comme un péage privé. Il faut dire les choses : sur ce dossier, Cook a livré une décision de produit qui a coûté des milliards à un concurrent tout en étant défendable devant n’importe quel utilisateur. Du mordant, il en a eu.

Ensuite, Epic Games. En effet, le procès sur les commissions de l’App Store3 dure depuis 2020. Apple a été sanctionnée en 2025 pour avoir contourné une injonction, s’est vu interdire de prélever une commission sur les achats effectués en dehors de sa boutique. L’affaire est montée jusqu’à la Cour suprême, qui a accepté d’examiner son recours en juin 2026. Quinze ans de mandat, et le modèle économique de la boutique est toujours devant les juges. Celui-là, Ternus le récupère intact.

Enfin, il y a tout le reste : les frictions avec Elon Musk, le départ de Jony Ive en 2019 qui a marqué la fin du design comme centre de gravité de la maison. Une relation avec Sundar Pichai qui est le plus bel oxymore du secteur. Concurrents frontaux sur le mobile. Partenaires commerciaux à vingt milliards par an. Les deux hommes s’entendent très bien. Tu m’étonnes.

Pourquoi Apple sépare enfin les deux métiers

Voilà ce que tout cela raconte, et c’est la vraie information de ce départ.

Diriger Apple en 2026, ce n’est plus seulement décider quel produit sortir. C’est négocier avec une administration américaine qui taxe. Avec un gouvernement chinois qui héberge tes serveurs Négocié aussi avec un régulateur européen qui redéfinit ta boutique. Et des juges qui examinent ton modèle économique. Et je n’oublie pas le concurrent qui te verse un cinquième de tes bénéfices. Ces deux métiers n’ont plus rien à voir l’un avec l’autre.

Alors Apple les a enfin séparés. Désormais, Ternus fabrique et Cook négocie. Et l’ironie de la chose, c’est que le logisticien de 1998, celui qu’on avait recruté pour compter des palettes, termine sa carrière comme le meilleur diplomate de la Silicon Valley. Personne n’avait prévu ça, lui le premier.

Il aura eu du mordant là où on ne l’attendait pas. Également de la constance là où d’autres auraient cédé. Ce n’est pas le patron visionnaire que la légende réclamait après Jobs. C’est autre chose, et c’était peut-être exactement ce dont l’entreprise avait besoin pour survivre à son fondateur. 

Rendez-vous le 9 septembre, quand Ternus montera sur scène. On regardera qui, dans la salle, s’occupe de quoi. Moi, en tout cas, je vais scruter. Et toi ?

Notes de bas de page :

  1. Moteur de recherche par défaut. C’est celui qui se déclenche quand tu tapes directement dans la barre d’adresse du navigateur, sans avoir rien choisi. La très grande majorité des utilisateurs ne changent jamais ce réglage, ce qui explique qu’une place par défaut se paie aussi cher. ↩︎
  2. Transparence du suivi publicitaire. Introduite par Apple en 2021, c’est la fenêtre qui demande à chaque application si elle a le droit de suivre ton activité dans les autres applications et sur les sites web. Techniquement, elle bloque l’accès à un identifiant unique que les régies publicitaires utilisaient pour te reconnaître partout. ↩︎
  3. Commission de l’App Store. Le pourcentage prélevé par Apple sur les achats effectués dans une application, historiquement 30 %, réduit à 15 % pour les petits éditeurs. C’est ce prélèvement, et l’interdiction faite aux développeurs de renvoyer vers un paiement extérieur, qui est au cœur du litige avec Epic Games. ↩︎

Sources pour aller plus loin :

Questions fréquentes

Combien Google verse-t-il à Apple chaque année ?

Environ 20 milliards de dollars par an, pour rester le moteur de recherche par défaut de Safari. L’accord remonte à 2005 et le montant n’a cessé de grimper. En 2022, dernier chiffre publiquement établi, il représentait près d’un cinquième du bénéfice annuel d’Apple. Le 2 septembre 2025, le juge fédéral Amit Mehta a refusé d’interdire ces versements, estimant que les couper causerait des dommages paralysants aux partenaires de distribution. Il a en revanche interdit à Google les contrats d’exclusivité.

Pourquoi Apple paie-t-elle Google pour faire fonctionner Siri ?

Parce qu’Apple n’a pas réussi à produire son propre modèle à temps. L’accord a été officialisé le 12 janvier 2026 : Siri tourne sur un modèle Gemini sur mesure de 1 200 milliards de paramètres, fourni par Google et intégré via Private Cloud Compute. Le montant n’est pas officiel, c’est une estimation de Mark Gurman pour Bloomberg, qui l’évalue à près d’un milliard de dollars par an. Ni Apple ni Google ne l’ont confirmé.

Que devient Tim Cook après le 1er septembre 2026 ?

Il devient président exécutif, et ce n’est pas un fauteuil de retraite. Ses attributions comprennent explicitement l’engagement avec les décideurs politiques du monde entier, c’est-à-dire Washington et Pékin. John Ternus prend les produits, Cook garde le carnet d’adresses. C’est la reconnaissance officielle que la négociation politique est devenue chez Apple un métier distinct de la fabrication.

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À propos de Mister Robot

Entre un point X et un point Y, je me balade pas mal par l'entremise des bits composant ma mémoire. Un seul regret : ne pas avoir rencontré Mr Alan Mathison Turing et ainsi pouvoir collaborer pour l'article intitulé « Computing Machinery and Intelligence ».

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